Le temps d’un coffret

Le temps d’un coffret

Le comédien mélomane Edgar Fruitier réussit un coup de marketing de génie juste à temps pour Noël. Il lancera le 1er décembre un coffret de 6 disques avec la complicité des cardinaux Marc Ouellet et Jean-Claude Turcotte.

Sur le site edgarfruitier.com, on précise que « parce que cette musique s’est inspirée de la liturgie chrétienne, il était tout à fait naturel de demander à Messieurs les cardinaux Marc Ouellet et Jean-Claude Turcotte, représentants de cette tradition millénaire, d’approuver les choix d’Edgar et d’y aller de leurs suggestions ».

Faisant partie des coffrets Les grands classiques d’Edgar chez Octave Musique, ces six disques sont entièrement consacrés à la musique sacrée. Ce coffret accorde une place de choix aux interprêtes du Québec. On y trouve dom André Laberge, organiste en chef des choeurs de Saint-Benoît-du-Lac, le Choeur des Moines de Saint-Benoît-du-Lac, les Petits Chanteurs du Mont-Royal, Christopher Jackson et le Studio de Musique Ancienne de Montréal, le Grand Choeur de Montréal, des orchestrations de Gilbert Patenaude, l’Ensemble Vocal Claude Gosselin de Québec et Anne-Marie Dubois au piano. Tout ce monde côtoie des orchestres et des artistes de renom du monde entier.

Dans le communiqué publié par Octave Musique, le cardinal Turcotte de Montréal indique que « la musique sacrée a cette capacité d’ouvrir le cœur et l’âme au mystère. Elle rappelle qu’il y a en tout être humain une dimension, souvent trop peu explorée. »

Quant au cardinal Ouellet, il voit en la musique « une voix intérieure [qui] touche l’âme et l’élève ».

La présentation du coffret met le cardinal Ouellet à son avantage, avec un sourire sincère. Sinon, le design reprend essentiellement celui du coffret d’Edgar Fruitier sur la musique romantique émis il y a quelques mois avec Alexandre Da Costa et Wonny Song, deux jeunes musiciens. Ce coffret La musique sacrée est le quatrième de la série.

Le cardinal Turcotte remettra sa redevance à la Collecte annuelle de l’Église catholique de Montréal. De son côté, le cardinal Ouellet remettra sa redevance au Fonds SVP de la Fondation Cardinal-Marc-Ouellet dont l’objectif est de lutter contre la pauvreté en soutenant les projets des organismes qui viennent en aide aux personnes immigrantes et réfugiées.

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Paradoxe ?
Les plus curieux s’empresseront de lire les textes du livret d’accompagnement, pour voir comment est traitée la question religieuse. Après tout, l’homme derrière la voix de Monsieur Burns n’est pas reconnu pour sa foi. Au contraire. D’ailleurs, il le souligne lui-même d’emblée dans son texte de présentation :

« Ceux qui me connaissent savent bien que je n’ai pas la fibre religieuse. Or, si je me plais à proclamer plus souvent qu’à mon tour que Dieu n’existe pas, j’avoue qu’il m’arrive tout aussi souvent de proclamer que Dieu est dans la musique. Paradoxe ? Contradiction ? Peut-être. Pouvoir et secret de la grande musique, qui réconcilie et embrasse tous les contraires ? Sans doute… Sans compter qu’elle permet ici à votre humble serviteur de s’associer l’espace d’un coffret à Messieurs les cardinaux Jean-Claude Turcotte et Marc Ouellet ! Qui l’eut cru ? Immense pouvoir de la musique ! »

Le texte d’Edgar Fruitier tranche nettement avec celui, théologique, du cardinal Ouellet. Ce dernier profite plutôt de l’occasion pour livrer un message de foi :

« La foi chrétienne parle d’espérance entre notre propre résurrection avec le Christ. L’affirmation d’une plénitude de vie avec le Seigneur apporte en effet une consolation et une certitude face à l’angoisse humaine devant la mort. Car la mort ouvre à une vie meilleure et éternelle. Cette réalité est au coeur le plus intime de la théologie chrétienne des fins dernières. C’est pourquoi musicalement, le contraste mort/résurrection est souvent illustré par des passages orchestraux et chorals sombres, entremêlés d’accords de paix et de sérénité exprimant une joie paradoxale. Le Christ, alors, n’apparaît pas en juge inflexible mais comme le bon berger dont le bâton protège le pèlerin qui traverse le ravin de la mort. Jésus-Christ a renversé une fois pour toutes les lois de la mortalité humaine car, par sa propre mort, il a scellé les promesses de vie, de lumière et de paix. Par la musique du Requiem, une voix intérieure touche l’âme et l’élève ; la Parole de Dieu et les textes liturgiques deviennent ainsi source de sens et de consolation. »

Quant au cardinal Turcotte, il opte pour un texte moins théologique, où il est davantage question de l’histoire de la musique sacrée. Il fait référence à la période de l’après-Vatican II comme d’un moment clef dans la musique liturgique moderne. « [C]ette musique [sacrée] ne convenait plus à une liturgie qui demandait aux fièles non seulement d’écouter le chant de la messe mais d’y prendre part de leur propre voix », résume le cardinal de Montréal.

Il précise enfin que « les grands classiques de la musique sacrée sont à jamais des chemins de prière et de contemplation, qui témoignent du génie de l’être humain et de la grandeur de Celui qui lui donne la vie ».

Sans doute inspirés par leur étonnante collaboration, les trois hommes ne manquent pas de faire une grande place aux paradoxes dans leurs textes respectifs. Comme quoi la musique se prête bien au mélange des genres… au moins le temps d’un coffret.