Frère André : des chroniqueurs sceptiques

Frère André : des chroniqueurs sceptiques

Le 12 février, la presse québécoise récupérait une information non-officielle émanant du Vatican selon laquelle l’annonce de la canonisation du frère André (Alfred Bessette) aurait lieu le vendredi 19 février. Cette information, d’abord annoncée par Radio Ville-Marie et ensuite reprise chez d’autres médias québécois, a laissé plusieurs observateurs de la province sceptiques face à un éventuel « saint frère André ».

Sur son blogue hébergé par le portail Canoë du groupe Québécor, le polémiste Richard Martineau est visiblement peu impressionné par la nouvelle. Il faut préciser qu’il pense que la canonisation a déjà eu lieu.

« […] pour ce qui est de la cannnisation (sic) du Frère André… Que l’on ait cru aux miracles en 1940 est une chose. Après tout, on nageait encore dans une mer d’ignorance… Mais en 2010???? S’il vous plaît!!!!! », lance-t-il d’un ton frondeur.

D’un ton plus posé, André Pratte du journal La Presse signe une note intitulée Saint frère André. Et alors ?

« Si la nouvelle avait paru dans les années 1950, le Québec aurait été en liesse. C’est dire combien la province a changé depuis cette époque. […] L’humble portier du collège Notre-Dame deviendra ainsi le premier saint québécois (sic). L’information a été accueillie ici dans l’indifférence la plus totale. », affirme-t-il d’entrée de jeu.

Il est vrai que peu d’articles ont été écrits à ce sujet au cours des derniers jours. Cela est dû, d’une part, à l’ouverture officielle des Jeux olympiques de Vancouver qui avaient également lieu le 12 février. Par ailleurs, cette information de nature religieuse est systématiquement non commentée de la part des autorités officielles, c’est-à-dire l’oratoire Saint-Joseph et l’archevêché de Montréal. Ce refus de commenter ne tient pas à une obstination, mais plutôt à un « respect de l’autorité de Rome ».

Mais André Pratte propose une interprétation différente de la faible présence médiatique de la nouvelle.

« Dans le Québec d’aujourd’hui, non seulement la religion n’a plus la cote, mais l’idée d’une guérison opérée par saint Joseph, grâce à l’intercession d’un frère portier, ne peut évidemment pas être prise au sérieux. D’où l’indifférence », analyse-t-il, en faisant référence à la nécessaire reconnaissance de miracles pour l’aboutissement d’un processus de canonisation.

Les prochains jours détermineront si André Pratte a raison ou non.

Mais décidément, la question des miracles chicote la presse québécoise. Dans l’émission télévisée 24 heures en 60 minutes à l’antenne de Radio-Canada, le 12 février, l’animateur Sébastien Bovet s’entretenait avec Alain Crevier, animateur de l’émission Second Regard. Rapidement, la question des miracles surgit.

« On est en 2010, dans une ère scientifique, on comprend qu’il y a la reconnaissance de miracles pour devenir un saint. Est-ce que c’est un processus qui est contesté au sein même de l’Église, ou totalement accepté sans questionnement ? », lance M. Bovet.

Après quelques explications sur le scepticisme de certains, sur la foi des autres et sur Lourdes, Alain Crevier finit par dire que « les miracles sont incontournables dans l’Église catholique, n’en déplaise à ceux qui voudraient moderniser l’entreprise ».

Quoi qu’il en soit, la confirmation pourrait venir très tôt vendredi matin, en raison du décalage horaire. Mais tous les indices au cours de la dernière semaine tendent à confirmer que l’annonce sera effectivement faite le 19 février.

Restera à voir si les sceptiques seront confondus.