En dressant le bilan de la première année du cardinal canadien Marc Ouellet au poste de préfet de la Congrégation pour les évêques, le vaticaniste italien Sandro Magister a indiqué que l’ancien archevêque de Québec est particulièrement intéressé par des candidats « théologiens » et « apologètes ».
Le journaliste de l’hebdomadaire italien Espresso base en partie son analyse sur une récente entrevue accordée par le cardinal Ouellet au journal Avvenire. Décrivant le profil idéal des évêques de l’avenir, le Québécois a indiqué qu’ils doivent être « non seulement théologiquement fidèles au magistère et au pape mais également capables d’exposer la foi et, si nécessaire, de la défendre publiquement ».
Mais surtout, il s’attarde à une douzaine de nominations effectuées au cours des derniers mois pour justifier son analyse. Selon le journaliste, les nominations du cardinal Angelo Scola (Milan, 28 juin), de Luis Antonio Tagle (Manille, 13 octobre) et de Charles Morenod (Lausanne, Genève et Fribourg, 3 novembre) ne sont que quelques exemples de la ligne suivie par Marc Ouellet.
La description de la nomination de Charles Chaput, l’ancien évêque de Denver qui est devenu archevêque de Philadelphie le 19 juillet, est éloquente. Le vaticaniste souligne sa forte personnalité « apologète » avant d’expliquer qu’il arrivait en fait en deuxième position parmi les candidats recommandés par la nonciature, derrière Joseph Kurtz, l’évêque de Louisville.
« Mais lorsque, après l’examen des candidats par la congrégation, Ouellet est monté chez Benoît XVI pour être reçu en audience, Chaput était passé en tête de liste et il a été rapidement nommé par le pape », révèle le vaticaniste.
Fait intéressant à noter, aucune des quinze nominations associées au profil de « théologien » et « apologète » ne concernait le Québec ou le Canada, y compris celle de son successeur à Québec, Mgr Gérald Lacroix. Toutefois, si la rumeur qui envoie Mgr Terrence Prendergast (qui s’intéresse particulièrement à l’amélioration de son français depuis quelques mois) à Montréal pour succéder au cardinal Jean-Claude Turcotte se concrétise, une telle nomination pourrait cadrer dans ce profil.
Sandro Magister estime que « ce profil d’évêque théologien et « defensor fidei » correspond parfaitement à celui du cardinal Ouellet lui-même », qui a vécu une situation d’extrême sécularisation au Québec.
« En tant qu’archevêque, Ouellet s’est battu énergiquement pour redonner de la voix et du corps au christianisme dans sa terre natale. Et Benoît XVI l’a tellement apprécié qu’il l’a appelé à Rome, d’abord comme rapporteur au synode des évêques de 2008 puis, de manière stable, à partir de 2010, comme préfet de la congrégation pour les évêques », rappelle M. Magister. Le vaticaniste ajoute que parmi les cardinaux de la curie romaine, Marc Ouellet est « certainement le plus intime » du pape Benoît XVI, qu’il rencontre une fois par semaine.
En entrevue au journal français La Croix le 11 décembre, le cardinal Marc Ouellet a repris essentiellement ce qu’il avait dit en italien quelques semaines plus tôt au sujet des évêques, indiquant qu’ils doivent être des « hommes de foi profonde, capables d’en exposer les raisons, d’un dialogue avec la culture, et aussi d’une certaine apologétique ».
Il a également déploré le développement de certains mouvements de contestation à l’endroit des évêques dans les pays occidentaux.


Que les évêques soient des « hommes de foi profonde », n’est-ce pas élémentaire? Et pourtant, on se demande en quoi la plupart des évêques croient, s’ils croient du tout, puisqu’ils font tout sauf défendre la Foi, avec quelques exceptions notables.
Heureusement, l’avenir s’annonce plus prometteur avec Mgr Ouellet en poste. Nous pouvons espérer que les derniers vestiges de « l’esprit de Vatican II » s’éteindront avec les évêques qui prendront leur retraite dans les prochaines années et qui seront remplacés par des hommes fidèles.
Merci, Philippe, de cet article encourageant.
