Mgr Ventura donne sa version des faits

Mgr Ventura donne sa version des faits

À quelques jours de son départ du Canada, Mgr Luigi Ventura sort de son silence et donne sa version des faits en répliquant à La Presse au sujet du scandale Lahey.

Dans une entrevue téléphonique, le nonce apostolique tient d’abord à clarifier sa position sur le cas Lahey : « J’étais choqué, comme tout le monde. »

Quelques jours après l’annonce des accusations portées contre l’ex-évêque d’Antigonish pour possession et importation de pornographie juvénile, un article de La Presse reprenait à son compte les arguments de l’Association des victimes de prêtres du Québec. À en croire ce journal, Mgr Ventura aurait volontairement tenté « d’étouffer l’affaire Lahey ».

La Presse n’a visiblement pas cru bon de questionner le principal individu visé par de telles allégations avant de mettre sous presse. Ainsi, le journal prête des intentions à Mgr Ventura sans l’avoir préalablement consulté pour obtenir sa version des faits.

« Je suis arrivé d’Italie le dimanche (ndlr : 20 septembre), et j’ai été informé du fait qui s’était passé à l’aéroport (ndlr : 15 septembre) dans des termes très génériques. Le particulier, je l’ai su comme tout le monde, de la presse. Je l’ai lu dans les journaux », explique Mgr Ventura.

Mgr Luigi Ventura aurait-il dû faire éclater cette histoire au grand jour ? Pour répondre honnêtement à cette question, il importe d’avoir une bonne compréhension de la succession des événements.

Car contrairement à ce que suggère l’Association des victimes de prêtres du Québec, Mgr Luigi Ventura a réagi en dépit d’informations incomplètes.

Chaîne d’événements
Rappelons par ailleurs qu’un mandat d’arrestation n’a été émis que le vendredi 25 septembre et que, jusqu’à preuve du contraire, le matériel électronique et informatique confisqué à Mgr Lahey à l’aéroport d’Ottawa faisait partie d’une démarche pour déterminer s’il y avait matière ou non à enclencher des procédures judiciaires.

« Ce que j’ai reçu était suffisant pour démissionner », assure l’ambassadeur du Saint-Siège au Canada.

Autrement dit, dans ce cas, les soupçons ont suffi à mettre en branle le processus de démission. Le nonce a donc exhorté Mgr Raymond Lahey à démissionner.

« La lettre [de démission] est arrivée exactement à la nonciature avec le courrier normal le mercredi 23 septembre. J’étais arrivé le samedi 19 septembre à la nonciature, [de retour] d’Italie. La réponse de Rome est arrivée le 25, c’est-à-dire le vendredi. Et la nouvelle de la démission acceptée à été publiée le 26 », relate le prochain nonce apostolique en France.

Le mandat d’arrêt pancanadien à l’endroit de Mgr Lahey a été émis le 25 septembre par la police d’Ottawa. Rome a également confirmé le 25 septembre qu’on acceptait la démission de Mgr Lahey. Or, il ne saurait y avoir de lien de causalité entre ces deux événements : le décalage horaire, le processus déjà enclenché de la démission de Mgr Lahey, le mandat d’arrêt strictement canadien et le fait que l’existence de ce mandat n’ait été médiatisée que le 30 septembre sont autant d’éléments qui rend farfelue l’affirmation contraire.

Le lien de causalité doit plutôt être établi avec l’interpellation de Mgr Lahey à l’aéroport. Ainsi, l’acceptation de la démission de l’évêque d’Antigonish est l’aboutissement d’un processus basé sur des soupçons. Il n’y avait encore officiellement aucune contrainte légale forçant cette décision.

Loin d’étouffer l’affaire, Mgr Ventura a au contraire exercé un véritable leadership confirmant on ne peut plus clairement la politique de tolérance zéro décrétée par Rome suite aux trop nombreux cas de pédophilie. Mais fallait-il pour autant ébruiter l’affaire ?

«La nonciature n’a pas le devoir de publier des nouvelles que je ne connaissais pas dans les détails », fait valoir Mgr Ventura, faisant référence à ces allégations selon lesquelles il aurait tenté d’étouffer l’affaire.

À part une incohérence sur sa date d’arrivée au Canada en provenance d’Italie, la version de Mgr Ventura tient la route.

Quant à la Conférence des évêques catholiques du Canada, Luigi Ventura affirme qu’elle était au courant, mais qu’elle n’en savait pas davantage.

« Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada était informé dans les termes que je connaissais. C’était très peu, et générique. »

Le prélat est catégorique lorsqu’on lui demande son opinion sur l’article alléguant qu’il aurait voulu maintenir un « voile de silence » sur l’affaire Lahey.

« Ce qui a paru dans La Presse, c’était de la pure fantaisie, de la mystification. Je le dis : de la mystification. Je n’ai pas compris l’intention et pourquoi ils ont voulu chercher (sic) comme ça », tranche Mgr Ventura.

Départ pour Paris
Mgr Luigi Ventura partira pour l’Europe le 4 novembre. Il intégrera ses fonctions de nonce apostolique à Paris vers la fin du mois de novembre.

L’annonce de son transfert a été faite le 22 septembre dernier. Or, la décision date du 9 juin dernier. On a donc laissé passer l’été entre la décision du Saint-Siège et l’annonce de cette décision.

Avant cette date, plusieurs rumeurs laissant présager cette nomination circulaient déjà.