Top 5 ! Les mots trop usés en pastorale

Top 5 ! Les mots trop usés en pastorale

Parce qu’il est parfois bon de renouveler son vocabulaire, surtout lorsque vient le temps de communiquer sa foi, voici une liste des cinq expressions usées des communications pastorales. Cette liste est inspirée par une consultation menée au cours des dernières semaines dans divers milieux catholiques québécois.

C’est parlant/interpellant
Ces deux mots sont tout simplement trop employés. D’ailleurs, on les retrouve même fréquemment dans la bouche d’évêques. Ils ont certes leur utilité de temps en temps, mais trop souvent ils servent de béquille langagière, un peu comme un animateur à la télé ou la radio qui s’empresse de passer à la prochaine question et qui lance un « intéressant » distrait suite à la réponse de son invité. Si vous devez absolument vous servir de « parlant » ou « interpellant », assurez-vous qu’ils vous permettent d’accéder à une plus grande profondeur dans votre réflexion. Sinon, ne dites rien, ce silence sera peut-être plus éloquent qu’une béquille.

Jeune
Notion élastique par excellence, il devient de plus en plus difficile de comprendre ce que signifie vraiment un « jeune » dans l’Église catholique. Il y a quelques années, « jeune » semblait faire allusion aux adolescents. Avec la popularité des JMJ, la notion a progressivement été comprise comme la définition du groupe d’âge des 18-30 ans. Mais depuis deux ou trois ans, on croit déceler une certaine tendance à étirer au possible cette notion pour comprendre de plus en plus des adultes de 35, voire 40 ans ! L’étirement outrancier de la définition du « jeune » cache en plus la difficulté de nommer les croyants lorsqu’ils sortent de cette catégorie. Car ce ne sont quand même pas encore des « vieux ».

Festif
Probablement l’équivalent catholique du terme « urbain » actuellement surexploité dans le monde profane : un « café urbain », une « coiffure urbaine », une « friperie urbaine »… À quand une « ville urbaine » ? En Église, les « célébrations festives », « repas festif », « chants festifs » et autres « rassemblements festifs » donnent presque l’impression qu’on a quelque chose à cacher. À utiliser avec parcimonie.

Cheminer
L’un des nombreux mots tirés des Guides Michelin dont le langage pastoral québécois semble raffoler. Le champ lexical du voyage est très en vogue depuis plusieurs années : route, cheminer, marcher, avancer. Cela me rappelle un échange récent avec une connaissance dans le milieu catholique :

- T’as 30 ans. Tu feras quoi l’an prochain ?
- Je ne sais pas. Je poursuis mon cheminement.
– Dans quel but ? Pour aller où ensuite ?
– Je ne sais pas, ça va dépendre d’où la route me mènera.
- Hum, corrige-moi si je me trompe : habituellement, si on est sur une route sans savoir où elle mène, c’est qu’on est perdu, non ?
- (silence)

La prochaine fois qu’une personne abusera de ce terme, rappelez-vous que errer, clopiner, déambuler et trotter sont tous des synonymes de cheminer.

Nouvelle évangélisation
Le choix de cette expression dans cette liste pourrait faire l’objet de bien des discussions. C’est pourquoi il faut d’emblée préciser que le problème ne se situe pas dans le programme contenu dans l’expression mais plutôt dans la fréquence de son utilisation et dans les questions connexes qu’elle soulève. Deux questions sautent aux yeux avec cette expression : qu’est-ce qui est nouveau, et on évangélise qui ? Employer une expression avec le mot « nouveau » pendant plusieurs années laisse surtout deviner un échec. Mais surtout, sa réelle signification, son réel programme, semblent de moins en moins clairs. L’expression manque ainsi de justesse, et elle appelle une nouvelle expression que l’on entend de plus en plus : première annonce. Actuellement impénétrable pour les non-initiés du monde pastoral, elle peut finalement avoir plusieurs significations. S’agit-il de publicité ? S’agit-il du mot d’ouverture à la messe ? S’agit-il d’une référence biblique ? Jusqu’à présent, elle souffre du même problème que « nouvelle évangélisation » : chaque fois qu’une publication pastorale en parle, il faut souvent plusieurs paragraphes pour bien expliquer de quoi il s’agit. Lorsque l’on considère la fréquence actuelle de l’utilisation de « nouvelle évangélisation » et la fréquence croissante de « première annonce », on ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit des expressions les plus efficaces pour exprimer simplement les programmes qu’elles comportent. La richesse des expressions et des symboles s’accompagne normalement d’une économie de mots.

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Le pire, c’est que toutes ces expressions peuvent former une phrase simple qui a malheureusement des allures de déjà-vu : « C’est parlant de voir un rassemblement festif de jeunes qui cheminent dans la nouvelle évangélisation. »

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La photo est tirée d’une bande dessiné publiées aux éditions Fleurus en 1976.

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Selon vous, quels mots pourraient s’ajouter à cette liste ?