Critique du livre Dieu et Internet

Critique du livre Dieu et Internet

Publié à la fin de l’année 2011, Dieu et Internet tombe à point dans le monde chrétien francophone. On attendait depuis quelques temps déjà un livre actuel sur la question de la foi sur Internet écrit en langue française. Qui de mieux que Jean-Baptiste Maillard pour l’écrire? Car quiconque a fait un peu de recherche sur le web chrétien a sans doute croisé sinon son nom, au moins son travail. Engagé dans la création de site Internet catholiques, Maillard est notamment l’homme derrière anuncioblog.com, pie12.com et benoitjaiconfianceentoi.org.

D’abord présenté comme un « guide pratique et spirituel », Dieu et Internet n’est certes pas un livre de théologie. Au contraire, la réflexion théologique y est à peu près nulle. On a plutôt affaire à un catholique engagé, qui a trouvé en Internet un nouveau moyen d’évangélisation il y a quelques années et qui est devenu une référence en la matière.

Contenu
Ainsi, Maillard répond à 40 questions divisées en trois catégories : « la galaxie Internet », « annoncer le Christ sur Internet » et « lancez-vous ».

La première section peut être parcourue rapidement si l’on a déjà quelques connaissances sur le Net. La question 3, par exemple – « que trouve-t-on sur Internet ? » – peut sembler superflue pour plusieurs lecteurs. En revanche, la question 7 – « quels sont les enjeux d’Internet pour les chrétiens ? » – offre une réflexion pertinente autour de quatre axes : 1) appréhender une nouvelle façon de communiquer; 2) favoriser la compréhension et la solidarité envers l’autre; 3) influencer la nouvelle culture numérique; 4) autre enjeu crucial : l’évangélisation.

La seconde section est de loin la plus intéressante. C’est ici que l’expérience et le savoir-faire de Maillard paraissent le plus. Il y est grandement question de l’évangélisation sur Internet. L’auteur s’inspire de son propre parcours, ce qui donne du poids à son propos. Les questions sont variées et ont le mérite de faire réagir : le lecteur sera tantôt captivé par la réponse de Maillard à telle ou telle question, tantôt sceptique face à son approche. Ces questions-réponses ne laissent pas indifférent, ce qui rend passionnante la lecture de cette deuxième section.

La troisième section invite le lecteur à se lancer à son tour dans l’évangélisation sur le Web. Blogue, courriel, wikis, vidéo : différents véhicules et « techniques » sont abordés. Maillard propose ici des réponses concrètes pour ceux qui veulent passer à la vitesse supérieure et suivre ses pas dans l’évangélisation sur Internet.

Enfin, Dieu et Internet propose dans un glossaire de quatre pages des termes techniques employés tout au long de l’ouvrage. Il s’agit souvent de préciser le sens d’expressions anglophones propres à Internet ou au monde des affaires.

Appréciation générale
Comme tout guide pratique, ce livre peut parfois sembler inégal : certains passages sont convaincants, d’autres suscitent moins d’intérêt. Cela est habituel, car les lecteurs ne sont pas sensibles aux mêmes questions. Toutefois, il y a certains impondérables.

Présentation
Sur la page couverture, le dessin de Dieu qui parle de ses « 3 milliards d’amis » qui aiment son statut et qui se demande comment rejoindre les autres est efficace et susceptible d’attirer l’attention d’un lectorat plus jeune. La présentation générale et la mise en page de l’ouvrage sont invitantes. Il est aisé de lire quelques pages et d’y revenir plus tard.

Les dernières pages de l’ouvrage proposent un glossaire. Il aurait toutefois été intéressant de retrouver un lexique à la fin, car les titres des chapitres (c’est-à-dire les questions auxquelles répond l’auteur) ne laissent pas toujours deviner le contenu. Par exemple, à la question « comment promouvoir la vie sur Internet ? », l’auteur parle finalement davantage de l’éthique à observer sur les forums que de la défense de la vie. Il aurait également été pertinent de préciser quelles pages contiennent telle image ou telle entrevue dans la table des matières.

