Sainte-Anne-de-Beaupré dit adieu à l’un de ses piliers

Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré vient de perdre l’un de ses plus illustres représentants. Vendredi dernier, le père Raymond Tremblay, C.Ss.R., est décédé subitement. Il avait eu 80 ans en février dernier. Il faisait partie de ces hommes de foi qui excellent dans plusieurs domaines, mais qui gardent malgré tout une grande humilité.

Peu de temps avant la prière du matin dans la chapelle du monastère des rédemptoristes – les gardiens du sanctuaire – les confrères du père Tremblay l’ont trouvé assis sur sa chaise, près de l’orgue. Ils ont d’abord cru qu’il dormait, mais ils ont constaté que quelque chose clochait quand ils ont tenté de le réveiller. Malgré des tentatives de réanimation, son décès a été confirmé vers 7h50 à l’hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il serait mort selon toute vraisemblance d’un arrêt cardiaque.

Le père Tremblay était admiré pour son humilité, son travail et sa grandeur d’âme. « Il travaillait comme dix », indique le recteur de la basilique, le père Guy Pilote, pour qui le père Tremblay était un confrère, un collègue de travail et un ami. C’est d’ailleurs le père Pilote qui a préparé une bonne partie de l’hommage qui lui sera rendu lors de ses funérailles samedi matin.

L’amour des langues
À l’époque des cours classiques au Québec, avant les réformes scolaires, il avait mis au point une méthode d’enseignement du grec qui a été adoptée à travers toute la province. Il a ainsi écrit plusieurs livres qui étaient destinés aux écoliers, notamment à ceux du Séminaire Saint-Alphonse, à côté du monastère des pères. Encore aujourd’hui, le père Tremblay lisait le Nouveau Testament en grec, sa langue de composition originale.

Dans la communauté, on faisait également appel à lui pour ses connaissances de la langue française. Et ce n’était pas les derniers venus qui lui demandaient conseil : certains rédemptoristes avec de brillantes carrières en enseignement lui demandaient à l’occasion quelques conseils grammaticaux !

L’amour de la musique
Raymond Tremblay se passionnait pour la musique. Il y a quelques années, j’étais resté en sa compagnie pour écouter l’orgue à la fin d’une chaude soirée d’été dans la basilique. Pendant plusieurs minutes, il était resté assis sur son fauteuil dans le choeur, où le bois et le marbre vibraient tandis que l’organiste Pierre Bouchard terminait un morceau grandiose. Malheureusement, j’ai oublié le nom de la pièce. Mais je n’oublierai jamais la passion avec laquelle il m’en a parlé.

Tout au long de sa vie, le père Tremblay a rédigé et mis en musique beaucoup de chants religieux. L’an dernier, à l’occasion du 350e anniversaire du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, il a même composé une messe spéciale pour souligner cette fête. C’est d’ailleurs cette messe qui sera chantée lors de ses funérailles.

Il confiait qu’il ne s’endormait pas sans musique, et que cela lui venait de son enfance, du piano que lui jouait sa mère qui était musicienne.

L’amour de Dieu
« C’était un homme sans prétention. Un travailleur fidèle qui aimait saint Alphonse et qui aimait les rédemptoristes », affirme le père Guy Pilote. Le père Tremblay se préoccupait de la qualité spirituelle de l’humain. C’était un directeur spirituel couru et apprécié. Il a d’ailleurs co-fondé le mouvement des Marguerites dans lequel des individus « adoptent » spirituellement un prêtre et choisissent de prier pour lui.

Il a également travaillé à la conception de cours de spiritualité avec l’École de la Vie intérieure. Il voyageait et donnait ces cours à divers endroits au Canada. Cela l’a bien entendu amené à étudier la vie des grands mystiques du catholicisme et à se nourrir de leurs spiritualités.

Sa présence auprès des pèlerins était toujours fort appréciée. Sur un ton neutre, mais toujours souriant, il accueillait toutes les demandes des nombreux visiteurs au sanctuaire où il a passé les dernières années de sa vie. De plus, il écrivait beaucoup d’articles pour la Revue Sainte Anne, l’une des plus anciennes publications catholiques en Amérique du Nord.

Un homme pour l’éternité
Samedi, lors de ses funérailles pour lesquelles une foule considérable est attendue, le père Guy Pilote lira un court extrait du dernier document qu’a produit Raymond Tremblay sur le thème de la « réconciliation », une réflexion proposée aux pèlerins à l’occasion du thème retenu cette année pour la saison estivale des pèlerinages. Ce passage est tiré du feuillet « SANCTUAIRE SAINTE-ANNE-DE-BEAUPRÉ, RÉCONCILIONS-NOUS », juin 2009 :

« ME RÉCONCILIER AVEC DIEU »
« C’était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde en ne tenant plus compte des fautes des hommes » (2 Co 5, 19)

« Quel message réconfortant ! Peu importe les fautes que j’ai commises, je puis me jeter dans les bras de mon Père comme l’enfant prodigue et me laisser réconcilier par Lui. Avec Dieu, tout est possible, tout peut recommencer. Il me redonne ma dignité de fils ou de fille. Il me fait entrer dans la salle du banquet et célèbre la joie de mon retour. Il n’attend que ma confiance. »

***
Le père Tremblay sera exposé dans la chapelle de l’Immaculée-Conception ce vendredi. Ses funérailles auront lieu à 10h30 samedi. On peut se procurer le CD de certaines de ses compositions à la boutique du sanctuaire.