Des chapelets qui « fessent dans le dash »

Des chapelets qui « fessent dans le dash »

Plus de 300 chapelets sont exposés jusqu’à la mi-août dans la chapelle des congréganistes de l’église Saint-Charles-Borromée, à Québec. Il ne s’agit que d’une infime portion de la collection privée de Roland Ricard, un passionné qui les fabrique lui-même et qui en possède plus de 6000. L’exposition fascine tant par la quantité que par la variété des chapelets exposés.

En entrant dans l’église patrimoniale située au coeur du quartier historique du Trait-Carré, à Charlesbourg, le visiteur doit d’abord traverser le choeur et la sacristie avant de découvrir l’accès à la chapelle dédiée à Marie qui se trouve au deuxième étage. Là, entre la statue de la Vierge, les boiseries anciennes, les lumières tamisées et le bruit régulier des ventilateurs, brillent les croix et les médailles des centaines de chapelets fabriqués par Roland Ricard.

C’est la première fois que M. Ricard expose ses chapelets à l’extérieur de chez lui. D’habitude, il reçoit les intéressés à la maison, où ses milliers de créations sont accrochées sur les murs. « Quand les gens entrent ici, c’est là que j’entends le plus souvent le mot Dieu. Ils disent tous : « Oh mon Dieu ! », lance-t-il avec une pointe d’humour.

Roland Ricard fabrique des chapelets depuis l’âge de 13 ans. Avec les années, cet ancien professeur de musique est devenu patenôtrier, c’est-à-dire fabricant de chapelets. Il s’agit d’un métier qui existait déjà au Moyen Âge et dont le nom tire son origine des deux premiers mots de la prière du Notre Père en latin : Pater Noster.

« J’ai toujours aimé ça. J’ai dû en faire environ 11 000 dans ma vie. Je les fabrique comme un enfant qui s’amuse dans son carré de sable. Mon but, ce n’est pas de vendre. C’est un hobby. C’est une passion. T’es plongé, et tu nages », illustre M. Ricard.

Or, au fil du temps, Roland Ricard est devenu maître-nageur : il a recensé à ce jour plus de 353 sortes de chapelets différents propres aux catholiques, qu’il reproduit et qu’il finit souvent par donner autour de lui. Dernièrement, il en a donné pour Haïti, et il s’affaire à en préparer une cargaison destinée à l’Équateur.

Le patenôtrier a 130 000 $ de matériel d’inventaire chez lui pour assembler de nouveaux chapelets. S’il en a déjà fabriqué beaucoup en bois et en plastique, il préfère désormais des matériaux de plus grande qualité. « Je suis dans le cristal de roche, dans tout ce qui est en verre. Le plastique, ce n’est pas valorisant. Un beau chapelet en cristal, ça fesse dans le dash », fait-il valoir.

Étonnamment, M. Ricard ne récite pas le chapelet. Il préfère plutôt dire qu’il prie en parlant à ses chapelets. Il n’a pas de chapelet préféré non plus. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses saints favoris : sainte Thérèse de Lisieux et saint Joseph.

« Je fabrique le chapelet, mais je ne le dis pas. Je n’ai plus le temps de penser à ça. La prière, c’est parler. Je prends ma main, et je touche à mon chapelet. Moi, c’est saint Joseph. Je lui dis : « Prends ton boute, je prends le mien, pis il nous arrive rien ». Il faut l’avoir, la foi. C’est tout. Je l’ai. »

Savoir à quel saint se vouer
Peu importe la dévotion, le curieux trouvera nécessairement un chapelet à sa convenance au cours de sa visite. Le plus petit chapelet n’a que 5 grains et est dédié aux Coeurs de Jésus et Marie. Le plus grand en compte 169. Il s’agit d’un rosaire classique où trois chapelets de 59 grains sont combinés pour la méditation des mystères glorieux, joyeux et douloureux. Le chapelet de la neuvaine à la Trinité compte 9 grains, celui de la neuvaine de la Pentecôte en a 7. On y trouve également des chapelets plus inusités, comme celui pour la conversion des âmes (33 grains) ou celui des 26 martyrs japonais.

Le seul chapelet controversé a été honni de l’exposition. Il s’agit d’un chapelet classique de 59 grains pour l’âme des enfants avortés. Sa particularité vient de ses grains qui renferment chacun la représentation d’un fœtus. Mais tout n’est pas perdu, puisque le dévot pourra toujours se rabattre sur le chapelet pro-vie qui a bel et bien été exposé.

Enfin, certains chapelets fascinent par leur forme (le chapelet en échelle) ou par leur provenance (le chapelet bouddhiste).

Il est possible de visiter l’exposition jusqu’au 15 août. Par la suite, il faudra attendre le 26 septembre, à l’occasion des Journées de la culture, pour la revoir une dernière fois. À cette occasion, Roland Ricard sera présent et donnera une conférence sur la fabrication des chapelets.

Par ailleurs, son travail a suscité suffisamment de curiosité pour mettre le ministère de la Culture et des ethnologues de l’Université Laval sur la piste de M. Ricard. Ces derniers l’ont filmé parmi ses créations, en train d’expliquer sa passion. Pour la postérité, il a l’intention de les léguer à un musée lorsqu’il sera mort. Il n’a pas l’intention de produire un livre, une sorte de catalogue qui regrouperait le travail de recherche qu’il a fait depuis plusieurs années, mais se dit prêt à collaborer avec quiconque voudrait se lancer dans une telle aventure.

Mais en attendant, il a encore trop à faire.

« Ce qui presse, ça presse toujours, c’est d’en trouver plus. »

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Roland Ricard répare gratuitement les chapelets. Il suffit de payer le matériel nécessaire à la réparation. On peut le contacter au 418-628-0626.

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Pour les amateurs d’inusité, la prochaine exposition thématique à l’église Saint-Charles-Borromée aura lieu à la fin de l’année et portera sur les bas de Noël…

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