Abus d’enfants : rapport accablant pour l’Église catholique en Irlande


Un rapport accablant pour l’Église catholique vient d’être publié en Irlande. Comprenant cinq volumes et faisant environ 2500 pages, il cherche à faire la lumière sur les cas d’abus sexuels, physiques et psychologiques dont ont été victimes des milliers d’enfants confiés à diverses institutions de l’Église.

Les auteurs du rapport gouvernemental couvrent une vaste période : de 1936 jusqu’aux années 1990. Les enfants victimes étaient pris en charge dans des orphelinats, des écoles de réforme et des institutions d’éducation ou de soins gérés par des communautés catholiques.

Honte nationale
Les mots manquent présentement en Irlande pour qualifier le sentiment de honte éprouvé tant par l’Église catholique que par le gouvernement, qui agissait en tant que complice dans cette affaire. En fait, ce n’est que suite à de nombreux reportages et documentaires réalisés au cours des années 90 en Irlande que ces nombreux cas d’abus ont été dévoilés au public. En 1999, le premier ministre a été obligé de s’excuser pour les torts commis et a ordonné qu’une commission d’enquête soit créée. Le rapport présenté cette semaine est le fruit de cette commission. Elle a eu besoin de neuf ans pour compléter son travail.

Au total, 35 000 enfants ont côtoyé les institutions visées dans le rapport. Parmi ce nombre, environ 14 500 enfants ont subis des abus. 12 000 d’entre eux ont déjà été dédommagés, pour un montant total qui avoisine le milliard d’euros.

Un article publié dans The Irish Times intitulé The savage reality of our darkest days exprime avec éloquence la profondeur du malaise dans la société irlandaise :

« THE REPORT of the Commission to Inquire into Child Abuse is the map of an Irish hell. It defines the contours of a dark hinterland of the State, a parallel country whose existence we have long known but never fully acknowledged. It is a land of pain and shame, of savage cruelty and callous indifference. »

Quant à l’Église d’Irlande, plusieurs évêques ont réagi, dont le primat, le cardinal Sean Brady :

« It documents a shameful catalogue of cruelty: neglect, physical, sexual and emotional abuse, perpetrated against children. I am profoundly sorry and deeply ashamed that children suffered in such awful ways in these institutions. Children deserved better and especially from those caring for them in the name of Jesus Christ. »

Ce n’est que le début
Il va sans dite que l’image de l’Église catholique en Irlande est profondément salie. Et pour cause : le rapport démontre que les autorités ecclésiales savaient ce qui se passait, mais qu’elles préféraient fermer les yeux, avec la complicité du gouvernement.

Or, cette situation n’est sans doute que le début d’un long processus de contrition pour l’Église irlandaise : dans quelques semaines, un autre rapport qui promet d’être tout aussi accablant – de l’aveu même des évêques – viendra faire la lumière sur des cas d’abus sexuels et physiques commis par le clergé dans le diocèse de Dublin entre 1975 et 2004.

Et Rome ?
Le pape Benoît XVI a déjà abordé la question de ces abus lors de la visite ad limina des évêques irlandais en octobre 2006 :

« Dans l’exercice de votre ministère pastoral, au cours des dernières années, vous avez dû faire face à de nombreux cas douloureux d’abus sexuels sur des mineurs. Ces faits sont encore plus tragiques lorsque c’est un ecclésiastique qui les commet. Les blessures causées par de tels actes sont profondes, et la tâche de rétablir la confiance lorsqu’elle a été lésée est urgente. Dans vos efforts permanents pour affronter ce problème de manière efficace, il est important d’établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir, d’assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux. »

Benoît XVI, au moment où il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait décidé d’instaurer une politique de tolérance zéro à l’endroit de tels comportements. Aujourd’hui, le Vatican gère cette affaire en respectant la compétence locale des évêques d’Irlande.