Marche pro-vie à Ottawa : l’épiscopat se fait remarquer

Le 14 mai 1969, le Canada adoptait la loi omnibus qui décriminalisait l’homosexualité et qui rendait désormais possible l’avortement. Aujourd’hui, pour marquer cet anniversaire, l’Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) conviait les catholiques canadiens à la Marche nationale pour la vie sur la Colline parlementaire à Ottawa. Si son impact sur la querelle opposant les pro-vie aux pro-choix risque d’être négligeable, on ne peut pas en dire autant de celui qu’elle aura sur l’épiscopat canadien.

Cette marche n’en était pas à sa première édition. On attendait même cette année plus de manifestants qu’à l’habitude en raison des 40 ans du « Bill omnibus ». L’OCVF a procédé à une campagne de plusieurs semaines intensives pour mobiliser les catholiques. S’il pouvait compter sur l’appui des Chevaliers de Colomb (ceux-là mêmes qui s’achetaient des publicités radiophoniques exhortant les Canadiens à voter pour un candidat pro-vie lors des dernières élections fédérales d’octobre 2008), rien ne semblait gagné du côté de l’épiscopat canadien. L’OCVF a beau avoir été fondé conjointement par le Conseil suprême des Chevaliers de Colomb et la Conférence des évêques catholiques du Canada, les évêques ne se sont jamais déplacés en masse pour prendre part à cette marche. Mais cette année, les choses ont drastiquement changé : au moins neuf évêques étaient présents, contrairement à un ou deux les années précédentes.

Nouveau leadership
L’archevêque d’Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, tenait abosulement à y participer. Il était entouré de deux autres figures importantes de l’épiscopat canadien : Mgr Thomas Collins, archevêque de Toronto, et le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec et primat du Canada. Les autres évêques présents venaient surtout du côté anglophone. L’archevêque de Vancouver, Mgr Michael Miller, qui vient d’arriver à la tête du diocèse le plus à l’ouest du Canada, aurait semble-t-il voulu être présent. Comment expliquer cette soudaine présence en masse d’évêques à cette marche ? Par le renouveau du leadership de l’épiscopat canadien. Du moins, c’est l’impression qu’avaient plusieurs participants.

Les archevêques Prendergast, Collins et Ouellet dirigent tous des archidiocèses clés de l’Église au Canada. Ils sont tous nouvellement arrivés : Mgr Prendergast à Ottawa en 2007, Mgr Collins à Toronto en 2007 et le cardinal Ouellet à Québec en 2003. On peut même ajouter Mgr Miller, qui est arrivé à la tête de l’archidiocèse de Vancouver en janvier dernier. Ces hommes ont tous en commun un ministère qui encourage fortement le développement de la famille et de l’éducation catholiques. En ce sens, il n’était pas étonnant de les retrouver réunis à Ottawa aujourd’hui.

Consolidation
Alors qu’au cours des dernières années les évêques canadiens ont, au goût de plusieurs catholiques, brillé davantage par leur absence que par leur prise de parole, ces mêmes catholiques n’hésitent pas à voir émerger aujourd’hui un nouveau leadership au sein de l’épiscopat canadien, notamment autour d’une question morale aussi polarisante que l’avortement. Ces archevêques relativement jeunes incarnent les aspirations de plusieurs pratiquants au pays qui rêvent de voir leur Église reprendre une place plus importante dans les débats publiques, dans le monde de l’éducation et dans la vie de famille. Il reste désormais à voir si cette tendance se confirmera. Le zèle du début sera-t-il étouffé par la lourdeur administrative des archidiocèses ? Les catholiques plus modérés se reconnaîtront-ils dans cette nouvelle approche, surtout au Québec ?

Chose certaine, si les évêques qui étaient présents aujourd’hui à Ottawa souhaitent consolider ce nouveau leadership qu’on leur accorde volontiers au sein de l’épiscopat canadien, leur souplesse et leur travail de relations publiques devront être aussi solides que les convictions morales qu’ils entendent défendre.