Entre scandales et fraîcheur

Entre scandales et fraîcheur

L’Église catholique canadienne a connu son lot de scandales en 2011. Alors que plusieurs cas d’abus se sont retrouvés devant les tribunaux, de vives tensions ont nourri le débat entre des forces progressistes et conservatrices au sein de l’Église autour de la question de la gestion de l’organisme catholique Développement et Paix (D&P). Heureusement, quelques bonnes nouvelles ont parsemé ce parcours.

L’une de ces bonnes nouvelles est toute récente. Après l’année 2010 marquée par la canonisation du frère André, voilà que Rome annonçait la canonisation prochaine de Kateri Tekakwitha quelques jours avant Noël. Cette annonce peut potentiellement marquer un pas de plus dans le processus de réconciliation qui dure depuis plusieurs années maintenant entre l’Église catholique et les peuples des Premières Nations au Canada.

Parallèlement, le visage de l’épiscopat québécois a changé avec, comme il fallait s’y attendre, plusieurs nominations. L’entrée en scène de Mgr Gérald Lacroix en mars dernier à Québec et de Mgr Paul-André Durocher à Gatineau en novembre marque l’arrivée de deux hommes charismatiques à la tête de diocèses clés. Chaleureux et proches de la population, leurs nominations furent bien reçues.

Ailleurs au Québec, l’arrivée à Nicolet de Mgr André Gazaille, à Sherbrooke de Mgr Luc Cyr, à Amos de Mgr Gilles Lemay, et la nomination de deux nouveaux évêques auxiliaires à Montréal et à Québec fut bien souvent l’occasion de célébrer pour les Églises locales.

Mais l’année fut assombrie par quelques cas retentissants qui se sont retrouvés devant la justice.

Le plus marquant d’entre eux fut peut-être le procès de Raymond Lahey, ancien évêque du diocèse d’Antigonish arrêté en 2009 à l’aéroport d’Ottawa en possession de pornographie juvénile. Ce dernier a plaidé coupable dès l’ouverture de son procès en mai, évitant ainsi que l’ensemble de la preuve contre lui soit étalé publiquement. Cela n’a pas empêché quelques informations sordides de filtrer dans les médias sur la nature des photos et des vidéos que contenaient ses ordinateurs. Jamais dans l’histoire canadienne un procès aussi compromettant n’avait mis directement en cause les valeurs morales d’un évêque catholique. Il connaîtra sa sentence le 4 janvier.

À Montréal, la Congrégation de Sainte-Croix, hantée depuis plusieurs années par des cas d’abus sexuels sur mineurs dans trois de ses institutions scolaires, est parvenue à conclure une entente hors cour de 18 millions $ avec les victimes.

Dans l’archidiocèse de Québec, deux autres cas ont défrayé les manchettes. D’abord, le procès de la médiatique France Bédard, présidente de l’Association des victimes de prêtres qui réclame 200 000 $ à la succession du prêtre Armand Therrien et à l’archevêque de Québec, a donné lieu à des interventions orales musclées de la part des avocats des deux partis. Mme Bédard affirme avoir été agressée sexuellement par Armand Therrien dans les années 60. Le juge a pris la cause en délibéré.

Ensuite, l’archidiocèse de Québec est parvenu à une entente avec Shirley Christensen dont les détails n’ont pas été dévoilés. Mme Christensen a été agressée sexuellement par le prêtre Paul-Henri Lachance alors qu’elle avait entre six et huit ans, entre 1979 et 1981. Elle réclamait 250 000 $ au civil.

À ces cas, il faut encore ajouter ceux de l’ancien diocèse de Yarmouth en Nouvelle-Écosse. L’archevêque d’Halifax, Mgr Anthony Mancini, a confirmé au cours de l’année que le diocèse (désormais fusionné à celui d’Halifax) a fait face à 22 plaintes pour abus sexuels, et que les dédommagements avoisinent les 3 millions $.

D’autres poursuites concernant des prêtres ont également lieu en Ontario et à Terre-Neuve.

Mais l’un des événements qui a le plus retenu l’attention des catholiques du Canada en 2011 fut sans contredit le débat entourant l’organisme catholique D&P. Accusé de soutenir des groupes en faveur de l’avortement dans le cadre de certains projets de développement international, l’organisme essuyait un feu nourri depuis 2009 de la part de certains chiens de garde catholiques principalement situés en Ontario. L’une des nouveautés de l’affaire en 2011 fut que le débat s’est également transporté au Québec, où d’autres groupes se sont portés à la défense de l’organisme créé par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). L’affaire a rapidement pris des allures de confrontation ouverte sur Internet, chaque côté faisant valoir ses arguments. Prise dans ce tir croisé, la CECC assure qu’elle continue son travail de réforme de l’organisme, ce qui fait sourciller tous les acteurs de ce débat qui est encore loin d’être réglé et qui met aux prises, in fine, différentes conceptions de l’agir catholique dans la société et dans les pays en développement.

Chez les catholiques anglophones, l’introduction de la nouvelle traduction du Missel romain a été accueillie avec intérêt, malgré les nombreux détracteurs de la nouvelle mouture, souvent considérée par les pays anglophones comme une traduction imposée par Rome.

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Photo : Kateri Tekakwitha, Paul-André Durocher (Gatineau), Gérald Lacroix (Québec), Raymond Lahey.