Abus sexuels : les protocoles fonctionnent

Abus sexuels : les protocoles fonctionnent

Cet hiver, l’Église catholique canadienne a été relativement épargnée par la vague des scandales sexuels. Face aux craintes légitimes de la population canadienne, les diocèses ont rappelé qu’ils ont développé des protocoles à suivre en cas d’allégations d’abus sexuels. Plusieurs de ces protocoles existent depuis le début des années 90. Récemment, deux cas de prêtres suspendus dans les Maritimes ont permis de rappeler l’utilité de ces protocoles.

Le premier cas de suspension concerne le diocèse de Charlottetown, à  l’Île-du-Prince-Édouard. Le 14 mai dernier, l’ordinaire du lieu, Mgr Richard Grecco, a reçu un appel en provenance du diocèse de Corner Brook et Labrador l’informant que le père George Smith faisait l’objet d’allégations d’abus. Ces allégations concernent des gestes qui auraient été commis alors qu’il était en poste à Terre-Neuve, c’est-à-dire avant 1994.

Mgr Grecco l’a suspendu sans hésiter, même s’il n’avait finalement que peu d’informations au sujet du prêtre.

« Je ne me suis pas renseigné au sujet de la nature des allégations car le protocole est clair : dès qu’une allégation survient, nous retirons la personne concernée de son lieu de travail », a déclaré Mgr Grecco à CBC.

Il n’a fallu que 24 heures à Richard Grecco pour réagir.

Les allégations au sujet du père Smith concernent des gestes qui remonteraient à la fin de années 80 ou au début des années 90.

Sous enquête
Ce n’est que plusieurs jours plus tard que l’évêque de Corner Brook et Labrador, Mgr Douglas Crosby, a confirmé que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) enquête désormais sur une plainte impliquant le père Smith ayant trait à des abus sexuels.

En raison de l’enquête qui est en cours, la GRC refuse pour l’instant d’émettre des commentaires dans ce dossier. Cependant, elle a précisé que la plainte provient d’un seul individu.

Edmundston
Toujours dans les Maritimes, le prêtre responsable des paroisses de Rivière-Verte et de Sainte-Anne-de-Madawaska, le père Joseph Numbi Phaku Mavambu, a été suspendu de ses fonctions par le diocèse d’Edmundston. Cela se passait également au cours du moi de mai.

Dans une lettre adressée aux paroissiens, l’évêque du diocèse d’Edmundston, Mgr Claude Champagne, a indiqué qu’il devait agir ainsi à la suite d’une plainte grave reçue à l’endroit du prêtre. Cependant, le diocèse a refusé de commenter davantage la situation.

Il est par ailleurs impossible de dire si les allégations concernent des abus sexuels. Après tout, une « plainte grave » laisse place à beaucoup d’imagination.

Toutefois, la suspension de ce prêtre tranche avec l’attitude qui aurait prévalu il y a quelques décennies et qui a justement été vivement dénoncée depuis le début de l’année. Peu de médias ont relevé ces suspensions. Dommage, car elles confirment avec éloquence ce qui était exigé cet hiver par les commentateurs de tout acabit : l’Église ne prend plus de telles allégations à la légères.

Les « pommes et les oranges »
Maintenant que le sujet est moins brûlant et qu’il est possible de porter un regard rétrospectif sur la tempête médiatique des derniers mois, une question aux apparences naïves surgit : de quoi débattait-on au juste ?

Il est effectivement étonnant de constater que le débat était en perpétuel mouvement et qu’il a connu un glissement continu d’une sphère à l’autre. En français courant, on dirait « comparer des pommes avec des oranges ».

Au début, puisque les cas concernaient surtout des pays européens, seuls quelques médias spécialisés du Québec ont relevé certains éléments particulièrement choquants. Ce n’est qu’une fois que le nom du frère du pape s’est mis à circuler que l’affaire à pris des proportions internationales.

Le frère du pape aurait-il été au courant, voire impliqué, dans des cas d’abus sur des enfants ? Les raccourcis trop faciles ont rapidement été défaits, mais le sujet était lancé.

Devant les révélations presque quotidiennes de nouveaux cas en Allemagne, en Autriche, , en Belgique, en Suisse, en Italie et aux Pays-Bas, plusieurs se demandaient jusqu’où irait le scandale. Évidemment, on cherchait des explications. C’est à partir de ce moment que le débat a connu un étonnant glissement, voguant allégrement d’une question à l’autre.

Pour le grand public, ce fut d’abord la faute du célibat des prêtres. Ensuite, ce fut l’exclusivité masculine de la prêtrise qui devait être remise en question.

Réagissant à cette tendance, plusieurs évêques ont rétorqué que les journalistes ne faisaient pas bien leur travail. Et un débat de plus : y a-t-il un biais dans les médias lorsqu’il est question d’Église ? La tentative de faire remonter les cas jusqu’au pape Benoît XVI a alimenté cette impression chez plusieurs croyants.

Il y a ensuite eu le débat de la gradation des horreurs. À grands coups de statistiques, on tentait de voir qui était le plus tordu : l’oncle incestueux, l’enseignant ou le prêtre ? Statistiquement, qui abuse le plus ? Une gradation farfelue et réductrice face aux horreurs commises.

Et pour la presse spécialisée en religion, il y a également eu le débat du ton à adopter pour parler de ces abus et du rôle de l’Église. Jusqu’à quel point cette presse devait « défendre » l’Église ?

Sur n’importe quel de ces « éléments de débat », y a-t-il vraiment eu des avancées, des remises en question profondes ?

Très peu.

Tout cela éloignait de la véritable question : comment prévenir ces cas, comment les punir et comment les guérir, collectivement et individuellement ?

Bien qu’imparfaite, la réponse de l’Église n’a effectivement pas eu une couverture médiatique suffisante. Le ménage dans la situation irlandaise est vigoureux, les leçons sont sévères. La gestion de la Légion du Christ, après les révélations sur la vie débauchée de son fondateur, le père Marcial Maciel (abus sexuels, maîtresses, enfants, inceste, drogue), est douloureuse mais exemplaire, même si le processus n’est pas encore terminé. À cet égard, le rôle déterminant du pape Benoît XVI a été largement occulté.

Enfin, plus humblement, les cas récents de suspensions de prêtres sont passés pratiquement sous silence. Pourtant, ils sont enfin la preuve concrète que l’Église semble avoir tiré les leçons qui s’imposent sur le terrain.