Jean Monbourquette, auteur et mentor

Jean Monbourquette, auteur et mentor

Le décès de Jean Monbourquette touche en silence des milliers de Québécois qui ont un jour ou l’autre croisé la route de ce psychologue de renommée internationale. Que ce soit dans un groupe de soutien sur le deuil ou au détour de l’un de ses nombreux livres à succès, le père oblat aura marqué leur vie et, dans certains cas, l’aura carrément relancée.

Bien qu’il ait réfléchi et écrit sur de nombreux thèmes touchant au développement de l’être humain, il est avant tout reconnu pour son travail auprès des personnes endeuillées, une piste qu’il a développée lui-même après avoir réalisé que vingt ans après la mort de son père, il n’avait toujours pas fait son deuil.

« On perd un mentor. Une grande source d’inspiration dans notre travail. Un être très attachant, qui ne comptait pas son temps. Un homme remarquable. » La directrice de la Maison Monbourquette, Sophie Chartrand, ne tarit pas d’éloges sur cet homme qu’elle a fréquenté au cours des dernières années.

La Maison Monbourquette est située à Montréal. Fondée en 2004 par Lisette Jean, dont la vie avait été bouleversée suite à sa rencontre avec lui, elle offre gratuitement des services aux personnes endeuillées, dont une ligne d’écoute (1-888-LE-DEUIL) qui dessert l’ensemble du Québec. Chaque année, la Maison reçoit plus de 3000 demandes d’aide.

« Il nous a enseigné des choses qu’il nous laisse pour bien vivre le deuil », résume Mme Chartrand, qui appréciait chez Jean Monbourquette sa « capacité d’aller chercher chez la personne ce qui fait sens pour elle ».

« Je n’avais pas l’impression chez lui d’une rigidité de croyances. Il a eu une belle façon d’unir spiritualité et psychologie. Le deuil, l’estime de soi, la mission, le pardon… bref, des sujets du quotidien. »

Lorsqu’on lui demande quel ouvrage se démarque pour elle dans la vingtaine de titres écrits par l’oblat, elle n’hésite pas une seule seconde.

« Excusez-moi, je suis en deuil, son dernier livre. Et Aimer, perdre et grandir. »

Son classique et son plus récent.

Un auteur prolifique
Son éditeur confirme d’ailleurs que Excusez-moi, je suis en deuil sera sans doute réimprimé en 2012.

Yvon Métras, directeur-adjoint du groupe d’édition et de presse chez Bayard-Canada et éditeur des livres français de Novalis parle « d’une perte énorme pour la maison », mais surtout de la perte « d’un homme d’une grande humanité ».

« Vous me demandez si Jean Monbourquette était davantage prêtre ou psy. Ni l’un ni l’autre. Il n’avait pas les réflexes de tout spiritualiser les événements de la vie. Il n’avait pas non plus le réflexe de dire que ceci est causé par ceci ou cela. Il s’intéressait aux gens, à leur histoire. Dans les séances de signature dans les salons du livre, il était intéressé par les drames que portaient les gens, par ce qu’ils vivaient », confie-t-il.

Aux yeux de M. Métras, le père Monbourquette figure parmi les grands auteurs canadiens.

« Son premier livre – Aimer, perdre et grandir – a été traduit en douze langues et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde. Au Québec, on dit qu’un livre est un best-seller à partir de 2000 ou 2500 exemples vendus. Eh bien, aujourd’hui encore nous vendons de 2000 à 3000 exemplaires de Aimer, perdre et grandir chaque année ! »

Une influence universelle
L’influence du père Monbourquette s’étend bien au-delà des cercles catholiques pour toucher l’ensemble de la société.

« Son travail n’a pas été un travail d’Église comme tel, indique M. Métras. Mais dans plusieurs paroisses, il y a des groupes d’aide aux endeuillés qui se sont mis en place au cours des dernières années. Cela est dû à l’influence de Jean Monbourquette. Il a fait sa marque plus par les mouvements et association. »

Il en va de même pour la variété des sujets abordés qui, loin de confiner l’auteur à la seule question du deuil, rejoint certaines des questions les plus fondamentales de la société actuelle.

« Ses livres sur le pardon ont connu du succès. Il traitait aussi de l’estime de soi, de notre capacité à apprivoiser notre ombre ou de trouver notre place dans le monde, notre mission. Et le fil conducteur de Jean Monbourquette demeure le suivant : grandir à travers nos pertes », rappelle Yvon Métras.

Faire son deuil
Mais la perte, cette fois, elle celle du psychologue qui aura marqué tant de monde.

« Le déni de la mort le scandalisait d’une certaine façon, indique M. Métras. On parle de son décès, mais il aurait aimé que l’on parle de la mort. »

« Il permettait la souffrance, dans une société où c’est tabou de souffrir », renchérit Sophie Chartrand. Pour elle, le décès de Jean Monbourquette offre une occasion de plus de parler de la mort et du deuil.

« La mort demeure une angoisse fondamentale. Pourquoi sommes-nous rendus comme ça aujourd’hui ? Notre style de vie y est pour quelque chose : l’individualisme, les familles moins nombreuses, le chacun pour soi… Dans le deuil, plusieurs personnes disent qu’elles ne sont pas compétentes pour aider un frère, un voisin. Alors elles ne font rien. Elles lèguent tout cela aux spécialistes. Mais ce n’est pas toujours nécessaire d’aller voir un spécialiste ! Ce n’est pas une maladie, le deuil ! Ça fait partie de la vie. »

L’essentiel est de pouvoir en parler pour pouvoir le vivre. Et pour ceux qui aident, d’écouter, sans constamment être à la recherche d’une solution. Car le deuil ne se vit pas en trois jours, ni en trois semaines. Il faut du temps.

Sophie Chartrand assure que la Maison Monbourquette continuera avec fierté l’œuvre du père oblat. Ces jours-ci, l’ensemble des spécialistes et des bénévoles de la Maison a un petit quelque chose de plus en commun avec les gens qu’elle aide. Elle est en deuil.

Liste des cinq titres les plus vendus de Jean Monbourquette
1. Aimer, perdre et grandir
2. Comment pardonner ?
3. À chacun sa mission
4. De l’estime de soi à l’estime du Soi
5. Pour des enfants autonomes