Développement et Paix : la lettre de l’archidiocèse de Mexico du 1er avril

Développement et Paix : la lettre de l’archidiocèse de Mexico du 1er avril

Crayon et goupillon a obtenu le verbatim en anglais de la lettre de l’archidiocèse de Mexico adressée au secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), Mgr Patrick Powers. Cette lettre a servi à justifier l’annulation des conférences du père Arriaga en avril dernier. Brève et sévère, elle désavoue totalement le travail du Centre Prodh.

La lettre est datée du 1er avril 2011. Elle est signée par Mgr Guillermo Moreno Bravo, vicaire général et modérateur de la Curie pour l’archidiocèse de Mexico. La CECC y fait référence dans deux communications publiques émises récemment au sujet de l’affaire Développement et Paix.

Voici la traduction française, faite à partir du verbatim anglais préparé par la CECC :

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Le cardinal Norberto Carrera m’a demandé de répondre à votre demande de clarification concernant le Centre Prodh. Cette institution NE représente PAS les sentiments de l’Église et s’est caractérisée par son soutien et ses encouragements envers des groupes et des activités qui sont un affront aux valeurs chrétiennes.

Avec égards pour le thème de la défense de la vie, l’organisation a soutenu des groupes pro-avortement et a promu le prétendu droit de la femme à disposer de son corps, contre la vie à naitre.

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Le 4 avril, la CECC indiquait dans son communiqué intitulé « Commentaire sur l’annulation d’un conférencier de Carême de partage » que « La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), l’archidiocèse d’Ottawa et Développement et Paix ont demandé des clarifications à l’archidiocèse de Mexico à propos du Père Arriaga et du Centre Prodh ». Cette lettre est donc la réponse qu’ils ont eue.

Dans le document du 4 mai intitulé « Commentaire de la Conférence des évêques catholiques du Canada à propos d’une entrevue réalisée par PROXIMO avec M. Claude Lacaille, P.M.É. », le président de la CECC, Mgr Pierre Morissette, faisait référence à cette lettre en ces termes :

« Après mûres réflexions, l’Archevêque d’Ottawa et le Directeur général de Développement et Paix ont décidé de concert d’annuler les interventions prévues [du père Luis Arriaga, le directeur du Centre Prodh au moment des faits], pour éviter que la controverse ne détourne l’attention du programme du Carême de partage. Par la suite, les autorités de l’Église au Mexique ont confirmé nourrir de sérieuses inquiétudes au sujet du Centre PRODH. Cette information a été portée à l’attention du Secrétaire général de la CECC, qui se devait de la communiquer à tous les évêques, notamment à l’Archevêque d’Ottawa, ainsi qu’à Développement et Paix. »

Selon cet extrait, la lettre serait arrivée après que la décision d’annuler les conférences eut été prise. La lettre est datée du 1er avril, le jour même où le diocèse d’Ottawa a annoncé qu’il annulait les conférences du pères Arriaga. Le service des communications de la CECC n’a pas été en mesure de confirmer à quelle date la lettre de l’archidiocèse de Mexico a été reçue.

Le 25 mai, les provinciaux jésuites des provinces du Canada français, du Canada anglais et du Mexique ont pourtant affirmer « appuyer l’intégrité du travail du Centre Miguel Pro pour les droits humains de Mexico et de son directeur, le P. Luis Arriaga, un engagement porteur de l’enseignement social de l’Église catholique ».

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La lettre est très brève, et plus sévère que ce que laissaient entendre les communications de la CECC jusqu’à présent. Il s’agira de voir quel impact elle aura, car elle s’insère désormais dans la question à savoir s’il est absolument nécessaire ou non d’obtenir l’appui de l’évêque local lorsque D&P finance un projet avec un partenaire du Sud.

Ceux qui estiment cette mesure nécessaire trouveront dans cette lettre la preuve qu’il est impératif d’avoir cet accord. Le ton cinglant ne laisse aucun doute sur la perception du Centre Prodh à l’archevêché de Mexico.

Mais ceux qui estiment que cette obligation risque de nuire au développement trouveront également dans cette lettre un argument supplémentaire. Après tout, à part la condamnation lapidaire du Centre Prodh, elle n’explique pas les raisons de la position. L’avenir d’un projet de développement doit-il dépendre d’un ou deux maigres paragraphes ? Par ailleurs, entre les supérieurs jésuites du Canada et du Mexique qui appuient le Centre Prodh et le diocèse de Mexico, qui croire ? Ou plutôt : à qui donner le bénéfice du doute ?

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