N’attendons pas trop de Mgr Ouellet (ou ne le craignons pas trop). Un évêque ne peut provenir que du terrain oû il a été nommé. Dans ces conditions, le Saint-Siège ne peut que faire ce qu’il peut avec ce qu’il a. Autrement dit, les prochains évêques ne pourront être que des prêtres issus des rangs de cette Église québécoise qui n’enseigne plus grand-chose de clair et prêche en généralités depuis des décennies. Je ne vois pas comment il pourra en sortir des miracles. Le cardinal ne peut pas créer des hommes nouveaux à partir de rien.
Il est dommage qu’on appelle ici à la mort de « l’esprit de Vatican II », alors que selon plusieurs catholiques, cet « esprit » n’est pas allé au bout des fruits qu’il pourrait donner.
Relire les documents conciliaires, c’est revenir à ce que les évêques ont redécouvert à ce moment: un esprit empreint des dernières découvertes sur et par l’Évangile. Redécouvrir que l’Église catholique, même avec une tradition si riche en charité, était royalement empoussièrée dans la ‘structurite’ aigue et une mentalité de pouvoir qui ne concorde pas avec l’esprit de l’Évangile.
J’ai bien peur qu’en voulant remettre l’Église sur les rails de la dite droiture et de la dite vérité, les plus radicaux d’entre les catholiques d’ici ne l’achève à coup de massue, ou ne soit en train d’achever de creuser le fossé qui s’est révélé à la fin des années 60, entre la population québécoise et l’Église catholique.
Mon analyse est peut-être superficielle, je concède. Mais reste que, par exemple, la participation des laïcs à la vie de son Église est restée dans l’ensemble partielle, les pouvoirs décisionnels ayant retrouvés un très bon pied dans les curies romaines. Dans ces offices, on écoute avec une oreille… puis on agit comme on l’entend. Les différents ‘Synodes populaires’ réalisés au Québec dans les années 90 en sont un très bon exemple.
Dommage. L’Église de Rome redevient frileuse et semble se retrancher derrière ce qui lui reste: des lois dites ‘naturelles et divines’ et une histoire prestigieuse incomparable. C’est beaucoup, mais est-ce assez pour que l’Évangile soit proclamé à temps et à contre-temps? J’en doute.
À lire sur le Concile, un petit livre de moins de 100 pages récemment sorti chez Novalis, et écrit par Mgr Paul-Émile Charbonneau, dernier Père conciliaire Canadien français vivant (90 ans). Il fait un lien entre certains documents conciliaires et les huit béatitudes de l’Évangile. Essentiel et rafraîchissant rappel de ce que le Concile a été… et pourrait devenir?
Samuel, personne n’appelle à la mort de l’esprit de Vatican II. Ce que les croyants espèrent, c’est le renouveau de l’Église. C’est ce que Vatican II cherchait à promouvoir. Et si on y croit, et qu’on décide de s’y mettre, c’est sûr que ça peut nous bousculer, déranger nos habitudes, et remettre en question notre esprit moutonnier par rapport à l’esprit du monde, qui n’est réellement que l’état d’esprit de la société de consommation occidentale. Les valeurs de cette société-là ont-elles quelque chose d’évangélique à dire aux 80% de la population mondiale qui ne jouissent pas de notre mode de vie? Les chrétiens d’ici qui accepteront de vivre une foi plus exigeante pourront davantage être des témoins solidaires. D’ores et déjà, les deux tiers des catholiques du monde entier vivent dans les pays en développement. Et la coopération internationale jouera dans l’autre sens à l’avenir: c’est déjà commencé.
Bonjour Gilbert,
vous avez raison sur les questions concernant la consommation. L’Église bouscule avec ses valeurs de partage, d’appel à vivre la communauté et d’appel à la non-violence – dont l’abolition de la peine de mort.
Par contre, concernant le leadership dans l’Église et la voix des laïcs dans son application, avons-nous fait des pas qui permettent aux membres non-clercs de l’Église de se dire qu’ils ont été entièrement partie prenante des décisions dites ‘majeures’ de leur Église? J’en doute. Pourquoi, par exemple, refuse-t-on plus que jamais de débattre de la question du sacerdoce des femmes? Pourquoi plusieurs idées des Synodes ‘dits’ populaires des années 90 au Québec, ont trouvé leurs places préférées sur les tablettes diocésaines? Impossible de les mettre en application. « En haut », ça bloque…
Ne sommes-nous pas de retour – et rapidement – sur la route d’une pensée théologique pyramidale, où le Dieu présenté dans l’Évangile n’est qu’un instrument utilisé pour soutenir une vision de puissance de Dieu et une seule vision anthropologique du monde? Un Dieu qui accompagne les humains… pourvus que ceux-ci le suivent sans poser trop de questions et qu’ils pensent d’une seule façon. Un moule prêt-à-porter qui, il me semble, efface toutes les expériences humaines et oublie d’évangéliser ces mêmes expériences.
