Presbytères : monnaie d’échange pour sauver les églises du Québec

Presbytères : monnaie d’échange pour sauver les églises du Québec

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il semble s’amplifier : de plus en plus de presbytères sont vendus dans l’espoir de réussir à sauver les églises du Québec. Plusieurs cas ont retenu l’attention au cours des dernières semaines.

La plupart des presbytères ont pu être sauvés de la démolition malgré leur changement de vocation à venir. Mais tous n’ont pas eu ce luxe.

Shawinigan
Dans le secteur de Shawinigan, le presbytère de Saint-Jean-des-Piles sera démoli au cours des prochains mois. Mis en vente l’an dernier, son entretien était devenu trop lourd à assumer pour la communauté catholique de l’endroit. Le presbytère fera place à un projet de 1,98 millions $ de la Coopérative de solidarité en habitation qui construira une résidence pour personnes âgées.

Le presbytère ne servait pratiquement plus depuis la mort du dernier curé résident, il y a deux ans. Avec des coûts de chauffage frôlant les 8000 $ par année, la Fabrique voyait disparaître d’importants montants.

Le caractère historique du bâtiment construit en 1897 ne suffisait pas à le sauver. En entrevue au Nouvelliste de Trois-Rivières, le président de la Fabrique, Michel Moisan, affirmait clairement que cette transaction permettra à la Fabrique d’accorder de plus grandes ressources financières à l’entretien de l’église.

Dans la région de Shawinigan, population et pratique religieuse connaissent un net déclin. En 2000, des fusions avaient fait passer le nombre de paroisses de neuf à deux. Mais depuis octobre 2009, il ne reste désormais qu’une seule paroisse catholique à Shawinigan, lorsque les deux paroisses restantes ont été regroupées. Cela est venu finaliser un long processus d’adaptation pour l’Église catholique à Shawinigan.

L’histoire de Saint-Jean-des-Piles, une municipalité de paroisse fusionnée en 2002 à Shawinigan, s’inscrit donc dans cette réalité.

Lanaudière
Plus à l’ouest, dans la région de Lanaudière, le presbytère de Saint-Gabriel-de-Brandon, vient d’être acheté par la Caisse populaire pour un montant de 250 000 $. Il s’agit d’un bon coup pour la Fabrique, puisque la valeur du terrain et du bâtiment était estimée à 75 000 $. La caisse y déménagera ses bureaux prochainement.

L’argent de la vente servira d’abord à la Fabrique pour le déménagement de ses locaux à l’arrière de l’église. Le restant ira entièrement à la survie d’une église qui est déjà sur la corde raide. Celle-ci n’est actuellement pas utilisée durant l’hiver en raison des coûts de chauffage trop élevés.

Quelques kilomètres plus loin, la Fabrique de la paroisse Sainte-Mélanie vient d’obtenir le feu vert pour la vente du presbytère inoccupé. Elle espère que le bâtiment aura une vocation communautaire pour la municipalité, mais elle n’exclut pas la possibilité de le vendre à des intérêts privés.

Encore une fois, les intentions de la Fabrique sont claires : le montant de la vente servira à constituer un fonds pour la viabilité de l’église patrimoniale de Sainte-Mélanie.

Un autre cas récent retient également l’attention dans Lanaudière. La Fabrique de Saint-Alphonse souhaite mettre son presbytère en vente prochainement. Les marguilliers veulent qu’il serve à un projet communautaire ou municipal, mais ce sont les paroissiens qui trancheront le 21 mars à l’aide d’un vote.

Sur la lancée de 2009
En décembre dernier, la municipalité de Saint-Jean-de-Cherbourg a acheté le presbytère pour le montant symbolique de 1 $. Située près de Matane, cette communauté de 224 habitants peut continuer d’utiliser la chapelle qui se trouve à l’intérieur du bâtiment. La Fabrique n’a pas fait d’argent, mais elle a réduit ses coûts en se débarrassant du presbytère.

Toujours avec l’objectif de réduire les frais de gestion, la Fabrique de Sainte-Anne de Danville, en Estrie, a eu l’aval des paroissiens pour la mise en vente du presbytère.

Depuis le mois d’août, les paroisses catholiques de Danville et d’Asbestos partagent le même curé, et celui-ci ne réside plus à Danville, dans l’imposant presbytère de 22 pièces.

En mettant en vente ce bâtiment surnuméraire, la Fabrique espère faire des économies et concentrer ses fonds sur l’église.

Toutefois, la vente de ce presbytère marquera un autre moment symbolique pour l’histoire religieuse de la région, puisque le Carmel de Danville a fermé ses portes il y a quelques mois à peine.

Ces nombreux cas récents n’ont rien d’exceptionnels en soi. Depuis plusieurs années, c’est un phénomène qui s’observe sur l’ensemble du territoire québécois. Cependant, la concentration récente de ces ventes, pour les mêmes raisons, laissent envisager que le phénomène s’amplifie au lieu de se résorber.

Photo : Shawinigan