La réorganisation du livre religieux au Québec

Avec la vente des Éditions Anne Sigier à Médiaspaul au mois de juillet et l’acquisition de Novalis par le français Bayard en 2008, le monde du livre religieux au Québec vit de profonds changements qui s’illustrent avant tout par une concentration du livre religieux entre les mains de grands éditeurs européens.

Il n’y a pas si longtemps, plusieurs maisons d’édition se partageaient le gâteau. Novalis, avec son Prions en Église, régnait dans la région d’Ottawa, mais son rayonnement atteignait l’ensemble des milieux francophones du Canada. À Montréal, Fides et Médiaspaul étaient bien implantés. Dans la région de Québec, madame Anne Sigier venait diversifier l’offre.

Mais désormais, la situation a bien changé : Novalis appartient au géant français Bayard, Médiaspaul consolide sa présence sur le marché québécois (Montréal, Sherbrooke) en achetant les Éditions Anne Sigier et Fides délaisse de plus en plus le livre religieux. Même avec la présence des deux Librairies Paulines au Québec (Montréal et Trois-Rivières), le Canada francophone semble s’acheminer vers un marché partagé entre les européens Bayard et Médiaspaul.

Cette réorganisation soulève quelques questions, mais n’émeut pas les milieux religieux à outrance. Tant avec l’achat de Novalis que celui des Éditions Anne Sigier, les acheteurs ont promis une transition douce et progressive. Ainsi, le lecteur ne doit sans doute pas s’attendre à de grands changements au cours des prochains mois. Mais tout de même, on ne sait jamais : la crise économique n’épargne pas le milieu du livre religieux.

Médiaspaul a déjà indiqué son intention de revamper considérablement la librairie Anne Sigier à Québec. Dernièrement, les rayons étaient moins garnis, une situation à laquelle Médiaspaul entend bien remédier. Le nom de la librairie pourrait également changer au cours des prochains mois. Pour l’instant, elle conserve le nom de Mme Sigier. Il faut dire que la fondatrice continue encore son travail pour faciliter la transition pendant quelques mois.

Quant à la place faite aux auteurs d’ici, seul le temps le dira. Car le rachat d’une maison d’édition par une plus grande n’inquiète pas en raison de la taille de cette dernière, mais plutôt par les choix d’entreprise qui s’imposent et par le processus d’acception des manuscrits. Autrement dit, une maison d’édition de plus petite taille a habituellement tendance à se concentrer sur des auteurs locaux. Présentement, Bayard et Médiaspaul semblent avoir une bonne connaissance du Québec et de ses auteurs. Pourra-t-on en dire autant d’ici quelques années ? Leur capacité à garder cette sensibilité et l’intérêt du marché pour le livre religieux risquent fort d’être les deux conditions sine qua non pour l’accessibilité à des livres religieux.