Le iPad de l’archevêque de Québec

Le iPad de l’archevêque de Québec

Le diocèse de Québec a sans le vouloir alimenté une réflexion sur le rapport de l’Église catholique à la technologie en choisissant d’apporter un iPad à l’autel parmi les offrandes lors de la célébration marquant l’arrivée du nouvel archevêque de Québec à la tête du diocèse vendredi soir.

Le iPad côtoie les désormais célèbres écouteurs blancs et gadgets électroniques aux formes épurées si caractéristiques de l’empire commercial Apple. La marque à la pomme, pas particulièrement reconnue pour ses pratiques éthiques à en croire un récent palmarès réalisé par l’Ethisphere Institute, détonait entre les vases sacrés et les habits sacerdotaux propres à l’univers symbolique catholique.

Le iPad était de loin l’objet le plus « techno » de la célébration. Une techno pleinement assumée par le nouvel archevêque :

« Le Saint-Père Benoît XVI invite beaucoup à ce qu’on se serve des nouvelles technologies », avait déjà expliqué le nouvel archevêque de Québec il y a quelques jours.

Aux yeux de Mgr Gérald Cyprien Lacroix, cette tablette électronique constitue un moyen d’être « en dialogue » avec la société actuelle : « En présentant ça au Seigneur lors de la célébration, c’est juste un instrument, un appareil électronique, mais on est en train de dire « on veut rester en dialogue avec nos frères et soeurs d’aujourd’hui ». Beaucoup de gens ne seront peut-être pas de la fête, ne seront peut-être pas sur place, ou ne sont peut-être pas des gens très impliqués ou engagés en Église, mais nous souhaitons aussi garder un dialogue ouvert avec ces personnes-là. Alors c’est l’occasion – c’est ça – d’un dialogue très ouvert. »

Parmi les 4600 personnes rassemblées au Pavillon de la Jeunesse pour marquer l’inauguration du ministère pastoral de Mgr Lacroix le vendredi 25 mars, le fameux iPad a fait sensation. « C’est le iPad de l’évêque ! », ont lancé quelques personnes parmi la foule.

L’Église de Québec a bien pris soin de faire référence à l’objet en utilisant le terme le plus générique possible, parlant d’une « table électronique » pour ne pas mentionner le nom de la fameuse tablette de Apple. Mais le hasard voulait que le 25 mars marque également au Canada le grand lancement officiel du iPad 2 de la firme californienne, ce qui a provoqué des sourires d’incrédulité chez les employés de la boutique Apple de Sainte-Foy. « Ils vont vraiment l’utiliser dans la messe ? », a lancé l’un d’eux, avant d’ajouter en riant que c’est un « bon timing ».

« Bien involontairement, on se fait piéger par la date, et l’identification à laquelle ça peut conduire », a admis le professeur Gilles Routhier de la Faculté de théologie de sciences religieuses de l’Université Laval. Mais cela ne l’empêche pas d’apprécier l’idée.

« Que le diocèse introduise la présentation d’une tablette électronique, non seulement ce n’est pas choquant, mais c’est en soi intéressant », a-t-il ajouté, précisant au passage que « l’Église a saisi à quel point c’est capital [d'utiliser les nouvelles technologies]. Si elle reste sur la touche, elle sera complètement dépassée. Si elle veut exister, il faut qu’elle existe aussi dans cet espace de communication. »

Le professeur Routhier voit ainsi dans ce symbole le désir de s’inscrire « dans d’autres modalités de communications de l’Évangile », un point de vue partagé par le père rédemptoriste Jean-Philippe Auger, l’un des nombreux prêtres catholiques qui assistait à l’événement.

« Le iPad est devenu l’icône d’une nouvelle ère numérique. Il faut comprendre que l’Évangile a sa place dans l’ère numérique, a-t-il expliqué. Il a valeur de symbole dans notre culture. Il faut prendre les portes que nous donne cette culture. »

Questionné sur le caractère « démocratique » d’un symbole qui se vend tout de même plusieurs centaines de dollars, le père Auger a précisé qu’il doit y avoir une ouverture de l’Église, mais une « ouverture critique ».

« C’est toujours le risque que l’on prend lorsqu’on choisit un produit », a renchéri le professeur Routhier. « Mais un autre objet technologique aurait été moins puissant sur le plan symbolique. Effectivement, il peut y avoir un problème de non-démocratisation. Il demeure quand même un symbole-phare, et fort ! »

Le professeur de l’Université Laval a rappelé que divers objets, parfois inusités, ont déjà été apportés parmi les offrandes.

« Dans le diocèse de Québec, on a déjà apporté des blocs d’amiante dans des processions ! », a-t-il rappelé avec une pointe d’ironie.

Au moment de la présentation des offrandes, le iPad était jumelé à une Bible pour être présenté à l’évêque qui s’était avancé dans le chœur pour les recevoir. Mgr Lacroix a alors embrassé la Bible. Pas le iPad.