Investissements en patrimoine religieux : l'impact médiatique pourrait être mitigé

Le 6 octobre dernier, le gouvernement du Québec annonçait officiellement les montants accordés à la restauration du patrimoine religieux cette année. Or, contrairement à l’an dernier, il était ardu de mettre la main sur la liste complète des projets retenus auprès du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine. Fait anecdotique ou changement de stratégie ?

Autrement dit, les journalistes ont pu connaître le total des investissements par région administrative du Québec, mais n’ont pas pu avoir accès à une liste détaillée des projets retenus pour l’ensemble de la province auprès du ministère. Cette liste peut cependant être consultée en cliquant sur ce lien, le site du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Pourtant, pour arriver au total de 23 millions de dollars, il a bien fallu compiler les montants des différents projets au ministère de la Culture. D’ailleurs, même la quantité de projets est précisée par région. La ministre Christine St-Pierre a donc fait une annonce de 23 millions de dollars avec un communiqué gouvernemental dépourvu de sa moelle.

Confusion au ministère
Ce qui est surtout inquiétant, c’est de constater que les responsables des communications du ministère n’étaient pas en possession de cette liste et n’étaient pas en mesure, au lendemain de l’annonce faite par la ministre dans l’église Saint-Dominique, à Québec, d’indiquer clairement aux journalistes où se la procurer.

On a simplement indiqué que, du côté du ministère, les annonces se feront au fur et à mesure dans les différentes régions. Par ailleurs, on n’a pas été en mesure de confirmer qu’il s’agit d’un nouveau plan de communications.

Veut-on permettre au Conseil du patrimoine religieux du Québec de briller davantage pour mieux se concentrer sur d’autres dossiers ?

Pourquoi cette confusion au sein des communications du ministère ?

Quant à savoir ce qui s’est réellement passé, tout n’est que spéculation.

Notons avant tout qu’il s’agit d’un changement d’approche comparativement aux années précédentes. Avant, dès que l’annonce était faite, la liste était disponible facilement auprès du gouvernement du Québec, ce qui permettait de comparer les différents projets un peu partout dans la province d’un rapide coup d’oeil.

Au compte-goutte
Mais cette année, l’information sortira visiblement au compte-goutte. Heureusement, le ministère a déjà commencé à détailler lui-même ses annonces régionales. Ainsi, le 9 octobre, on « apprenait » le détail des investissements au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette annonce a toutefois été nettement éclipsée par celle, faite le même jour, de 30 millions de dollars pour le monastère des Augustines à Québec. Déjà un problème de synchronisme médiatique…

Il faut dire que ces annonces « coïncidaient » avec le colloque international Des couvents en héritage qui s’est tenu à Montréal et Québec du 7 au 11 octobre, un moment pour le moins stratégiquement bien choisi pour faire des annonces d’envergure.

Malheureusement, ces annonces laisseront effectivement une impression de déjà vu tout au long de l’année pour tout journaliste qui aura consulté la liste détaillée des projets sur le site du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Le pari du gouvernement
Il semble raisonnable de présumer que le choix de répartir les annonces liées au patrimoine religieux vise à augmenter la visibilité médiatique de l’impact des investissements de la part de Québec. En étant amenés à en parler plus souvent, les médias du Québec contribueront peut-être à développer un plus grand sentiment d’appartenance envers des lieux de culte qui servent de moins en moins… au culte.

Mais l’effet contraire pourrait également se produire.

Le cas Bétancourt
Lors de la rencontre plénière des évêques du Québec il y a quelques semaines, la conférence de presse était prévue le mercredi. Or, cela coïncidait avec la visite au Québec d’Ingrid Bétancourt, l’ex-otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie. Au moment même où se déroulait la conférence de presse des évêques, Ingrid Bétancourt recevait la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale à Québec. Où étaient braquées les caméras à votre avis ?

Avec sa nouvelle approche, le ministère de la Culture risque de semer la confusion. En multipliant les annonces, une même question surgit inévitablement : les montants sont-ils compris dans le 23 millions $ du 6 octobre ? En plein le genre de question qu’un journaliste n’aime pas se poser plusieurs mois plus tard.

Les médias n’aiment pas la confusion. Plusieurs préféreront tout simplement se concentrer sur un autre sujet plutôt que de se prendre la tête sur des chiffres concernant le patrimoine. Dommage.

Cela fera-t-il en sorte que l’impact médiatique sera mitigé au cours de la prochaine année ? Nous aurons la réponse dans quelques mois…