10 ans de théologie pratique à Québec

10 ans de théologie pratique à Québec

Lancé il y a 10 ans, le doctorat en théologie pratique offert à l’Université Laval continue de bousculer les façons de faire traditionnelles du monde académique en plus de demeurer l’un des rares programmes de ce type offert dans le monde francophone.

« Il y a l’idée répandue que la « vraie » théologie a tendance à être axée sur la doctrine et l’histoire. La théologie pastorale a toujours été considérée comme étant de seconde zone », résume le professeur Robert Mager de la Faculté de théologie et de sciences religieuses (FTSR) de l’Université Laval. Selon lui, la théologie pratique se veut précisément une contestation de cette conception. « C’est l’ensemble du discours théologique qui est mis en cause par la pratique. C’est une vision en plein développement présentement. »

En plein développement, mais il reste du chemin à faire. Après tout, une seule autre institution offre un programme semblable au Canada. Il s’agit de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, dont le programme est venu quelques années après celui de l’Université Laval.

« À l’origine, l’objectif principal était de répondre à un besoin que l’on percevait dans l’Église et dans la francophonie : celui d’offrir une formation de haut niveau en pastorale, voire en chant religieux. Et pas simplement une formation axée sur la recherche, mais vraiment un doctorat de type professionnel », insiste le professeur Mager.

Combler un besoin dans le monde académique
Il y a dix ans, il n’y avait effectivement rien d’offert aux francophones nord-américains. Un modèle courant existait pourtant depuis longtemps chez les anglophones. Axé sur l’intervention, le « doctorate in ministry » avait déjà fait ses preuves. Les francophones s’en sont inspirés, mais ont voulu développer tout de même davantage la dimension « recherche » dans leur programme.

Mais très tôt, il a fallu combattre le préjugé qu’il s’agit d’un doctorat « à rabais ».

« Cette idée tient beaucoup au statut de la pratique dans le monde académique. Il y a un schème très ancré selon lequel la théorie est plus importante, ou valorisée, que la pratique. C’est très ancré dans la mentalité universitaire. Les disciplines qui font beaucoup de place à la pratique sont… suspectes. Cela dit, cette vision est contestée. Il y a une vague très forte depuis une quinzaine d’années qui remet en question cette hiérarchie et qui valorise l’apprentissage pratique », explique Robert Mager.

À cet égard, le doctorat en théologie pratique de l’Université Laval est souvent cité comme un modèle à explorer par l’institution elle-même. Par ailleurs, il se situe à l’avant-garde, puisque à part lui, seuls les étudiants en psychologie ont la possibilité d’effectuer un doctorat professionnel.

Rester ancré dans le monde professionnel
L’intérêt d’un tel programme est notamment de permettre aux étudiants de conserver leur emploi et de lier leurs études à une réflexion universitaire. Les étudiants inscrits au doctorat pratique en théologie assistent à deux séances intensives d’une dizaine de jours chaque année sur le campus. Ensuite, ils doivent consacrer une journée et demi par semaine à leur doctorat le reste de l’année.

Jusqu’à présent, le Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval a décerné 17 doctorats dans ce programme.  Et pas moins de 34 étudiants y sont présentement inscrits.

« Chez nos étudiants, il y a une majorité de Québécois, malgré une présence importante d’étudiants étrangers. Ceux-ci viennent assister aux deux séances annuelles. Ils proviennent de tous les continents, sauf de l’Asie », illustre le professeur Mager, avant de spécifier qu’il ne faut pas nécessairement être prêtre ou travailler dans un diocèse pour suivre ce programme.

« C’est accessible à tout professionnel engagé dans un champ d’activité où la dimension religieuse est concernée. Je pense notamment aux domaines sociaux : la santé, l’éducation, l’armée et tout ce qui a des aumôneries.  Le programme est également ouvert aux autres confessions chrétiennes. »

Une place spéciale pour les créateurs
L’un des volets du programme concerne la création. Il permet ainsi à des artistes dont la compétence est reconnue de réaliser une œuvre artistique dans le cadre du doctorat. Trois thèses de ce type ont déjà été soumises, dont celle d’un prêtre néo-brunswickois, Edmond Thériault. Ce dernier a réalisé les vitraux de l’église de Pont-Landry, dans le diocèse de Bathurst, grâce à une technique appelée « fusion de verre » de laquelle la soudure est absente.

Par ailleurs, des réalisations artistiques peuvent également prendre la forme de musiques composées pour le chant des Évangiles. C’est ce qu’a fait Céline Lamonde.

Avenir
Pour souligner les 10 ans du doctorat en théologie pratique, un colloque se tenait à la FTSR du 22 au 24 septembre. Outre la célébration de cet anniversaire, l’un des objectifs de l’événement consistait à saisir l’occasion pour présenter les recherches qui se font dans ce domaine. Plusieurs diplômés du programme étaient sur place à cet effet.

Mais ce colloque soulèvait aussi la question de l’orientation et du développement du programme pour la Faculté.

« D’une part, nous souhaitons en accentuer l’internationalisation en facilitant l’accès aux étudiants étrangers. D’autre part, nous visons une plus grande diversité de milieux professionnels dont sont issus les éventuels étudiants. Cela demandera des efforts pour faire connaître le programme par-delà les frontières de l’Église comme telle », confie le professeur Mager.

Les perspectives en ce sens sont encourageantes pour la Faculté. De solides liens unissent l’institution aux deux associations internationales de théologie pratique : la Société internationale de théologie pratique pour les francophones, et la International Academy of Practical Theology pour les anglophones.

« Ces deux associations ont été présidées à un moment ou l’autre par un professeur de la Faculté. Ça montre que nous n’avons pas seulement développé un programme, mais que nous avons développé une expertise reconnue », se réjouit le professeur Mager.