Oka dans la mire de la Famille Marie-Jeunesse

Oka dans la mire de la Famille Marie-Jeunesse

Alors que les problèmes financiers de la Corporation de l’abbaye d’Oka laissent planer un doute sur l’avenir du monastère sous la gouverne des gestionnaires actuels, la Famille Marie-Jeunesse aimerait acquérir le bâtiment pour y installer sa maison-mère. La communauté, qui avait fait une offre d’achat en janvier 2009, pourrait bientôt être fixée.

Depuis le départ des moines d’Oka pour leur nouvelle abbaye de Val-Notre-Dame il y a un an, les difficultés financières de la Corporation de l’abbaye d’Oka (CAO) ont été étalées au grand jour. La CAO doit encore 1,5 million $ aux cisterciens, et se fait talonner par la ville pour des taxes impayées. Dans un tel contexte, la ville songe présentement à récupérer le monastère.

L’offre d’achat de la Famille Marie-Jeunesse, qui prévoyait rembourser les dettes de la corporation, pourrait ainsi séduire la ville.

« Nous espérons que l’offre sera de nouveau considérée. Nous sommes prêts, et nous aimerions que cela se règle rapidement », confie le père Martin Proulx de la Famille Marie-Jeunesse.

Manque d’espace
La communauté se sent à l’étroit dans son actuelle maison-mère de Sherbrooke. La Famille Marie-Jeunesse est arrivée à Sherbrooke en 1991. Elle compte aujourd’hui 130 membres dans le monde, dont 85 à Sherbrooke, répartis dans ses cinq maisons.

Mais un monastère comme celui d’Oka coûte très cher. La CAO l’a payé 6 millions $. Alors que les communautés religieuses ferment des bâtiments et resserrent leurs finances, une jeune communauté s’apprête à débourser de grands montants pour s’agrandir.

Or, l’offre d’achat de la Famille Marie-Jeunesse est le fruit d’un comité de gens d’affaires et de communautés religieuses qui s’engagent à épauler l’offre. Le comité, qui compte environ 25 membres, est composé aux trois quarts de communautés religieuses. L’argent est là, notamment sous forme de promesses de dons.

« Nous avons travaillé très fort pendant plusieurs mois pour préparer un plan d’affaires. Un déménagement coûterait moins cher qu’agrandir notre maison de Sherbrooke », précise le père Proulx.

Pas une première
En matière de récupération de monastère, la Famille Marie-Jeunesse n’en est pas à ses premières armes. À Sherbrooke, la communauté occupe aujourd’hui l’ancien monastère des franciscains. Au moment de son offre d’achat, la grue était installée pour démolir le bâtiment dès le lendemain.

Des gens d’affaires de Sherbrooke avaient pris rendez-vous avec les franciscains pour voir si c’était possible de s’entendre. En vendant le bâtiment à Marie-Jeunesse, les franciscains évitaient de payer les frais de démolition. Ils avaient auparavant tenté de le vendre pendant quatre ou cinq ans.

« Nous l’avons acheté pour 1$. On l’a payé cash », lance en souriant le père Proulx.

Stratégie
N’en déplaise à ses détracteurs, la Famille Marie-Jeunesse fait partie de ces rares communautés religieuses qui ont le vent dans les voiles. La progression semble constante. L’acquisition de l’abbaye d’Oka et le déménagement de la maison-mère à proximité de Montréal offriraient un positionnement géographique plus avantageux pour la communauté. En s’approchant de la métropole, la Famille Marie-Jeunesse aurait soudainement accès beaucoup plus facilement à la région la plus peuplée du Québec.

Par ailleurs, Oka se trouve dans le diocèse de Saint-Jérôme, dont l’évêque est actuellement président de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Selon le père Martin Proulx, Mgr Pierre Morissette verrait d’un bon œil leur arrivée dans son diocèse.

« Nous avons le sentiment que nous serions plus disponibles pour les besoins. En ce moment, nous ne pouvons répondre qu’à une demande sur quatre », fait valoir le père Proulx, qui explique que des membres de Marie-Jeunesse sont souvent sollicités pour faire du remplacement dans des paroisses, pour organiser des activités pour des jeunes ou pour faire des visites dans des écoles privées.

La communauté a déjà trouvé une rhétorique grand public pour faire valoir son éventuel déménagement à Oka. Elle entend « sauver le patrimoine immobilier, sauver le patrimoine agricole, et sauver le patrimoine immatériel ». Des expressions nobles, qui leur assureront peut-être un regard bienveillant  de la population.

Et les autres projets
La Famille Marie-Jeunesse a également d’autres projets. Actuellement, une douzaine de diocèses seraient intéressés à ses services. Parmi ceux-ci, le diocèse d’Ottawa se démarque par les actions concrètes prises pour faciliter l’implantation de la communauté. Mgr Terrence Prendergast est activement à la recherche d’une maison pour loger Marie-Jeunesse.

Mais tous ces projets sont en suspens en attendant la décision dans le dossier de l’abbaye d’Oka.