Toujours sur la forme, on regrette l’absence d’une bibliographie et de notes de bas de page claires. À titre d’exemple, si l’auteur cite l’un des nombreux messages pontificaux émis à l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales, la source n’est jamais claire (site Internet du Vatican ou La Documentation catholique ?), et on ne sait pas toujours à quel paragraphe se trouve le passage cité. Ce manque de précision sur est dommage, car l’ouvrage est fouillé et offre des sources documentaires variées.

Langue
D’un point de vue de la langue, le lecteur québécois ne se reconnaîtra pas dans plusieurs expressions, qui sont considérées ici comme de purs anglicismes : chat au lieu de clavardage, tweets au lieu de gazouillis, e-mail au lieu de courriel. C’est une question d’appréciation… Toutefois, confondre « digitale » avec « numérique » ne l’est pas, tout comme les quelques coquilles présentes ici et là. Certaines expressions bien françaises n’ont aucune résonance ici, à commencer par « kiffer ta life ».

(Je me permets ici d’ouvrir une parenthèse : l’Église catholique a toujours cherché à défendre les pays les plus pauvres, ceux qui ont moins accès aux nouvelles technologies et dont les cultures locales sont parfois compromises par certains effets de la mondialisation. Pour être cohérente avec ce message, l’Église a d’abord le devoir de prêcher par l’exemple, notamment en ayant une attention particulière pour les langues, premiers véhicules de la culture, ce qu’elle est loin de faire jusqu’à présent. Pope2you,net, Youcat, news.va sont autant d’exemples d’une tendance à l’anglicisation primaire dans son approche des nouveaux moyens de communication. Voilà pourquoi l’utilisation d’expressions anglophones par les catholiques est si incongrue dans ce domaine.)

Approche pastorale
Enfin, d’un point de vue théologique, l’auteur se place d’abord dans une attitude d’obéissance envers le magistère romain. Il cite abondamment les textes pontificaux, dont les fameux messages annuels pour la Journée mondiale des communications sociales. Mais jamais un message, ni aucun autre document du magistère, n’est critiqué. L’auteur appartient bel et bien à une jeune génération de catholiques fiers qui n’hésitent pas à aller au-devant du monde pour défendre l’Église et pour annoncer la foi. Cette posture lui confère souvent des allures d’apologète tout au long de l’ouvrage. Maillard revient souvent sur l’importance de l’annonce kérygmatique, qui est au cœur de sa démarche. À travers son expérience, il a intériorisé cette annonce et est en mesure de faire de l’évangélisation sur Internet sans tomber dans le piège de l’instantanéité et de l’éphémère, et sans se défiler derrière des prouesses technologiques. Ainsi, ce n’est pas tant le contenu réflexif sur la proposition de foi sur la Toile que l’attitude de l’auteur qui constitue une approche pastorale inspirante. À travers une éthique de la parole propre aux nouvelles technologies de l’information basée sur le respect, la mutualité dans l’échange, l’écoute et le respect du temps et de la vie privée de ses interlocuteurs, Maillard s’éloigne du paradigme d’une Église communiquant dans la verticalité, constamment en attente d’une écoute et d’une réponse qui ne viennent souvent pas (à cet égard, quelques chercheurs évoquent dans leurs travaux la posture d’attente de la population et de l’Église, l’une attendant que l’autre fasse le premier pas vers elle). Cette attitude et cette démarche de l’auteur sont très bien représentées dans cette vidéo.

À l’heure où l’Église catholique s’investit tant bien que mal dans les nouvelles technologies de l’information, Dieu et Internet vient offrir quelques balises. À cet égard, les catholiques francophones sont heureux de pouvoir compter sur un Jean-Baptiste Maillard pour les accompagner dans ce processus.

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Jean-Baptiste Maillard, 2011, Dieu et Internet. 40 questions pour mettre le feu au web, Éditions des Béatitudes, 299 p.