Découverte architecturale chez les Ursulines de Québec

Découverte architecturale chez les Ursulines de Québec

Un an après l’annonce par la ministre de la Culture de son intention de classer le monastère des Ursulines de Québec à titre de monument historique, une découverte architecturale déboulonne plusieurs mythes entourant ce bâtiment du Vieux-Québec.

Tout commence avec cette récente constatation : les murs actuels ne seraient pas édifiés sur les fondations du bâtiment original de 1642, contrairement à ce qui était avancé jusqu’à présent.

« On découvre qu’effectivement le monastère actuel n’est pas le monastère original », résume François Dufaux, le professeur de l’École d’architecture de l’Université Laval qui supervise des travaux architecturaux au monastère.

L’École d’architecture de l’Université Laval, en vertu d’un partenariat avec la Ville de Québec et les Ursulines, mène des recherches sur l’ensemble conventuel des Ursulines tout au long de l’été. C’est dans le cadre de ces travaux que la découverte a été faite.

Une théorie remise en question
Le monastère original date de 1642. Ravagé par un incendie en 1650, il est reconstruit au cours des deux années suivantes. Ce nouvel édifice, contemporain de Marie de l’Incarnation, est à son tour détruit par un incendie en 1686. La théorie classique, celle qui a encore valeur d’évangile aujourd’hui, avance que le monastère avait ensuite été reconstruit à partir des fondations de 1652, elles-mêmes récupérées de celles de 1642.

« C’est séduisant et charmant comme théorie de voir qu’on reconstruisait tout le temps sur les mêmes fondations », estime Mattieu Lachance de la firme d’architecture Atelier 21, membre de l’équipe de recherche.

Mais selon les messieurs Dufaux et Lachance, cette théorie ne tient plus la route.

« Les données issues des archives ne correspondaient pas à ce que l’on trouvait sur place, poursuit M. Lachance. À plusieurs endroits, elles ne correspondaient pas aux relevés modernes. Autrement dit, les plans officiels actuels manquent de précision. Les données historiques de s’y insèrent pas. »

En se promenant dans l’enceinte du monastère, ce dernier constatait que les plans officiels présentaient parfois des erreurs de mesure de plus d’un mètre. Il a donc entrepris de refaire les plans.

« Après avoir refait les mesures, on a constaté que nos nouveaux plans correspondaient aux autres données historiques dont on dispose », indique M. Lachance.

Parmi ces données historiques, il y a notamment la carte de 1692 dessinée par l’ingénieur Robert de Villeneuve, qui avait pris soin de mesurer et de dessiner des lignes sur le sol représentant les ruines du monastère incendié. Il y a également la correspondance entre les religieuses et le père Louis de Soumande, qui agissait en tant que consultant auprès des Ursulines après l’incendie.

« Le père de Soumande avait fait deux propositions : reconstruire sur les fondations originales jugées saines, ou attendre le printemps pour voir s’il était possible de reconstruire le monastère en le décalant plus à l’ouest pour tirer profit de la topographie du site. Cette deuxième partie du texte était pratiquement ignorée par la littérature récente sur le monastère. Mais on se rend compte avec la carte de Villeneuve et nos mesures que c’est ce qui se serait vraiment passé », détaille M. Lachance.

La fin des mythes, mais pas de l’authenticité
Bien qu’ils doivent encore effectuer quelques vérifications, François Dufaux et Matthieu Lachance réalisent qu’ils sont en train de déboulonner plusieurs mythes.

Ainsi, la fameuse chapelle où les martyrs canadiens ont célébré la messe avant leur départ aurait été cinq mètres plus loin que ce que l’on croyait. Idem pour la chambre de Marie de l’Incarnation.

« De tout ce qui a été construit entre 1642 et 1686, il ne reste plus rien aujourd’hui, hormis quelques petits murs, voire des sections partielles de murs de fondation. L’environnement physique dans lequel ces personnages historiques ont évolué n’existe plus », fait remarquer M. Lachance.

Pour François Dufaux, il ne s’agit pas d’adopter une attitude iconoclaste, mais simplement de clarifier des éléments importants de l’histoire conventuelle du Vieux-Québec.

« On commence un processus de recherche. Les ursulines sont intéressées par leurs origines. Dans cet enthousiasme, on constate qu’il y a des souvenirs… embrouillés. On fait un peu le ménage là-dedans. On fait un éclaircissement », illustre-t-il.

Autrement dit, ce n’est pas tant l’authenticité que la compréhension du bâtiment qui est remise en cause par la découverte.

« Il y a une authenticité, mais ce n’est pas celle qu’on croyait. On découvre que l’ancienneté est plus subtile, plus complexe. On avait une histoire héroïque, doublée d’un désir que les héros et les bâtiments soient parfaits. On arrive avec une histoire plus humanisée, plus relative. Elle n’est pas moins intéressante, mais elle demande plus de compassion, pour accepter les imperfections », analyse François Dufaux.

Les travaux se poursuivent au cours de l’été.