Top 5 ! Citations sportives du cardinal Turcotte

Top 5 ! Citations sportives du cardinal Turcotte

En effectuant une recherche documentaire pour l’université au sujet des déclarations publiques du cardinal Turcotte depuis l’an 2000, j’ai été impressionné du nombre de fois où il a fait allusion aux sports.

J’ai donc compilé certaines de ses citations sportives les plus mémorables. Certaines sont touchantes, mais toutes font sourire. Au moment où le cardinal Turcotte s’apprête à céder son poste en tant qu’archevêque de Montréal, elles rappellent à quel point son langage coloré lui donnait souvent une longueur d’avance sur certains de ses confrères en termes d’impact lorsque venait le temps d’intervenir médiatiquement.

Certaines des citations ci-bas ont été reprises pendant plusieurs jours dans divers médias. Mais ce fut aussi le cas pour des citations plus controversées. Ses prises de position sur le mariage homosexuel ou sa remise de sa médaille de l’Ordre du Canada lui ont notamment valu d’être conspué par les chroniqueurs médiatiques de tout acabit pendant plusieurs jours.

N’empêche, il a toujours eu le don de la formule, celle qui se loge confortablement dans l’oreille et qui remonte jusqu’au cerveau.

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5 – Au sujet de Pat Burns, dont les obsèques avaient lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde le 29 novembre 2010 :

« L’ironie dans tout ça, c’est qu’il a atteint le sommet de sa carrière… avec les Devils ». (1)

4 – Au sujet de la canonisation du frère André :

« Le pape nous a annoncé ce matin qu’il lui remettait la médaille d’or, la sainteté » (métaphore en référence aux Jeux olympiques de Vancouver), le 19 février 2010, en conférence de presse à l’Oratoire Saint-Joseph. Et pendant la fête au Stade Olympique le 30 octobre 2010 : « Il convient que nous nous rassemblions aujourd’hui dans ce temple du sport pour souligner la médaille olympique de la canonisation conférée au frère André. » Le jour de la canonisation d’Alfred Bessette, le 17 octobre, il l’avait qualifié de « Maurice Richard de la religion ».

3 – Lors du match d’ouverture des Expos en 2004 :

« Je trouve que le baseball est un sport reposant. Tu peux manquer un lancer, te lever pour aller manger un bon hot-dog, tu as le temps de parler… […] J’aime autant le hockey que le baseball, mais entre voir une partie dans le stade et en voir une à la télévision, je préfère le stade! » (2)

2 – Au sujet de la maladie de Saku Koivu, qui était alors capitaine du Canadien de Montréal :

« Ce matin, en disant ma messe, j’ai prié pour Saku Koivu. Je n’ai jamais prié pour que le Canadien gagne un match mais ce matin, j’ai prié pour que Dieu donne à Saku le courage de lutter et de se battre de toutes ses forces. » (3)

1 – Aux funérailles de Maurice Richard, le 31 mai 2000, à la fin de son homélie :

« Maurice Richard, pour se reposer, aimait beaucoup la pêche. Je me permets donc de penser et d’espérer qu’il ne s’ennuiera pas longtemps. Au ciel, il y a les Apôtres qui étaient des fameux pêcheurs. D’excellents pêcheurs! Je vois très bien Maurice qui, déjà, va à leur rencontre. Ils auront beaucoup à se dire tous ceux-là. Bon repos Maurice, bonne pêche! »

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Certes, ce Top 5 ! peut paraître trivial de prime abord. Toutefois, il permet de constater deux élément essentiels qui ont fait du cardinal Turcotte une vedette médiatique.

Premièrement, il sait utiliser avec brio plusieurs éléments du mythos québécois. Les grands joueurs de hockey, dont Maurice Richard, constituent des symboles évocateurs et rassembleurs pour la plupart des citoyens. Ils le sont d’ailleurs aujourd’hui plus que bien des saints… En parlant du Rocket ou de Saku Koivu, le cardinal fait appel aux grands mythes québécois, à des moments du passé qui interpellent autant les plus vieux que les plus jeunes.

Deuxièmement, quand le cardinal trouve le mot juste pour faire rire une assemblée lors de funérailles, ou quand il évoque son amour des hot dogs dans le cadre d’un match de baseball, on a envie d’aller s’asseoir avec lui autour d’une bière. Il a l’air sympathique et empathique. Ironiquement, il est plus accessible que la plupart des vedettes médiatiques du Québec. Ironiquement, car les évêques catholiques sont souvent accusés d’être « déconnectés », empêtrés dans leurs dogmes. Visiblement, ce n’est pas le cas du cardinal Turcotte, qui n’hésite pas à s’imaginer Maurice Richard dans la même barque que les Apôtres pour une partie de pêche.

Ce talent qu’il a d’évoquer des sports l’a aussi bien servi lorsqu’il était question de paix, de pauvreté et de justice sociale. Avec ses expressions et ses métaphores simples mais imaginatives, il marque les esprits durablement.

Mais on ne saurait pour autant écrire que Mgr Turcotte « utilise » les sports comme s’il s’agissait d’une formule gagnante. Il ne l’a jamais fait par opportunisme, mais parce qu’il est lui-même amateur de sports. Et parce qu’il comprend l’importance des sports – amateurs ou professionnels – dans la vie d’une grande partie de la population. Probablement aussi parce qu’il a déjà entendu quelques histoires de « bonnes soeurs » qui priaient pour que le Canadien gagne. Chez lui, cet aspect n’est pas forcé. C’est « vrai ».

Cette « complicité sportive » a même atteint un sommet en 1995, lorsque la campagne de collecte de fonds du diocèse de Montréal a été faite en partenariat avec le Canadien de Montréal, à l’époque où Ronald Corey tenait les rênes. À cette époque, Jean-Claude Turcotte assistait à des matchs de hockey ou de baseball de temps en temps. Il avait même droit à des applaudissements lorsque la caméra le montrait sur écran géant pendant les pauses publicitaires, un traitement auquel les anciens joueurs ont souvent droit.

Pas étonnant qu’un journaliste ait déjà écrit à son sujet qu’il avait l’air d’un joueur de hockey à la retraite… (4)

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(1) La Presse Canadienne, lundi 29 novembre 2010, « Le monde du hockey rend un dernier hommage à l’ancien entraineur Pat Burns », Alexandre Geoffrion-McInnis.
(2) La Presse, Sports, samedi 24 avril 2004, p. S1, « Match d’ouverture des Expos : Des partisans Survivor », Marc Antoine Godin.
(3) La Presse, Sports, samedi 8 septembre 2001, p. G4, « Pour que Saku ait le courage de se battre », Réjean Tremblay.
(4) « Le tout est débité d’une voix grave et chaude, sans roulement de «R» et dans un accent résolument montréalais où ne dépasse absolument rien de pointu. Si ce n’était du col romain et de l’anneau de circonstance, on jurerait que ce monsieur dynamique, baraqué comme un joueur de hockey à la retraite, dirige un syndicat ou une petite entreprise. » Le Devoir, L’Entrevue, lundi 23 janvier 1995, p. B1, « Jean-Claude Turcotte: Le cardinal postmoderne : À la recherche de solutions concrètes pour un diocèse pauvre et multiethnique », Stéphane Baillargeon.

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Image tirée d’une oeuvre d’Alain J. Godbout