L’Église libanaise face à l’extrémisme (2/2)

L’Église libanaise face à l’extrémisme (2/2)

(Lire la première partie)

Mario Bard s’entretenait dernièrement avec le père Raymond Abdo, carme, provincial de sa communauté au Liban. Dans cette entrevue, il parle des défis que rencontrent l’Église libanaise et les chrétiens du Moyen-Orient, confrontés depuis plusieurs années à la montée d’une forme d’extrémisme musulman.

Raymond Abdo : Alors ici, c’est important : affronter le martyr serait quelque chose qui ne serait pas nouveau pour nous. Affronter aussi la réalité, l’atrocité disons, des attitudes musulmanes envers les chrétiens dans la péninsule arabique, soit en Arabie Saoudite ou dans quelque autre pays du Golfe. Il y a une atrocité, un affrontement très grand. Les chrétiens ne sont pas libres de dire une messe en Arabie Saoudite. Par contre, surtout au Liban, en Syrie, en Jordanie, les chrétiens ont plus ou moins, et surtout au Liban, une certaine liberté. Malgré cela, dans ces pays, les chrétiens quittent leurs pays. Il y a une émigration très forte. Je crois que le Synode [prévu à l'automne 2010] va traiter cette gamme de problèmes pour voir comment, au-dedans de l’Église, on a beaucoup de facteurs communs et de capacités pour conserver nos jeunes au Liban. Et l’Église a un potentiel énorme du point de vue politico-social et économique, un potentiel qu’elle peut engager pour conserver les chrétiens en Orient.

Donc, je crois que les problèmes qui vont être traités, en général et à l’extérieur, ce sont ces thèmes. À l’interne, il y aura aussi des thèmes très importants en ce qui regarde la relation entre les chrétiens. Comment les chrétiens s’entraident, comment un orthodoxe ou un catholique accepte un autre catholique? Quelquefois, on ne s’accepte pas, on se critique. Quelquefois aussi, on critique le Vatican. Tu sais, la différence entre Orient et Occident. Quelquefois on critique aussi les choses par simple appartenance, disons sectarisme, ou bien par manque de connaissance complète de l’autre ou différence de l’autre, et l’acceptation de l’autre au-dedans de l’Église catholique. Les rapports de fraternité avec l’Église orthodoxe et avec les autres Églises qui ne sont pas catholiques, et le respect et l’entraide, sont nécessaires pour qu’on puisse ensemble donner un témoignage de fraternité. À ce moment là, notre crédibilité devant les musulmans sera plus forte, plus contagieuse. Et ils seront plus vulnérables devant le message de l’Évangile qui leur sera donné.

Mario Bard : Les patriarches et les évêques catholiques d’Orient au Liban se sont rencontrés dernièrement pour un séminaire de trois jours, toujours en préparation du Synode de 2010. De quoi ont-ils discuté ?

Raymond Abdo : De la formation des laïcs et du rôle des laïcs au sein de l’Église orientale. Il est important de voir un signe par ces rencontres et ces séminaires de patriarches parce que, vous voyez, jusqu’à maintenant il y a eu dix séminaires qui ont été célébrés entre les patriarches de l’Orient. Ces dix séminaires ont traité des thématiques dont je vous ai parlé, surtout le dialogue islamo-chrétien, l’authenticité au patrimoine islamo-religieux oriental et le témoignage pour fortifier l’enracinement des chrétiens en Orient. Il y a aussi un autre thème qui est interne à l’Église : la conservation du patrimoine liturgique, et comment faire fructifier ce patrimoine liturgique dans notre vie spirituelle pour témoigner encore plus à travers notre prière et notre pastorale chrétienne.