L’évêque de Calgary parmi les personnalités les plus influentes de l’Alberta

L’évêque de Calgary parmi les personnalités les plus influentes de l’Alberta

Le controversé évêque de Calgary, Mgr Fred Henry, est en nomination pour être reconnu comme l’un des individus les plus influents de l’Alberta au cours des 20 dernières années. Remarqué pour ses positions tranchées et ses propos qui ne font pas dans la dentelle, l’évêque est ce que les Albertains appellent un « maverick ».

L’expression se traduit mal en français. Toutefois, ses différentes traductions possibles permettent d’apprécier le caractère ambigu de l’expression : non-conformiste, franc-tireur, libre-penseur, tête-forte, électron libre, incontrôlable. Bref, un type qui fait à sa tête. Fred Henry fait donc partie d’une liste très restreinte de personnalités publiques qui passeront à l’histoire en Alberta pour l’influence qu’elles auront eue, et pour leur côté iconoclaste.

Cette idée d’identifier officiellement des « mavericks » remonte à 1991, lorsqu’un livre intitulé Mavericks: An Incorrigible History of Alberta écrit par Aritha van Herk s’est intéressé à l’histoire de la province à travers ses pionniers aux personnalités hors normes. Réédité plusieurs fois, lLe livre remonte aux siècles précédents, et s’arrête en 1988. Parmi les personnalités « colorées » qui font l’orgueil de la province, l’auteure raconte l’histoire de Frederick McCall, l’un des meilleurs pilotes de la Première Guerre mondiale, de Mary Greene, une religieuse missionnaire qui a ouvert des écoles catholiques au 19e siècle (ne pas confondre avec la lingerie !), et de Preston Manning…

L’initiative est pilotée par le Calgary Herald et le réseau de bibliothèques municipales de la ville. Elle invite les gens à voter parmi une liste de trente noms, ceux qui incarnent le plus l’esprit « maverick » pour la ville. Les dix noms les plus populaires deviendront les nouveaux « mavericks ». Et puisque Calgary n’est pas peu fière d’elle-même, ils seront présentés comme des non-conformistes valables pour l’ensemble des Albertains.

Mgr Henry se retrouve ainsi sur la même liste que Jarome Iginla, le joueur-de-hockey-capitaine-des-Flames-multi-millionnaire-au-grand-coeur et Ralph Klein, ancienne vedette de télé, ancienne vedette de la politique municipale et provinciale, aimé de tous, autant de ceux qui aiment l’aimer que de ceux qui aiment le détester.

Un évêque coloré
L’évêque catholique n’est pas moins flamboyant. Moins riche, certes, surtout depuis sa récente décision controversée de mettre fin aux fameuses loteries scolaires qui rapportaient des millions de dollars aux écoles catholiques de la province. La raison ? Pas assez catholique. Le même Fred Henry est reconnu pour ses positions tranchées dans les débats publiques, où il n’hésite pas à faire des sorties en règle contre ce qu’il n’approuve pas. Par exemple, les citoyens de la ville se rappelleront de la verve avec laquelle il avait démoli l’initiative publicitaire athée sur les autobus, pourfendant autant le réseau de transport en commun pour accepter d’afficher sur ses véhicules un message remettant en doute l’existence de Dieu que les organisateurs eux-mêmes.

Les citations de Fred Henry sont tout aussi croustillantes que ses interventions médiatiques. En mai dernier, reprenant les critiques adressées à l’Église pour avoir couvert des cas d’abus sexuels, il n’hésitait pas à ridiculiser les capacités réflexives de certains commentateurs :

« Militant secularism is a peculiar phenomenon. It prides itself above all on reason, but reason in a very shrunken capacity — a kind of blustering, blistering, angry half-logic that perpetually targets the anachronistic straw-man conception of God as a big, bearded White Guy in the sky. »

En janvier 2005, en plein débat sur le mariage homosexuel au Canada, il s’attirait les foudres des lobbys homosexuels en raison de sa position on ne peut plus claire sur le sujet :

« Since homosexuality, adultery, prostitution and pornography undermine the foundations of the family, the basis of society, then the State must use its coercive power to proscribe or curtail them in the interests of the common good. »

Souvent pourfendu, il n’a jamais changé de style depuis son arrivée à Calgary en 1998. Il caractérise effectivement cette figure paradoxale de libre-penseur non-conformiste qui fait ironiquement la fierté de la province pour réitérer sans cesse les valeurs traditionnelles et pour se situer bien à droite sur le spectre politique.