Les Québécois croient plus en la réincarnation qu’aux miracles du frère André

Les Québécois croient plus en la réincarnation qu’aux miracles du frère André

Alors que la canonisation du frère André a occupé une place de choix dans les médias du Québec au cours des dernières semaines, un sondage publié dans les pages du journal Le Devoir affirme que seulement un Québécois sur trois croit aux miracles du fondateur de l’Oratoire Saint-Joseph. En comparant les données de ce sondage à celles d’autres enquêtes d’opinion, on constate que les Québécois ont tendance à croire davantage aux extraterrestres et à la réincarnation qu’aux miracles du frère André.

Selon le sondage Léger-Marketing réalisé auprès de 1000 personnes pour le journal Le Devoir du 12 au 14 octobre, 35% des Québécois pensent que les miracles attribués au frère ont réellement eu lieu, alors que 22% pensent le contraire et que 43% ne savent pas ou refusent de répondre.

Pour retrouver des sondages généraux qui se penchent sur les croyances des Québécois, il faut reculer de quelques années.

Selon un sondage Léger-Marketing publié en 2001, les Québécois affirmaient croire : aux sorcières (9%), aux fantômes (21%) à la réincarnation (33%), aux extraterrestres (34%), et aux anges (56%). Le sondage a été réalisé auprès de 1506 Canadiens âgés de plus de 18 ans du 18 au 23 septembre 2001.

L’année suivante, la maison de sondages CROP a réalisé une autre étude du genre, pour le compte de Radio-Canada cette fois. S’intéressant davantage aux croyances des jeunes, les 600 répondants étaient âgés de 18 à 35 ans. Les anges demeuraient populaires (56%), mais pas autant que les miracles (58%). Encore une fois, la réincarnation faisait bonne figure (42%).

Le sondage CROP de 2002 a été décortiqué dans le cadre d’au moins deux études scientifiques sérieuses. Il y a d’abord celle de Raymond Lemieux, dans le cadre d’une conférence prononcée au Centre St-Charles de Sherbrooke le 15 octobre 2002 et à l’occasion des Grandes Conférences de l’Université Laval, à Québec, le 27 octobre 2002. Ce dernier avait d’ailleurs déjà soulevé la popularité croissante de la croyance en la réincarnation :

« La croyance en la réincarnation n’est pas liée à une appartenance à un groupe mais à une diffusion littéraire et médiatique. C’est par des livres, des films, de même que par quelques vedettes du monde du spectacle que l’idée se propage en Occident. Aussi sommes-nous en présence d’une croyance quelque peu diffuse, représentant davantage la reconnaissance de la vraisemblance d’une idée qu’une adhésion en bonne et due forme. On est en droit de se questionner sur le statut du croire que cela implique », indiquait le célèbre professeur dans sa conférence.

Plus récemment, une étude phare intitulée Permanence et recomposition de la « religion culturelle » réalisée par E.-Martin Meunier, Jean-François Laniel et Jean-Christophe Demers trônait au cœur de l’ouvrage collectif Modernité et religion au Québec, dirigé par Robert Mager et Serge Cantin. Les auteurs observent que les jeunes privilégient les croyances « qui prônent l’épanouissement et le bien-être personnel », tandis qu’ils semblent rebutés par « les prescriptions contraignantes et institutionnelles ».