Dieu et Édith Piaf : le diocèse de Québec s’agite en silence

Dieu et Édith Piaf : le diocèse de Québec s’agite en silence

Opportuniste, le diocèse de Québec a profité de l’agitation au sujet d’une chanson d’Édith Piaf pour y aller à son tour d’un coup publicitaire. À son tour, car il y a une semaine le diocèse de Montréal avait lui aussi tenté sa chance avec un coup sans lendemain. Il semblerait que cette foi, la grenouille ait mangé le bœuf. Comme tout repas lourd, c’est plaisant au moment de l’ingestion, mais la digestion est parfois plus difficile.

Rapide mise en contexte : un enseignant de musique au primaire de Sorel-Tracy a pris l’initiative de censurer la phrase « Dieu réunit ceux qui s’aiment » de la chanson Hymne à l’amour d’Édith Piaf, prétextant une crampe au cerveau au sujet de la laïcité. Il n’en fallait pas plus pour que le tout Québec s’offusque. Du badeau aux ministres, tout le monde avait sa petite idée là-dessus, y compris le diocèse de Québec.

C’est donc sans grande surprise que le Journal de Québec et le journal Le Soleil affichaient chacun la même publicité ce matin. Le diocèse a simplement fait publier la fameuse phrase honnie : « Dieu réunit ceux qui s’aiment », avec son logo et une adresse web.

Radio-Canada a bien raison d’indiquer qu’il s’agit d’une « récupération publicitaire ».

Ce nouveau coup pour l’Église – le deuxième en deux semaines – semble plus réussi que le premier, ne serait-ce que par la gravité des enjeux associés au sujet concerné. En effet, il est parfaitement bien synchronisé avec l’actualité. Quiconque a moindrement suivi l’actualité québécoise depuis deux jours comprend immédiatement la référence. De plus, le message est simple et intemporel. Surtout, il est cher à l’Église catholique, bien qu’il ne lui soit pas propre.

Bravo. Délicieux.

Mais attention, voici la digestion.

La récupération est évidente et laisse deviner une Église calculatrice dans ses intentions. Ici, l’institution ne s’insère pas tellement dans le débat, car son communiqué de presse – bien rédigé – n’offre pas un point de vue propre au débat dont il est question ici pour le Québec : la laïcité. Cela suppose bien entendu que le communiqué sera largement diffusé. Sans les informations complémentaires du communiqué, véritable clé de lecture du coup publicitaire, la place laissée à l’interprétation est grande.

Ce que Crayon et goupillon disait pour Montréal il y a quelques jours vaut aussi pour Québec : on a peu entendu l’Église sur les sujets polémiques des derniers jours au Canada, dont la peine de mort, les dépenses militaires, l’élimination du registre des armes à feu, la hausse marquée des frais de scolarité au Québec. La pertinence spirituelle du message est évidente. Mais quand on rebondit  d’une manière utilitariste sur un sujet d’actualité, il faut avoir un discours clair et étoffé sur cette actualité. Ce qui n’est pas le cas avec ce coup publicitaire, qui reste silencieux sur ces enjeux qui concernent la justice sociale, la paix et le respect de toute vie humaine.

Autre élément dont il faut tenir compte : le ton de la publicité. Est-elle drôle ou choquante? La réponse n’est pas si évidente.

Après tout, avec les années Ouellet, le diocèse de Québec a habitué les médias et la population à un discours souvent en réaction à certaines tendances actuelles dans la société. L’expression « culture de mort » a largement été appliquée au Québec entre 2003 et 2010 par les communications diocésaines. Présenter à la population un changement de ton communicationnel optant pour l’humour peut en faire sourciller plusieurs, qui se demanderont légitimement quelles sont les intentions réelles de l’Église catholique de Québec.

À cet égard, cette campagne pourrait tout à fait être perçue comme une crispation réactionnaire. Au fond, la publication de cette phrase tient-elle davantage de l’invitation ou de la rectification? Si l’Église invite, quelle est la portée concrète de cette invitation? Le don monétaire, comme l’indique le lien Internet publié au bas de publicité? Quand un ami vous invite à manger mais vous demande d’apporter l’apéritif, le vin et le dessert, vous restez chez vous, non?

Si elle rectifie, elle ne fait alors que conforter l’image publique de fixité qui lui est souvent associée.

Finalement, on se demande un peu ce que cherche à faire une Église qui s’agite en silence avec de telles publicités. On rigole. Et on tourne la page.