Sainte-Anne-de-Beaupré : décès de Rodrigue Théberge

Sainte-Anne-de-Beaupré : décès de Rodrigue Théberge

Le père rédemptoriste Rodrigue Théberge est décédé cette semaine de la maladie de Hodgkin. Largement connu dans la région de Québec, il a notamment été professeur de théologie morale à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, en plus d’être curé de la paroisse de Sainte-Anne-de-Beaupré entre 1987 et 2000.

Le père Théberge faisait partie de ces intellectuels dynamiques. Grand et mince, les yeux vifs, la cigarette au bec, il partageait son temps entre le service à la communauté et le travail intellectuel.

« On l’entendait chanter tout haut dans les couloirs du monastère », se rappelle le père Guy Desrochers, directeur de la Revue Sainte Anne.

Le recteur de la basilique, le père Guy Pilote, évoque le vide laissé par le décès du père Théberge. « La qualité de sa présence, son humour, sa patience, son optimisme et son attention très particulière pour ses confrères m’ont toujours touché profondément. J’ai vécu proche de lui surtout pendant les derniers jours où j’ai pu échanger beaucoup sur sa vie, sa famille, ce qu’il vivait face à la mort qu’il voyait venir avec une grande sérénité. Pour lui c’était très clair : « la vie n’est pas détruite, elle est transformée ». »

Rodrigue Théberge est né à Saint-François de Montmagny en 1941. Il fut ordonné prêtre le 25 juin 1967 par Mgr Charles-Henri Lévesque, évêque auxiliaire de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

De 1968 à 1981, il a travaillé au Séminaire Saint-Augustin. Il était responsable des vocations et des admissions, en plus de gérer le département des sciences religieuses et d’être professeur au Secondaire V et au Collégial II.

De 1981 à 1987, il s’est consacré à une thèse de doctorat portant sur le fondateur des Rédemptoristes, saint Alphonse de Liguori, patron des moralistes et des confesseurs. « Sa thèse totalisait environ 1000 pages et témoignait qu’il avait scruté à la loupe les 111 œuvres du saint fondateur de la Congrégation du Très-Saint Rédempteur », explique le père Desrochers.

À l’issue de son doctorat en théologie morale, le doyen de la Faculté de théologie de l’Université Laval l’a orienté vers l’enseignement de la théologie morale, en tant que chargé de cours et professeur associé.

« Il a enseigné divers cours sur les fondements de l’agir moral et sur l’éthique théologique », indique l’actuel doyen de la Faculté, Marc Pelchat. « Notre confrère Rodrigue était un communicateur dynamique doté d’un grand sens de l’humour, il a grandement été apprécié de tous ses étudiants », rappelle-t-il, avant de confier qu’il sera regretté à la Faculté.

Curé de Sainte-Anne-de-Beaupré de septembre 1987 au à septembre 2000, il a collaboré activement dans l’équipe de direction de la Revue Sainte Anne.  En juillet 2008, le père Théberge a appris qu’il était atteint de la maladie de Hodgkin : chimiothérapie à deux reprises, chirurgies cérébrale et pulmonaire, radiothérapie, jusqu’à son décès.

Le père Théberge sera exposé dans la Basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, le vendredi 3 décembre 2010 de 19 à 22 heures et le samedi 4 décembre de 8h00 à 9h45.  Les funérailles auront lieu à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré le 4 décembre à 10h00.  L’inhumation se fera au cimetière de Saint-François de Montmagny à une date précisée ultérieurement.

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J’ai travaillé auprès de Rodrigue pendant quelques années. Il était simple d’approche, et une blague pouvait rapidement se transformer en discussion profonde.

Dans un de ses cours à l’université, je m’étais invité dans sa classe pour aller le saluer et l’écouter. Ce jour-là, il parlait de la valeur de la vie humaine. Il disait que « donner la mort, peu importe le moyen, est toujours immoral ». À cette époque, peu après le 11 septembre 2001, les évêques catholiques américains venaient de publier un document portant sur la « guerre juste ». Pour le taquiner, j’ai levé ma main et lui ai demandé si les évêques américains pensaient comme lui. Rodrigue s’est approché de moi, m’a regardé en me pointant du doigt, et après un court instant de réflexion a lancé à toute la classe, au sujet des évêques : « Bien, ils feraient mieux de se fermer la gueule des fois ! ». Tout le monde a souri.

Un jour, alors que nous étions en voiture ensemble, il m’a raconté qu’un meurtrier était allé le voir pour se confesser. Or, un autre homme avait été condamné pour les crimes qu’il avait commis, et le vrai meurtrier était pris de remords et voulait remettre sa vie en ordre. En raison du secret de la confession, Rodrigue ne pouvait pas le dénoncer. Par contre, il a longuement discuté avec l’homme, simplement en lui posant des questions. « Il y a un innocent qui est en prison à ta place. Crois-tu réussir à remettre de l’ordre dans ta vie tant que ce sera le cas ? » Finalement, il l’a convaincu de se rendre lui-même à la police.

Un jour, pendant l’été, à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, nous nous croisons dans la sacristie. Rodrigue, avec le sourire en coin, fait une courbette en me voyant, pour me saluer. Lui faisant un clin d’œil, j’effectue une génuflexion devant lui. Il fait de même. Dans la surenchère, nous finissons tous deux à plat ventre, étalés en plein milieu de la sacristie, se disant l’un l’autre « à tout seigneur tout honneur ». Deux minutes plus tard il était dans chœur pour célébrer la messe le plus sérieusement du monde.