Quand le frère André se mêle de hockey

Quand le frère André se mêle de hockey

« Ça fait deux ans jour pour jour », m’écrivait mon amie et consœur journaliste Brigitte le 19 février dernier.

Alors que je venais de passer la journée à parler en ondes de l’annonce de la canonisation du frère André, son courriel me rappelait les circonstances extraordinaires qui ont menées à notre rencontre et du rôle étonnant du fondateur de l’oratoire dans cette rencontre.

En février 2009, j’ai fait une longue entrevue radiophonique avec le professeur Olivier Bauer, compatriote de Brigitte. Ce théologien suisse de l’Université de Montréal venait de publier un ouvrage intitulé La religion du Canadien de Montréal. La Sainte Flanelle, les fantômes du Forum, les reliques, les prières spéciales pour la victoire : tout y passait.

Cette entrevue, à l’instar du livre du professeur Bauer, a suscité l’engouement de l’auditoire. Parmi tous les commentaires reçus suite à cette entrevue, le plus remarquable était sans contredit celui de Brigitte.

Avec sa permission, je vous raconte ce qu’il contenait. Cette histoire sera d’ailleurs utilisée ultérieurement par le professeur Bauer pour un ouvrage.

Victoria
Il y a deux ans, le professeur de Victoria (l’aînée de Brigitte) lui a demandé de faire un exposé oral au sujet d’un héros canadien. La petite a choisi de parler du frère André à ses camarades. En compagnie de sa mère, Victoria a acheté une poignée de médailles du frère à la boutique de l’oratoire dans le but d’en faire la distribution en classe.

L’exposé avait lieu le 19 février. Le soir même, Victoria et sa famille assistaient au match du Canadien dans une loge au Centre Bell en compagnie des collègues du père de Victoria.

Ce soir-là, le spectacle était franchement nul. Ou plutôt le Canadien était nul. Et avec lui, l’ambiance. L’équipe se traînait tellement les pieds qu’elle perdait déjà 5-0 à la moitié du match.

Ce qui devait être un agréable moment pour Victoria en compagnie de ses parents devenait profondément ennuyant. Voulant lui éviter une trop grande déception, Brigitte lui a suggéré, sans grande conviction, de demander au frère André d’aider le Canadien.

Alors que plus tôt dans la journée Victoria venait de présenter le frère André comme un héros canadien, Brigitte ne s’est pas gêné pour lui préciser « il te doit bien ça ! ».

Heureuse de ne plus avoir à regarder le massacre, Victoria se mit à prier le frère André, en tenant dans sa main la seule médaille qui lui restait de sa présentation orale.

Et le Canadien a marqué un premier but.

Plus étonnée que convaincue, Victoria y est allée d’une seconde prière.

Le Canadien a immédiatement marqué un deuxième but.

Amusés, les collègues lançaient à la blague que ça devait être l’action du frère André. Quel ne fut pas leur étonnement lorsque le Canadien marqua une troisième fois.

Ébahie, Victoria n’en croyait pas ses yeux. Elle a continué ses prières, et le Canadien a continué de marquer des buts. Si bien que ce soir-là du 19 février 2008, le Canadien de Montréal a gagné 6-5 contre les Rangers de New York. Cette remontée historique qui s’est terminée en tirs de barrage constitue un record d’équipe.

« Ça fait deux ans jour pour jour », m’écrivait mon amie Brigitte le 19 février dernier, date à laquelle le pape Benoît XVI a annoncé la canonisation du frère André qui aura lieu le 17 octobre prochain. Le hasard a voulu que cette annonce tombe deux ans jour pour jour après ce fameux match qui demeure une soirée de rêve pour Victoria.

Bon, sans crier au miracle, il y a de ces coïncidences qui valent la peine d’être racontées. Si l’histoire semble d’intérêt pour un professeur de théologie, elle l’est sans doute pour les internautes.

Crosby
J’ai également demandé à Victoria, aujourd’hui adolescente, la permission de raconter son histoire. Elle a été impressionnée lorsque je lui ai bien fait comprendre que  son histoire sera lue par des milliers de personnes. Elle m’a ensuite demandé si j’avais regardé la finale du hockey masculin aux Jeux olympiques.

Effectivement, à l’instar de millions de Canadiens, j’ai vu Sidney Crosby marquer le but décisif en prolongation pour procurer la victoire 3 à 2 contre les États-Unis.

« Devine ce que j’avais dans ma main… », m’a-t-elle lancé avec un grand sourire.

Sa médaille du frère André, bien entendu.