Ce qui veut dire dénoncer, accepter, porter avec, aimer avec, accompagner avec, donner sans rien espérer en retour, etc. La liste est longue et s’écrit au ‘plus que pluriel’ des expériences humaines.
L’esprit du concile ouvrait la porte à un modèle de coopération entre tout les membres du corps du Christ. Est-ce modèle qui se retrouve promeut dans les officines romaines? Présentement, j’ai bien peur que non. Cela m’inquiète.
Samuel,
je suis absolument d’accord avec tes affirmations et tes préoccupations que je trouve fondamentales et pas du tout superficielles. .Daniel Arsenault parle «d’hommes à la foi profonde». Il y a deux lectures différentes sous cette même expression. La «foi profonde» comme obéissance aveugle à un code de morale, à des rites, des dogmes et des pratiques..une obéissance à la dictature de Rome pour certains, l’idéal de cette foi étant celle des années 1950 (Pie XII). L’obéissance est une réalité trompeuse. Elle est demandée aux moines, et elle est demandée par toutes les dictatures, que ce soit la Rome antique, le Reich Hitlérien, ou la Corée du nord moderne.Cela a été un concept normal jusqu’à la révolution francaise. on parlait jusque là du droit divin des rois. Pour d’autres, la «foi profonde» est un engagement d’obéissance à la foi confiante dans l’Esprit de Jésus, avec toutes les conséquences que cela déploie progressivement dans une vie. Le guide de cette foi est la fidélité à sa conscience libre éclairée par elle. Jésus n’a jamsis demandé l’obéissance,il a invité à aimer comme il en avait donné des signes, cela relevait de la liberté des personnes qu’il rencontrait. il témoignait de son amour pour le Père qu’il souhaitait que le monde sache. IL n’a pas «défendu» la foi, il l’a proposée, il s’est même désolé, voire choqué que les disciples ne l’aient pas encore, même jusqu’à la veille de sa mort. Il pose question au coeur de l’humain. Il aime le jeune homme riche qui se retire autant que Nathanael qui le suit immédiatement. Jésus n’a pas prôné l’obéissance comme fondement de la foi.Mmême sa mort n’a pas été un acte d’obéissance et de soumission à la «volonté de Dieu», mais un engagement libre de sa part qui a été extrêmement difficile même pour lui, pourtant fils de Dieu. Jésus, lui-même a désobéi à ses parents à 12 ans, et a régulièrement enfreint les 615 préceptes d’une loi rabbinique qui avait transformé le message de Moise qui pointait vers un Dieu Vivant, en une main aux 615 doigts qui avait fini par tuer l’Esprit, à adorer la lettre, et à complètement boucher la direction dans laquelle le doigt voulait pointer. ce que il me semble on a facilement fait avec la pratique sacramentelle… Il me semble que dans l’église aujourd’hui, avec des gens sincères des 2 côtés, ce sont les 2 facons de comprendre l’expression «une foi profonde». Le Pape et Mgr Ouellet font partie du premier groupe, la dictature de l’obéssance à un code est pour eux la défense de la foi.. Et Oui ceux qui gardent le pouvoir veulent défaire ce qu’a fait le concile et en faire disparaitre l’esprit du concile. Cela est déjà réalisé. Jean Paul II avait fait son objectif de «réparer les dégats» que ce bref souffle avait fait dans l’Église. l’Église que Jean XXIII voulait rapprocher des humains et ajuster à leur l’accompagmnement dans leur marche en apprenant d’eux, en ouvrant les fenêtres. Les fenètres ont été refermées et on n’est revenu à la dictature. Pour eux la charte des droits hunmains, la liberté de conscience et de religion ne sont pas pour les catholiques semble-t-il. Je comprends bien je crois l’interprétation de «une foi profonde» que je ne partage pas. Mon but est de mettre un peu de contexte derrière les 2 interprétations, et certainement pas de participer à une guerre. si seulement 5% des catholiques «pratiquent» les sacrements, soit Jésus n’a pas de brebis dans le Québec d’aujourd’hui, soit les brebis ne reconnaissent pas sa voix dans le discours de Rome et de Mgr Ouellet