Bye Bye 2010 : peu de vagues après la parodie de l’Église et du cardinal Ouellet

Bye Bye 2010 : peu de vagues après la parodie de l’Église et du cardinal Ouellet

Le Bye Bye 2010 n’aura peut-être pas créé de scandale, mais son numéro parodiant le cardinal Marc Ouellet et l’Église  a retenu l’attention de plusieurs observateurs. S’inspirant du téléroman Les Rescapés, les auteurs du Bye Bye ont présenté l’ancien archevêque de Québec et plusieurs catholiques comme Les Arriérés.

Le numéro commence avec le narrateur déclarant d’un ton grave : « Ils vivent parmi nous en 2010 mais appartiennent à une autre époque. Ils sont sortis tout droit de 1964. Le monde autour a bien changé, mais eux sont restés avec les mêmes vieilles idées. Les Arriérés. »

Le numéro comprend trois scènes. Dans la première, le cardinal Ouellet, une religieuse et un enfant de chœur entrent dans une église transformée en condos. Se scandalisant qu’une femme soit à la tête d’un parti politique (Pauline Marois), Marc Ouellet rétorque à la religieuse qui l’accompagne : « Voyons ma sœur, l’Église est formelle : il faut montrer du respect envers la femme… mais pas trop. Ou comme le formule Benoît XVI, c’est toutes des nuisances, sauf Marie. »

Pointant une photo dans un journal, l’enfant de choeur se réjouit alors de Stephen Harper : « Regardez monseigneur, il existe encore une personne avec un peu de sens dans ce pays. Ils étions contre l’avortement, contre l’avancement de la femme, et pour les armes à feu, c’est le messie », s’extasie-t-il. « Mieux que ça, ajoute Marc Ouellet, c’est le premier ministre. Les électeurs ont encore du jugement ! Allons vite convertir ce qu’il reste de païen ! ».

Dans la deuxième scène, les trois catholiques voient un couple homosexuel marchant main dans la main. Le cardinal s’emporte et les chasse à l’aide de son eau bénite. Sur quoi l’enfant de choeur ajoute : « Pourtant, lorsque je touchons les petites clochettes de l’abbé Thériault… ». Le cardinal répond : « C’est pas pareil, ça ! T’es pas encore un homme, c’est pas encore un péché ! Suivez-moi. »

Dans la dernière scène, ils sont tous trois à la pharmacie, devant des condoms, qualifiés de « produits du démon ». Pour Marc Ouellet, « Il s’agit d’un contraceptif qui empêche le saint chrême de l’homme d’enfanter le sexe faible ». « Mais… agissons de façon chrétienne, rajoute le cardinal. Mes enfants, à vos épingles à couches ! ». Et les trois se mettent à percer les emballages en riant comme des hystériques.

Le numéro termine avec la voix du narrateur disant simplement : «  Les Arriérés, dans un diocèse près de chez vous ».

Réactions
Bien que près de 2,3 millions de téléspectateurs aient regardé le Bye Bye le soir du 31 décembre, les commentaires sont peu abondants. L’Église catholique, par son mutisme suite à la diffusion du numéro, donne l’impression de ne pas en avoir eu conscience.

Quelques lettres ouvertes publiées dans les journaux regrettent ce sketch. Dans Le Soleil, un homme de Québec, Douglas Beauchamp, trouve l’exercice peu inspiré. « On a exploité la recette piège de ces clichés répétitifs qui n’ont rien de créatif. Les Bastarache, Ouellet, Caillé, Céline Dion, Harper et quoi encore, ont été abordés avec peu de vision. On est au fond du baril de l’humour », résume-t-il.

Au Nouveau-Brunswick, Alcide F. Leblanc de Moncton n’apprécie pas l’intention du numéro. « On a présenté l’Église catholique comme étant arriérée. On s’est moqués du cardinal Ouellette (sic), non pour nous faire rire, mais pour le dénigrer ainsi que toute l’Église », déplore-t-il.

Habituellement plutôt virulente, la blogosphère commente assez peu le numéro depuis sa diffusion. Les réactions allant de l’outrage aux félicitations.

Sur Le blogue de Jacques Brassard, l’ancien chroniqueur au journal Le Quotidien se désole de  cette « dégoûtante bouffonnerie présentant le cardinal Ouellet et les cathos comme de ridicules arriérés ». Il estime par ailleurs « que ça ne demande pas beaucoup de courage ni d’audace pour brocarder l’Église et la tourner en dérision ».

Le Culture Club, au contraire, a bien apprécié : « Une satire hautement efficace, qui risque de faire monter le clergé (et surtout le cardinal  Ouellet) aux rideaux. Pour notre plus grand bonheur. L’humour engagé: on aime ça ».

Sur le blogue Les Amis de la Vérité tenu par « André Tremblay et J. Chouinard », et dont la bannière représente Stephen Harper à gauche et une croix à droite, on s’offusque que les impôts des contribuables servent à financer un tel Bye Bye. Laissant entendre que « médiocrité télévisuelle » de fin d’année avait un agenda caché, J. Chouinard est scandalisé de la manière dont le catholicisme a été représenté.

