Avatar, Twilight et cie : le Vatican les condamne-t-il vraiment ?

Avatar, Twilight et cie : le Vatican les condamne-t-il vraiment ?

Le succès du film Avatar aux guichets n’a d’égal que le nombre de critiques farfelues qu’il s’attire. Ainsi, certains officiers de l’armée américaine n’apprécient pas l’image de rustres assoiffés de sang donnée aux Marines dans le film. Des éléments de la droite américaine qualifient Avatar d’anti-patriotique et d’anti-capitaliste, tandis que les liberals se scandalisent des cigarettes que grille Sigourney Weaver…

Sur des forums Internet, plusieurs téléspectateurs se plaignent d’expérimenter une forme de syndrome post-Avatar les poussant à la déprime. La planète Pandora imaginée par James Cameron est si belle que leur vie paraît soudainement fade et morne.

Parmi ce concert de critiques, la presse a relayé à grands coups de titres choc celle émise par le Vatican.

Le Vatican condamne Avatar, titre un site Internet consacré au cinéma. Avatar ne plaît pas au Vatican, écrit Le Figaro à partir d’une dépêche de l’Associated Press. Le Vatican n’a pas aimé le message d’Avatar, peut-on lire ici.

Je ne prêtais pas trop attention à ces articles jusqu’à ce qu’on collègue me dise : « Non, mais de quoi il se mêle le vieux c… », en faisant référence au pape Benoît XVI.

Finalement, les faits ont besoin d’être rectifiés.

La confusion
La presse a trop souvent la fâcheuse habitude de confondre les messages qui émanent du Vatican. Benoît XVI n’a pas parlé d’Avatar. Ce sont les organes médiatiques qui l’ont fait.

Parmi les articles à saveur sensationnaliste énuméré ci-haut, j’ai été frappé de voir celui de Premiere, nettement plus éclairé que les autres. « Rappelons tout de même que ce qui est écrit ou dit dans ces deux médias n’est pas un communiqué officiel du Vatican, donc il faudra se calmer avant de hurler que « Le Pape interdit aux catholiques de voir Avatar ! » », écrit-il.

Le Vatican possède deux organes de presse, qui bénéficient d’une indépendance plus ou moins grande selon les sujets traités. Dans le cas d’œuvres de fiction, la marge de manoeuvre est plus élevée que, disons, lorsqu’il s’agit d’écrire sur une question théologique plus pointue. Par ailleurs, dans les pires cas, il y a parfois une confusion entre le journal du Vatican, l’Osservatore Romano, et celui des évêques italiens, Avvenire, deux médias complètement différents.

Plusieurs médias ont assimilé les critiques du film émises par Radio-Vatican et par l’Osservatore Romano à une position officielle du Vatican. Or, il n’en est rien, puisque seule la salle de presse du Vatican, dirigée par le père Federico Lombardi, peut émettre des communiqués « officiels ».

Par ailleurs, soyons réalistes : entre le massacre des chrétiens coptes en Égypte, la visite papale à la grande synagogue de Rome et le séisme en Haïti, le pape Benoît XVI a franchement d’autres chats à fouettés ces temps-ci.

Les critiques
Les critiques formulées par les médias du Vatican n’ont rien de tellement particulières. Essentiellement, Radio-Vatican estime que le film promeut les « pseudo-doctrines qui tournent l’écologie en religion du millénaire », ce qui a déjà été entendu ailleurs. Quant à l’Osservatore Romano, il écrit dans son édition du 10 janvier que le film contient « Tanta stupefacente tecnologia da incantare, ma poche emozioni vere, emozioni umane per intendersi, in un mondo di alieni pur eccezionalmente immaginato e rappresentato ». En gros, plus d’effets que de contenu.

Twilight
L’automne dernier, plusieurs articles du même genre faisait dire au Vatican qu’il condamnait le second opus de la  « vampiresque » série Twilight. Mais cette fois, la confusion était encore plus grande, puisque les propos cités provenait d’un « petit monseigneur », c’est-à-dire un prêtre qui n’a le titre de monseigneur qu’à titre honorifique, sans pour autant être évêque. Autrement dit, un prêtre lambda.

En revanche, la véritable critique de l’Osservatore Romano (écrite par une femme, soit dit en passant), était favorable à Twilight car elle estimait que le film montre aux adolescents les valeurs du contrôle de ses pulsions, notamment ses pulsions sexuelles.

L'Osservatore Romano a plutôt aimé Twilight.

Harry Potter et culture pop
En 2008, l’Osservatore Romano se prononçait sur Harry Potter. La vision positive de l’occulte et de la magie était critiquée par le journal. Les médias du monde entier avaient relayé cette position éditoriale en affirmant que le pape condamnait Harry Potter. Or, l’été dernier, ce même Osservatore Romano offrait une bonne critique du film Harry Potter and the Half-Blood Prince et affirmait apprécier particulièrement le combat entre le bien et le mal.

Par ailleurs, au cours des derniers mois, le journal a émis des critiques positives envers John Lennon, la série de dessins animés les Simpsons et Tintin. Comme quoi l’Osservatore Romano n’est pas fondamentalement opposé à toute cette culture pop.

Hypocrisie ?
Après toutes ces considérations, une douloureuse question demeure : les médias du monde entier sont-ils hypocrites dans leur traitement des prises de position des médias du Vatican ? Probablement pas dans la forme. Le Vatican a droit au même traitement que n’importe quel groupe public qui voit ses positions être réduites et résumées, parfois d’une manière choquante. N’oublions pas que la presse doit avant tout répondre à des impératifs économiques pour survivre et être diffusée. La nouvelle traitée doit permettre de « vendre de l’information ».

Cependant, les suspicions d’hypocrisie sont plus crédibles lorsque l’on se demande pourquoi les médias s’intéressent soudainement à telle ou telle position dans l’Église catholique. Il est tout de même ironique de constater l’intérêt de certains médias pour de futiles critiques de films alors qu’ils se foutent éperdument de ce que les religions ont à dire de constructif sur des questions politiques, économiques ou sociales hautement plus pertinentes.

Mais entre Le Vatican condamne Avatar et Discours du pape au corps diplomatique, quelle nouvelle attirera le plus de « clics » à votre avis ?

On peut critiquer les médias, mais s’ils existent et s’ils traitent l’information de la sorte, c’est parce qu’ils vendent. Et s’ils vendent, c’est parce qu’on achète.

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Pour en savoir davantage sur l’évolution des prises de position de l’Osservatore Romano, je vous conseille cet excellent article du Christian Science Monitor.