Le pape Benoît XVI rencontre une délégation autochtone mercredi

Le pape Benoît XVI rencontre une délégation de représentants autochtones du Canada mercredi, dont le chef national de l’Assemblée des Premières nations, Phil Fontaine. Le Chef national assistera à cette rencontre en compagnie d’une délégation qui comprendra les aînés des Premières Nations et des survivants des pensionnats indiens. La Conférence des évêques catholiques du Canada sera représentée par une délégation de congrégations missionnaires qui ont été présentes dans les pensionnats indiens et par l’archevêque Weisgerber, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Alors que certains, dont Phil Fontaine, aimeraient avoir des excuses « officielles » du pape sur la question des pensionnats autochtones, tous demeurent conscients que les problèmes actuels des autochtones du Canada ne seront pas résolus avec de telles excuses et que malgré tout, les relations entre l’Église catholique et les autochtones sont meilleures qu’on le dit.

En septembre 2008, Phil Fontaine prenait la parole lors de l’assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). C’était la première fois qu’un chef autochtone était ainsi invité par les évêques à s’adresser à eux dans un tel contexte. De l’aveu même de plusieurs évêques qui étaient présents sur place, cela fut un moment fort de leur rencontre. Faisant référence aux abus passés dont ont été victimes plusieurs autochtones canadiens, notamment ceux impliqués dans les sordides histoires des pensionnats, le chef Phil Fontaine a appelé tout le monde à se tourner vers l’avant : « Il est inutile de centrer notre regard sur ce qui a fait défaut dans le passé; nous devons plutôt bâtir à partir de ce qui a bien fonctionné ».

Cette invitation faisait suite à une rencontre qui s’était tenue au tout début de l’année 2008. Par voie de communiqué, le chef Phil Fontaine avait alors fait la déclaration suivante à la fin du mois de janvier :

« Pour nous (les Premières Nations), les organisations catholiques sont des alliées dans le cadre du difficile processus de guérison que traversent les survivants des pensionnats indiens et leurs familles. Nous souhaitons continuer de collaborer, à l’échelle communautaire locale, avec les membres des organisations catholiques. La coopération étroite de tous les intervenants est indispensable au succès de la mise en oeuvre de la Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats indiens.« 

Des relations nouvelles
Depuis plusieurs décennies, les relations ont profondément changé entre les peuples autochtones du Canada et l’Église catholique. Cela est dû en grande partie au pape Jean-Paul II. Ce dernier a d’abord rencontré des représentants autochtones à Rome, en 1980, pour la béatification de la première amérindienne d’Amérique du Nord, Kateri Tekakwitha. Par la suite, en prévision de son voyage au Canada en 1984, Jean-Paul II a insisté pour rencontré les autochtones, ce qui sera finalement fait trois fois au cours de son périple. Ainsi, le 18 septembre 1984, il leur adressait la parole dans un message radiophonique.

Dans ce message, il reconnait les fautes de certains missionnaires. Mais il met surtout l’accent sur les droits des autochtones : « Pour vous, une base territoriale dotée de ressources suffisantes est également nécessaire, afin de développer une économie viable pour les générations présentes et futures. Vous devez également être en mesure de mettre en valeur vos terres et votre potentiel économique, d’éduquer vos enfants et de planifier votre avenir« .

Le voyage oublié
Beaucoup de Canadiens l’oublient, mais le pape Jean-Paul II est revenu au Canada en septembre 1987 afin de rencontrer à nouveau les chefs et les peuples autochtones à Fort Simpson. Des dires mêmes de son secrétaire personnel, il accordait beaucoup d’importance aux liens avec ces peuples. D’ailleurs, le chef Phil Fontaine faisait mention à la fois du message radiophonique et de ce voyage consacré aux autochtones dans son message de sympathies adressé aux catholiques lors du décès du pape en 2005.

Légalité, responsabilité, excuses
Au Canada, 16 des 70 diocèses ont été impliqués dans ce sombre épisode de l’histoire canadienne qu’est celui des pensionnats autochtones. Légalement, ces diocèses sont individuellement responsables des cas d’abus qui sont survenus. La Conférence des évêques catholiques du Canada et l’Église catholique romaine – et le pape – ne peuvent pas être tenus pour responsables. Autrement dit, ce sont les diocèses et les communautés religieuses impliqués qui doivent avant tout prendre les devants dans le processus de réconciliation. Plusieurs d’entre eux ont choisi de le faire dès le début des années 90 et ont été appuyés dans leurs démarches par la CECC.

Donc, des excuses venant d’autorités ecclésiales autres que celles directement impliquées seraient avant tout symboliques et exprimeraient ainsi une certaine forme de solidarité, mais sans plus.

L’Église, le Canada et le phénomène Ponce Pilate
L’Église catholique gérait 75% des pensionnats autochtones où plusieurs membres des Premières Nations ont été assimilés de force ou humiliés. Les autres Églises qui étaient impliquées se sont toutes excusées officiellement, sauf l’Église catholique. Une situation qui gène l’Assemblée des Premières Nations mais qui ne l’a pas empêché de développer des liens de qualité avec la papauté et l’Église catholique canadienne.

La semaine dernière, plusieurs médias du Québec laissaient transparaître leur mépris de cette situation (le manque d’excuses) mais ignoraient du même coup le reste du portrait illustré très succintement ci-haut.

Le grand gagnant de cette affaire semble pour l’instant être le gouvernement canadien. Ce dernier a pendant de longues années demandé aux communautés religieuses de s’occuper de ces pensionnats, tout en appliquant une loi dont même le nom encore actuel – Loi sur les Indiens (ce qui est quand même moins grave que deux autres noms qu’elle a déjà eu : Loi sur les sauvages (1876) et Acte relatif aux sauvages (1880))- laisse transpaître tout le mépris latent que la classe politique canadienne a encore envers les peuples autochtones. Alors que la population canadienne est généralement prompte à dénoncer les abus de l’Église catholique, elle l’est moins avec le traitement du gouvernement fédéral envers les autochtones. Pendant ce temps, le gouvernement semble se désengager au maximum, ne sachant comment concilier aide et respect de l’autodétermination autochtone. Une situation dont il s’accommode bien en se lavant les mains.

Des peuples à la croisée des chemins
Alcool, drogue, suicide, décrochage scolaire, violence, faible espérance de vie, faible taux de scolarité : ce ne sont pas les défis qui manquent sur plusieurs réserves autochtones du Canada. Des situations qui ont tout du cercle vicieux entretenu par la pauvreté. Des défis hautement plus importants que les excuses « officielles » souhaitées par plusieurs autochtones.

Par contre, excuses ou non, la situation sera toujours la même sur les réserves si ces peuples ne se prennent pas en main. Si de telles excuses sont une nécessité pour les aider à se prendre en main, alors que l’Église s’excuse. Mais l’Église à déjà fait son choix : travailler main dans la main avec les autochtones, soutenir leurs révendications et les aider de manière concrète, à travers un travail de terrain, à dé
velopper un avenir moins sombre pour la jeunesse autochtone. Une tâche où elle excelle nettement plus que le gouvernement canadien par les temps qui courent…