Le dalaï-lama à Montréal : lieux communs spirituels, lieux communs journalistiques

Le dalaï-lama a la cote auprès des médias québécois. De passage à Montréal samedi dernier, le chef spirituel des Tibétains a donné une conférence sur le thème de la compassion devant plus de 14 000 personnes au Centre Bell en après-midi. Mais avec les trop nombreux lieux communs spirituels et lieux communs journalistiques, Montréal ne retiendra sans doute que peu de choses du passage du Prix Nobel de la paix.

Le coeur du message du dalaï-lama a été livré à la fin de sa conférence. Parlant de la compassion, ce dernier l’a présentée comme une nécessité pour le monde moderne. Selon lui, cette nécessité doit occulter les différences. Le leader bouddhiste a ainsi classé la société en trois catégories. Dans la première catégorie, il place les croyants attachés à une religion théiste. Dans la seconde se retrouvent ceux attachés à une religion non théiste. Enfin, les gens sans religion constituent la troisième catégorie. Le défi, selon le dalaï-lama, consiste à transmettre le message que la compassion est valable pour tous et qu’elle transcende ces catégories.

Voilà une couverture superficielle de ce qu’il a dit… mais c’est déjà plus que ce qui a pu paraître dans les grands quotidiens québécois. C’est tout juste si les articles ne sont pas écrits avant son passage. Peu importe ce qu’il dit, les articles reprennent quelques idées générales. Par exemple, on revient sur sa personnalité sympathique, sur les relations avec la Chine et sur sa fameuse phrase selon laquelle « toutes les religions sont bonnes ».

Or, samedi après-midi, au Centre Bell, c’était loin d’être l’accueil de « vedette rock », comme l’ont écrit certains médias. Après l’émotion palpable qui a suivi son entrée en scène, l’ambiance est redevenue plutôt moribonde.

Problèmes techniques
Le dalaï-lama a choisi de l’exprimer en anglais, une langue qu’il ne maîtrise pas. Et malheureusement pour lui, la calibration sonore n’était pas au point. Résultat : son propos se perdait dans le gigantesque espace du Centre Bell. Et ça, c’est quand son micro fonctionnait. Les francophones ont cru un instant que les propos du sage seraient clarifiés par le moine français Matthieu Ricard, mais peine perdu : ce dernier parlait trop rapidement et articulait trop peu pour être facilement compréhensible.

Lieux communs spirituels
« Je suis un être humain parmi six milliards d’êtres humains », « Connais-toi toi-même et ouvre ton coeur aux autres » : répliques d’un dessin animé du samedi matin ou réflexions du dalaï-lama. La réponse étonne. Et déçoit.

Certes, il n’était pas là pour s’adresser à des initiés. Il a d’ailleurs invité la foule à ne pas avoir trop d’attentes envers lui. Malgré tout, la déception était visible chez plusieurs personnes à la fin de la séance. Car malgré la beauté et la véracité d’un message centré sur l’amour, l’accueil et la compassion, on s’attendait quand même à plus de la part d’un homme de la trempe du dalaï-lama. Alain Crevier, l’animateur de Second Regard à la SRC, offre également une réflexion du même genre…

Lieux communs journalistiques
Cela n’a pas empêché plusieurs journalistes de sombrer dans les sempiternels clichés entourant la couverture médiatique du dalaï-lama. « Alors que les églises au Québec ferment les unes après les autres, le dalaï-lama, lui, remplit le Centre Bell », peut-on lire sur canoe.ca.

D’autre part, on se demande si le journaliste de Rue Frontenac est resté jusqu’à la fin de la conférence. En tout cas, on aura compris qu’il a aimé la conférence de presse précédant l’événement.

Au journal La Presse, l’article était avant tout axé sur la question des relations avec la Chine. D’ailleurs, rares sont les journalistes qui ne réduisent pas une visite du dalaï-lama à cet élément.

Quant au Devoir, on a fait fort : une simple photo accompagnée d’un court texte qui trouve tout de même le moyen d’offrir le concentré des clichés évoqués plus haut. Il a toutefois le mérite d’être clair et de s’en tenir aux faits.

Finalement, c’est l’article de The Gazette qui se démarque du lot pour sa qualité. Et aussi parce que le journaliste, en faisant allusion à des moments qui sont survenus tardivement dans la conférence, démontre qu’il a réellement assisté à l’événement et pas seulement à la conférence de presse.