Sans surprise, Mgr Lacroix devient archevêque de Québec

Sans surprise, Mgr Lacroix devient archevêque de Québec

Sans surprise, le pape Benoît XVI a confirmé la nomination de Mgr Gérald Cyprien Lacroix à titre de nouvel archevêque de Québec. Si elle ne surprend pas, la nouvelle a tout de même de quoi étonner : car que faut-il comprendre de la nomination d’un homme de 53 ans – qui prendra sa retraite à 75 ans – à la tête de l’un des diocèses les plus importants au pays ?

Il semble aujourd’hui presque anachronique de placer aussi longtemps un individu à la tête d’un organe administratif aussi important. Cela se voyait dans l’Église il y a quelques décennies, mais en 2011, cela constitue-t-il encore une stratégie viable ?

Dans le cas de Mgr Lacroix, la réponse pourrait être positive. Il a, en tant qu’administrateur diocésain suite au départ du cardinal Marc Ouellet, cherché à impliquer les diocésains – laïcs comme ecclésiastiques – dans ses décisions. Autrement dit, il a su faire preuve d’esprit collégial. Si cette tendance se poursuit, un épiscopat envisagé sur une période aussi longue – plus de 20 ans – pourrait  forcer le nouvel évêque à poursuivre sur cette voie, en l’obligeant à un renouvellement constant et à une collégialité effective afin d’éviter que ne s’installe une sclérose administrative.

Par ailleurs, le fait que Mgr Lacroix ait su éviter jusqu’à présent les titres trop encombrants de « conservateur » ou de « progressif » a sûrement joué en sa faveur lors des consultations. De fait, cette absence quasi totale d’étiquettes avec laquelle il entamera son épiscopat lui ouvre plusieurs possibilités. D’un point de vue médiatique, il vient de retrouver l’oreille prête à écouter perdue par Marc Ouellet lors de ses derniers mois à la tête du diocèse. D’un point de vue pastoral – et c’est peut-être davantage à ce niveau que se situe sa principale étiquette – il est perçu comme un homme conciliant et chaleureux. Sa prédication de la neuvaine à Sainte-Anne-de-Beaupré l’été dernier s’est démarquée à la fois par sa profondeur et sa simplicité, et restera dans les mémoires comme l’une des solides neuvaines des dernières décennies.

Mgr Lemay
Il paraît normal de mentionner à la va-vite la nomination d’un autre évêque auxiliaire de Québec à la tête du diocèse d’Amos. Toutefois, il ne faudrait certainement pas négliger l’impact du départ de Mgr Gilles Lemay pour les deux diocèses. D’abord, parce que plusieurs mauvaises langues affirmaient que Lemay n’aurait jamais la prestance nécessaire pour diriger un diocèse. À cet égard, cette nomination donne à réfléchir quant aux prochaines à venir. S’agit-il d’une tentative pour instaurer un nouveau style épiscopal, où les évêques ne seront plus appelés à être les super-vedettes du monde catholique, mais plutôt les architectes d’un style de management renouvelé pour les diocèses québécois ? Il est évidemment trop tôt pour s’avancer. Ensuite, parce que Mgr Gilles Lemay est un homme d’écoute qui arrive dans un diocèse où les contours de l’avenir sont très flous. Ni lui, ni ses nouveaux diocésains n’ont envie d’aborder son arrivée comme celle d’un syndic de faillite.

Québec n’a donc aujourd’hui qu’un seul évêque auxiliaire en la personne de Mgr Paul Lortie. Un homme généralement apprécié dans la gestion interne du diocèse de Québec. Il aura 67 ans le mois prochain, ce qui fait de lui un candidat potentiel pour une nomination ailleurs. Cependant, le fait qu’au moins un poste d’évêque auxiliaire soit à combler donne de l’eau au moulin de ceux qui se demandent si Québec ne deviendra pas la base idéologique d’où le visage de l’épiscopat poursuivra sa modification. Plusieurs évêques actuels étaient avant des évêques auxiliaires de Québec. C’est notamment le cas de Jean-Pierre Blais (Baie-Comeau, 2008), de Pierre-André Fournier (Rimouski, 2008) et Jean Gagnon (Gaspé, 2002), sans souligner le fait que Mgr Lemay sera le deuxième évêque de suite à Amos a avoir été auparavant évêque auxiliaire à Québec.

Quand on connait la tendance, il sera intéressant de voir qui choisira Mgr Lacroix à titre d’auxiliaire(s) une fois installé.

Ces nominations donnent-elles le ton pour ce qui s’en vient ailleurs au Québec ? Toute tentative de réponse ne serait que pure spéculation. Toutefois, les portes qu’elles ouvrent dans le style anticipé de gestion diocésaine pourraient constituer des assises prometteuses pour les tendances qui se dessineront au cours des prochains mois. Mais ce soir, les plus curieux attendent, et se délectent de la subtile différence entre les verbes « surprendre » et « étonner ».

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En fin d’après-midi à Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix accordait une entrevue à la radio de Radio-Canada. Le journaliste lui a posé une question sur les « frères » rédemptoristes, avant de terminer en remerciant Mgr Lacroix, le nouveau « prélat du Canada ». Là, on n’a pas affaire à un travail bâclé par les recherchistes. On a juste affaire à un manque de culture générale.

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