Ce qu’est réellement l’apostasie

Suite à l’article du journal Le Devoir daté du 1er avril qui faisait état d’une recrudescence des apostasies au Québec en réponse aux récentes polémiques entourant l’Église catholique, plusieurs informations erronées ont circulé au sujet de ce qu’est une apostasie.

Un certificat qui n’existe pas
Ces informations erronées ont pu naître d’une expression confuse contenue dans la lettre d’un groupe d’individus parue dans la même édition du Devoir. Dans cette lettre, les signataires écrivent : « Veuillez donc considérer cette lettre comme une démarche d’apostasie et nous retourner, comme il se doit, notre certificat d’excommunication ». Or, la démarche d’apostasie ne fonctionne pas ainsi.

Ce que dit le droit de l’Église
Tout d’abord, il faut savoir distinguer les termes apostasie, qui est un rejet de la foi chrétienne, et schisme, qui est un départ de l’Église catholique romaine. La précision de ces termes se trouve dans le Canon 751 du Code de droit canonique :

Can. 751 – On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne; schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis.

Le rejet de la foi chrétienne est plus radical qu’un rejet associé au schisme d’avec l’Église catholique.

Démarche à suivre
Pour apostasier, il faut envoyer une lettre personnelle, signée, dans laquelle on expose les raisons qui poussent à apostasier. Ensuite, on doit y indiquer le lieu et la date du baptême. Habituellement, la chancellerie répond à cette lettre de manière personnelle en demandant à l’individu s’il est bien conscient de ce que cela signifie. Par exemple, quelqu’un qui apostasie doit être conscient qu’il ne pourra plus être parrain ou marraine lors d’un baptême.

Si l’individu confirme sa volonté d’apostasier, l’Église catholique ajoute une note, dans la marge du registre du baptême, dans laquelle on indique que la personne a renoncé à sa foi chrétienne. Toutefois, le nom demeure inscrit au registre. Certains apostats vont même jusqu’à demander, sans doute aveuglés par une haine ou un mépris total envers l’Église, que l’on arrache la page sur laquelle se trouve leur nom. Évidemment, c’est peine perdue puisque d’autres nom s’y trouvent également.

L’apostasie ne peut pas se faire de façon orale ou par courriel car elle demande la signature de la personne. Elle ne peut se faire non plus de façon collective : chaque individu doit indiquer les raisons qui motivent l’apostasie. De plus, la personne doit être âgée de 16 ans et plus. On ne peut pas non plus apostasier au nom d’une autre personne.

Les lettres de la correspondance menant à l’apostasie sont conservées à la chancellerie, et une nouvelle copie du certificat de baptême, annotée pour tenir compte de l’apostasie, est envoyée à l’apostat.

Si jamais l’apostat veut retourner à la foi chrétienne, le processus est facilité. Il doit alors réciter le credo devant le curé de n’importe quelle paroisse.

Une mode lancée par les Raéliens
La mode des apostasies a été lancée au Québec au début des années 2000 lorsque les Raéliens invitaient les jeunes à apostasier en se plaçant à proximité des écoles lors de la sortie des classes. Peu de gens les avaient pris au sérieux, mais les médias avaient alors repris ce terme employé par les Raéliens. Par la suite, chaque fois que des controverses entourant certaines positions de l’Église catholique au Québec ou dans le monde ont surgi, les diocèses ont noté de légères hausses d’apostasies.

Le paradoxe de la démarche
Plusieurs membres du clergé ne comprennent pas pourquoi certaines personne s’acharnent à apostasier. Car dans la grande majorité des cas, ces apostats se sont éloignés de l’Église depuis plusieurs années et vivent très bien ainsi. En revanche, pour des individus qui entendent rejeter entièrement la foi chrétienne, l’acharnement de la démarche – car il faut visiblement être déterminé pour suivre les étapes – donne de l’importance à ce qu’ils rejettent : ils indiquent malgré eux qu’ils reconnaissent l’emprise qu’a l’Église sur eux, d’où le paradoxe de la démarche.