Après l’exaltation des fêtes du 350e anniversaire du sanctuaire en 2008, l’année 2009 sera plutôt à oublier pour Sainte-Anne-de-Beaupré. Avec le décès de certains piliers du sanctuaire, une fausse alerte à la bombe qui a gâché la fête de sainte Anne le 25 juillet, les prises de bec entre les rédemptoristes et le maire de la ville et la récente arrestation d’un père accusé de gestes à caractère sexuel au début des années 80 sur des mineurs, 2009 prend des allures d’annus horribilis.
Le père Raymond-Marie Lavoie, alors en poste au Séminaire Saint-Alphonse, une école privée collée au monastère qui a fermé ses portes en 2001 après une querelle entre les pères et la direction, a comparu au Palais de justice de Québec le 9 décembre pour attentat à la pudeur, grossière indécence et l’agression sexuelle. Une première plainte contre lui avait été déposée en décembre 2008. L’enquête de la police a permis de retracer trois autres présumées victimes. Le père Lavoie a été libéré sous caution, moyennant des frais et 5000 $. Il sera de retour en Cour le 1er février 2010.
À quelques jours de la fin de l’année 2009, cette arrestation s’ajoute à un long chapelet de mauvaises nouvelles qui ont ponctué la vie du sanctuaire au cours des 12 derniers mois.
Le chapelet explosif
L’élément le plus frappant fut sans doute la fausse alerte à la bombe du 25 juillet, la journée la plus occupée de l’année à la basilique. Une valise abandonnée parmi les bannières de procession a forcé l’évacuation du sanctuaire. Or, les artificiers ont finalement réalisé qu’elle ne contenait qu’un simple chapelet de procession. Malheureusement, il était déjà trop tard pour sauver la fête et la vaste procession du soir du 25 juillet.
Décès
La perte de deux hommes a également marqué les esprits à Sainte-Anne en 2009. Le décès du père Raymond Tremblay, l’un des pères les plus appréciés des pèlerins, fut un coup dur. Admiré pour la profondeur de sa spiritualité, ce mélomane était un spécialiste du grec ancien. La méthode d’enseignement qu’il avait publiée était utilisée dans les cours classiques partout au Québec. Ses confrères appréciaient aussi sa capacité à travailler en équipe.
Un autre décès, celui d’un laïc, a également ébranlé le sanctuaire. Emporté par un cancer foudroyant, Émile Gagné a été pendant 50 ans au service des rédemptoristes. En tant que responsable de l’accueil des groupes de pèlerins, il était une figure bien connue sur le site. Émile Gagné a par ailleurs déjà été responsable de l’Historial, devenu aujourd’hui le Musée Sainte Anne. Un portrait le représentant a d’ailleurs été accroché à l’intérieur du kiosque d’accueil.
Enfin, des questions d’argent étaient au cœur d’une joute verbale semi-publique entre le maire de Sainte-Anne-de-Beaupré et les pères rédemptoristes.
Pas une première
Malgré tout cela, le sanctuaire a en vu d’autres. Fondé en 1658, il a survécu à la Conquête des Anglais au XVIIIe siècle, malgré de durs combats sur la Côte de Beaupré. En 1922, un incendie criminel a complètement détruit la première basilique, qui était déjà la quatrième église construite sur ce site. En 1936, un brasier a détruit une bonne partie du village, incluant plusieurs hôtels, mettant en péril l’industrie touristique, poumon économique du village.
*Photo prise le 25 juillet 2009, après l’ordre d’évacuation.


Il est malheureux, qu’encore une fois, un prêtre se retrouve devant la justice pour ce crime. Ce n’est plus une nouveauté (malheureusement). Faudra-t-il créer une colonne spéciale pour cela dans les journeaux?
La question que les Églises, car il n’y a pas que les catholiques dans ce bateau, devront se poser est de plus en plus essentielle: pourquoi autant de difficultés avec la sexualité? Est-ce que la formation à la sexualité est adéquate chez les séminaristes, postulants, novices, etc? Est-ce que les personnes, qui deviennent prêtres, et ceux/celles qui les forment, ont peur d’aborder ces questions en dehors d’un prisme moral? Sont-ils capables de l’aborder franchement, en regardant les pourquois d’une telle déviance ?
Je crois que les séminaires du monde entier doivent aborder cette question franchement, sans détour, parce que les blessures créées par ce comportement se font sentir non seulement chez la victime et ses proches, mais également chez l’accusé et l’Église, tous ces croyants qui travaillent avec leurs cœurs, mais qui en ont marre de la culture du secret qui existe toujours dans les Églises, et qui permet à ces comportements de continuer des années durant. Vivement une éducation sexuelle chrétienne ancrée dans la réalité! Apprendre à connaître et à apprécier cet aspect de la vie sera une évolution dans la vie des Églises.
Quand nous arrêterons de jouer les anges et oserons affronter, dans l’Esprit Saint, notre condition d’humain, avec tout ce qu’elle comporte, sexualité comprise, nous aurons fait un grand pas. C’est mon espérance.