[Édito] Église et communications : les petits combats qui font mal

L’Église catholique québécoise ne le sait que trop bien : son message passe difficilement dans les médias. Que ce soit le choix du sujet, l’angle retenu ou la prise de position éditoriale, le traitement réservé à l’Église agace plusieurs catholiques. Mais si d’un côté le service de presse du Vatican a fait son mea culpa suite aux défaillances qu’il a connu au début de l’année 2009 et affirme avoir appris la leçon, peut-on en dire autant de l’Église au Québec ? Voici deux exemples qui illustrent parfaitement que dans la guerre des communications, l’Église du Québec perd trop souvent ses combats pour réellement changer son image.

Montée jeunesse : il y a quelqu’un ?
La Montée jeunesse, un événement de grande ampleur axé sur – son nom l’indique – la jeunesse chrétienne, avait lieu à Québec la fin de semaine de la Fête des Patriotes. Le diocèse a fait un effort pour diffuser certains événements en direct sur Internet. Mais dans les médias (ceux que les gens consultent vraiment), les articles qui frappent le plus sont ceux publiés dans le journal Le Soleil par un jeune journaliste qui n’a jamais caché ses réticences face à l’Église catholique. Son article fait le lien – et c’est un choix journalistique intelligent – entre l’homélie « pro-vie » du cardinal Ouellet pendant cette fin de semaine et sa présence à une manifestation pro-vie sur la Colline parlementaire la semaine dernière. Quelques mots à peine portent sur la Montée jeunesse en tant qu’événement de foi. Si l’intention était de faire rayonner l’événement pour son contenu, c’est raté, du moins auprès du principal journal de Québec.

Souhaitant avoir un autre point de vue, je cherchais aujourd’hui à joindre les organisateurs de la Montée jeunesse pour savoir quel bilan tirer de la fin de semaine. Mais je ne me doutais pas que ce serait si compliqué.

En contactant le poste 201 au diocèse (tel qu’indiqué sur le site de la Montée jeunesse), on tombait, en ce mardi matin, sur une boîte vocale qui nous renvoie à un autre numéro, à l’Université Laval. En composant ce second numéro, une autre boîte vocale nous indique que le numéro à composer pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse est en fait un troisième numéro, encore différent. Or, à ce numéro, on apprend qu’on vient d’appeler une dame qui ne donne que son prénom, sans mentionner si c’est bel et bien le numéro pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse. Trois numéros, et rien.

Finalement, impossible de tomber sur les organisateurs en ce mardi matin. Impossible donc d’avoir leur point de vue sur l’activité de la fin de semaine. Impossible d’avoir leurs réactions aux articles publiés dans Le Soleil.

Laisser les autres parler de soi : refus de commenter
Le deuxième exemple concerne la vente d’un bâtiment de l’Église catholique sur le territoire québécois. Le nom du diocèse est tu ici, mais l’exemple n’y perd pas de son éloquence.

Le site Internet de la Société Radio-Canada faisait récemment état de la vente prochaine d’un bâtiment important dans un diocèse. Les gens du diocèse en question ne sont pas cités dans la nouvelle. Donc, pour entendre ce qu’ils ont à dire de cette nouvelle qui les concerne directement, j’appelle les bureaux. Là, non seulement on ne veut pas commenter – ce qui peut être compréhensible – mais on me fait également comprendre que mes appels – en moyenne une fois par mois – sont trop fréquents pour demander de l’information (!)

La perte des petits combats qui font mal
Le journaliste n’a pas grand-chose à perdre d’une confusion dans l’organisation des communications ou quand les gens refusent de commenter. Et c’est bien là le problème. Car il continuera de commenter de toute manière : il n’a pas le choix, c’est son métier. Mais chaque fois que les défaillances dans l’organisation des communications se transforment en silence, les gens, inculant les journalistes, n’ont pas le choix de se retourner vers les sources possibles d’informations, même si ces sources risquent d’aborder la question de manière « négative ».

Les deux exemples ci-haut montrent comment, tous les jours, dans de petits détails communicationnels, l’Église catholique au Québec perd ses combats, incapable de tenir une ligne de front, d’y placer des idées et de les rendre indélogeables. Pas étonnant, cette Église, qu’elle trouve son image si difficile à changer…