Holy Goalie, étole et gloire passée

Holy Goalie, étole et gloire passée

Oubliez Jesus Price et les « miracles » de Jaroslav Halak : voici le Holy Goalie, un évêque américain, gardien de but à ses heures, passionné de hockey. Nommé à la tête du diocèse de Springfield dans l’Illinois le 20 avril dernier par le pape Benoît XVI, Mgr Thomas Paprocki bénéficie d’une sympathique réputation auprès des amateurs de hockey.

Paprocki ne colle pas vraiment à l’idée classique de l’évêque catholique. D’abord, l’homme de 57 ans est en excellente forme physique. Il participe à des marathons depuis plusieurs années, « histoire de garder la forme pour le hockey », indique-t-il.

Ensuite, Mgr Paprocki a toujours été un fervent partisan des Blackhawks de Chicago. L’équipe est en finale de championnat cette année contre les Flyers de Philadelphie. Elle pourrait remporter sa première Coupe Stanley depuis 1961, la quatrième de son histoire, une possibilité qui enchante l’évêque.

En 2006, le magazine officiel du hockey américain, USA Hockey, a publié un article au sujet de Mgr Paprocki, surnommé « Holy Goalie » pour l’occasion (le Saint Gardien). Suite à cette publication, la direction des Blackhawks a invité Mgr Paprocki à participer à un entraînement avec l’équipe.

Comme plusieurs gardiens, le design du masque est adapté pour refléter la personnalité de celui qui le porte. Dans le cas de Mgr Paprocki, ses armoiries d’évêque ont servi d’inspiration. Sur les côtés du visage, les trois rangées de glands caractéristiques des armoiries épiscopales sont clairement visibles.

En avril, suite à l’annonce de sa nomination à Springfield par le pape, et face aux succès des Blackhawks qui connaissent une saison extraordinaire, des commentaires de l’évêque au sujet de sa passion lors d’entrevues accordées à des journalistes ont refait surface sur Internet.

« Si vous essayez de comprendre le fonctionnement de mon cerveau, sachez que la plupart des joueurs de hockey disent que les gardiens sont différents, expliquait-il. Je me plais à me tenir devant un filet tandis que des gens me lancent des rondelles à 100 milles à l’heure. »

S’adressant aux journalistes le sourire en coin, il disait avec humour : « Je suis habitué de me faire canarder. Sachant cela, je répondrai maintenant à vos questions ».

Le style papillon de l’avortement
L’évêque est en effet habitué à être l’objet de critiques en raison de ses positions morales, notamment celles au sujet de l’avortement. Certains le qualifient d’évêque « conservateur ».

Il s’est opposé publiquement en 2005 à un décret de l’ex-gouverneur de l’Illinois, Rod Blagojevich. Ce décret oblige les pharmaciens de l’État à ne pas refuser de délivrer des contraceptifs.

« Je suis consterné que notre société sécularisée soit rendue au point où l’on exige que des individus violent leurs propres croyances religieuses afin d’accommoder les demandes égoïstes de groupes d’intérêts spéciaux », avait-il déclaré en réaction au décret.

En 2008, il s’est opposé au Freedom Of Choice Act, une loi qui stipule qu’un État ne peut empêcher une femme de procéder à un avortement. Dans le contexte américain où il existe de réputés hôpitaux catholiques, l’évêque n’a pas mâché ses mots.

« Cela pourrait vouloir dire que nous cesserons l’obstétrique dans nos hôpitaux [catholiques], et que nous pourrions considérer devoir faire des étapes vers la fermeture complète de nos hôpitaux catholiques. Il ne suffirait pas de retirer nos subventions ou de les vendre à des gens qui pratiquent l’avortement. Ce serait une coopération inacceptable avec la mal », précisait-il.

Mgr Paprocki aime bien faire allusion au mal.

Tout récemment, l’évêque a pris position au sujet du scandale des abus sexuels qui a secoué l’Église. Selon lui, ce scandale est en partie le fruit du Diable qui profite des « faiblesses morales », de « l’instabilité psychologique » et de la « maladie » des prêtres pédophiles. Il a clarifié ses propos par la suite en précisant que ces prêtres étaient responsables de ces actes qui ne pourraient être uniquement imputés au Diable…

Heureusement pour lui qu’il a grandi dans l’État de l’Illinois, et  pas au New Jersey.

En passant, le cardinal Marc Ouellet, qui a été à l’origine d’un débat enflammé dans les médias québécois avec la récente réaffirmation des positions de l’Église en matière de bioéthique, est également un adepte de hockey.

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Des journaux canadiens ont également parlé d’autres clercs reconnus pour leur amour du hockey.

Dans le diocèse de Trois-Rivières, plusieurs prêtres ont revêtu une étole à l’effigie du Canadien de Montréal en marge de certaines célébrations eucharistiques. L’étole en question a été conçue par une amie proche d’un des prêtres du diocèse.

Mais en matière de fidélité extrême envers une équipe, il faut se tourner vers un prêtre anglican qui vit désormais en Écosse. Rob Warren habitait auparavant à Montréal. En fidèle partisan du Canadien, il continue de suivre les matchs en direct sur Internet, la nuit, en Écosse.

Warren a un logo du Canadien à l’arrière de sa voiture, et porte occasionnellement un chandail de l’équipe. Il a même été coincé au milieu de l’émeute de la Coupe Stanley lors de la dernière victoire, en 1993.

Philosophe, il a eu cette irrésistible comparaison lors d’une entrevue avec un journaliste de Victoria au mois de mai :

« Le Canadien est un peu comme l’Église anglicane : tes jours de gloire sont terminés, mais tu existes encore, et tes jours de gloire pourraient revenir. »