Rumeur autour du cardinal Ouellet : invitation à lire entre les lignes


Une rumeur envoyant le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, à Rome pour occuper un poste important a circulé une bonne partie de la journée. Elle a finalement été démentie par le cardinal lui-même pendant la rencontre annuelle du clergé diocésain qui avait lieu aujourd’hui au couvent des Soeurs de la Charité de Québec.

De telles rumeurs ont souvent circulé depuis l’arrivée du cardinal Marc Ouellet à Québec. Le simple fait qu’il soit l’un des évêques les plus romains de la province suffit à les alimenter. La directrice des communications du diocèse a passé sa journée à répéter aux représentants des médias que tout le monde « pouvait ranger le champagne, ou les mouchoirs », selon leur appréciation du cardinal Ouellet.

Certains ont parlé de « signes » qui auraient pu laisser croire que Marc Ouellet serait nommé prochainement à Rome à un poste prestigieux. Le cardinal occupe déjà plusieurs fonctions dans les organes romains, ce qui s’accompagne de responsabilités qui l’amènent à voyager beaucoup. Il y a près d’un an, son diocèse recevait le Congrès eucharistique international. En octobre dernier, il était le rapporteur général des évêques au synode sur la Parole de Dieu qui se tenait à Rome. Certains ont cru voir dans l’addition de ces signes le gage d’une nomination qui l’aurait rapproché de Benoît XVI, un homme avec qui il s’entend à merveille.

Dans les faits, une nomination aurait été étonnante. Le diocèse vient tout juste de recevoir deux nouveaux évêques auxiliaires et le cardinal a beaucoup de projets en tête, dont la restructuration des services diocésains et une meilleure visibilité communicationnelle pour l’Église à Québec. Rome ne peut ignorer cela. C’est d’ailleurs en partie pour mettre en branle de telles actions qu’on l’a nommé à Québec.

Lire entre les lignes
Donc, d’où vient réellement cette rumeur qui s’est retrouvée aujourd’hui dans le quotidien Le Soleil ? Même les proches du cardinal ne savaient le dire aujourd’hui. Ce que l’on sait par contre, c’est que Le Soleil a deux journalistes qui se démarquent lorsque vient le temps de parler de religion : Yves Therrien et Claude Vaillancourt. Il semblerait qu’il ne soit pas facile pour eux, surtout pour Therrien (qui possède une maîtrise en théologie) de convaincre ses patrons de la pertinence de couvrir certains sujets religieux. Ce fut notamment le cas lors du Congrès eucharistique international l’été dernier. Pourtant, les articles de Therrien ont été fort appréciés grâce à sa capacité de comprendre les enjeux d’une telle rencontre d’Église.

Aujourd’hui, quel était l’enjeu ? La rencontre annuelle du clergé diocésain. Les médias en auraient-ils parlé autrement ? Probablement pas, malgré l’impact qu’elle pourrait avoir sur l’Église de Québec. Cette rencontre devait aborder la question de la restructuration des services diocésains. Elle devait également permettre au cardinal Ouellet de confier aux deux nouveaux évêques auxiliaires, Gérald Cyprien Lacroix et Paul Lortie, leur mission respective. Bref, une rencontre d’importance pour l’avenir de l’organisation de l’Église à Québec, et une rencontre qui influencera également le message pastoral qui émanera à désormais du diocèse.

En utilisant l’angle de la rumeur du départ du cardinal pour en parler, les patrons de presse y trouvaient leur compte : c’est « vendeur ». Quant aux journalistes, ils pouvaient alors en profiter pour parler des véritables enjeux de la rencontre. Était-ce volontaire de leur part ? Difficile à dire. Mais disons que les catholiques, désormais habitués à lire entre les lignes, sauront départager l’information de la sensation.