« En plus de traîner dans la boue Monseigneur Marc Ouellet, on critique aussi les valeurs qu’il défend. Plutôt que de faire la promotion de la culture de la mort, le Cardinal Ouellet met de l’avant la culture de la vie », martèle l’auteur.

Enfin, le blogue La Vie Réelle tenu par le communiste Daniel Paquet assure que le Bye Bye « a enfoncé le clou aux prétentions rétrogrades de Mgr. Ouellet ». « Il ne faut pas s’en étonner, car même la population des campagnes québécoises ne se reconnaît plus en lui, même s’ils sont très pratiquants. Les Canadiens ne veulent pas remettre en cause le droit à l’avortement, le libre exercice de la sexualité et la place – toujours plus en vue – qu’occupe la femme. »

***

Ce qu’en pense Crayon et goupillon
Le numéro ne présentait aucune originalité. À grands coups de poncifs, il faisait office de vaste micro-onde, n’offrant au téléspectateur  que du réchauffé caoutchouteux. L’imitation du cardinal Ouellet, qui a pourtant une manière de parler très caractéristique, plutôt facile à imiter, ne ressemblait en rien à l’homme. Il devient navrant de constater que la chose religieuse est à ce point incomprise au Québec pour que mêmes les blagues perdent de leur mordant et de leur originalité. Ce sketch aurait pu être présenté il y a dix ans, ou dans dix ans, et être identique en tout point.

En voyant le numéro, il me revenait en tête la conclusion d’un texte de Éric Bédard, de l’Université du Québec à Montréal, qui se penchait sur quelques succès du cinéma québécois qui offraient une vision quelque peu caricaturale de l’Église catholique. « Alors que l’Église catholique est désertée, que les communautés religieuses ont beaucoup de mal à recruter et que la société se déchristianise, nous faisons plutôt face à la vieille haine d’une génération lyrique qui préfère s’en prendre à une institution exsangue plutôt que de se pencher sur ses propres angoisses spirituelles. » (Ce passé qui ne passe pas. La grande noirceur catholique dans les films Séraphin. Un homme est son péché, Le survenant et Aurore, Globe : Revue internationale d’études québécoises, 2007/2008, p. 93).

Pourtant, ce ne sont pas les sujets religieux qui manquaient cette année. La canonisation du frère André aurait peut-être fait place à plus d’originalité. Le vaste débat des mois de février et mars 2010 au sujet du niqab et de la burqa aurait pu être exploité. De même, la question de la religion à la garderie aurait sans doute apporté un peu de fraîcheur à des blagues religieuses en manque d’inspiration.

***

À titre de référence, voici le script du numéro du Bye Bye

Narrateur : Ils vivent parmi nous en 2010 mais appartiennent à une autre époque. Ils sont sortis tout droit de 1964. Le monde autour a bien changé, mais eux sont restés avec les mêmes vieilles idées. Les Arriérés. »

[Dans une église transformée en condos]

Marc : Jésus Marie Joseph.
Soeur : Monseigneur, l’église n’existe plus !
Enfant : Elle semble abriter une tour à condos.
Marc : Il y avait plus de monde dans la messe était en latin, mais quand les gens ont commencé à comprendre ce qu’on disait, ils se sont mis à s’en aller.
Soeur [prenant un journal] : Regardez, nous sommes en 2010.
Marc : Mais c’est l’apocalypse : une femme chef d’un parti politique. Prions ! Le monde est à la dérive.
Soeur : Ah moi une femme au pouvoir je trouve ça plutôt bien.
Marc : Voyons ma soeur, l’Église est formelle : il faut montrer du respect envers la femme… mais pas trop. Ou comme le formule Benoît XVI, c’est toutes des nuisances, sauf Marie.
Soeur : Mais monseigneur
Marc : À genoux !
Soeur : Mais…
Marc : Reste ! Bonne soeur, bonne soeur.
Enfant [regardant une photo de Stephen Harper] : Regardez monseigneur, il existe encore une personne avec un peu de sens dans ce pays. Ils étions contre l’avortement, contre l’avancement de la femme, et pour les armes à feu, c’est le messie.
Marc : Mieux que ça, c’est le premier ministre. Les électeurs ont encore du jugement ! Allons vite convertir ce qu’il reste de païen !

[Autre scène, à l'extérieur]

Marc : Oh des hommes qui se touchent entre eux ! C’est formellement interdit par le Bon Dieu, ça ! Arrière, Belzébuth ! Satan, sors de ce corps !
Enfant : pourtant, lorsque je touchons les petites clochettes de l’abbé Thériault…
Marc : C’est pas pareil, ça ! T’es pas encore un homme, c’est pas encore un péché ! Suivez-moi.

[Autre scène, à la pharmacie, devant des condoms]

Enfant : Nous nous trouvions dans l’allée des produits du démon ! Oh…
Marc : Il s’agit d’un contraceptif qui empêche le saint chrême de l’homme d’enfanter le sexe faible, mais… Agissons de façon chrétienne. Mes enfants, à vos épingles à couches !
Tous : [rires]
Marc : Nous sauvons des vies !
Enfant : Nous sommes des héros !
Marc : Grâce à nous, les enfants vivront pour l’éternité !
Narrateur : Les Arriérés, dans un diocèse près de chez vous.