Le choc de la fermeture de Présence magazine

Le choc de la fermeture de Présence magazine

Tout le monde a déjà entendu la fameuse expression « c’est toujours les meilleurs qui partent en premier ». Pas très consolant, n’est-ce pas ? C’est malheureusement ce qui s’applique à la revue Présence magazine, qui vient d’annoncer qu’elle cessera ses publications après le numéro de mars-avril 2012.

Dans une lettre écrite le 10 février et signée par le directeur et rédacteur en chef Gilles Leblanc et par le président du conseil d’administration Louis Lesage, la revue explique les raisons de cette fermeture.

« Le financement de la production n’était pas possible à court et à moyen terme, les communautés religieuses partenaires ne pouvant plus maintenir leur généreux support financier, jusqu’à maintenant indispensable à la production du périodique. D’autres options ont été envisagées et sérieusement étudiées mais sans déboucher sur des solutions adéquates et concrètes. »

Joint par courriel, Gilles Leblanc nous a confié qu’il espère que de nouveaux projets prendront le relais. Il a l’intention de prendre un peu de recul au cours des prochaines semaines.

Quant à Louis Lesage, son souhait le plus cher pour l’instant est « que l’on prenne tous une conscience plus vive  de la nécessité d’une information  ouverte et large  de type professionnel sur les affaires ecclésiales et religieuses ».

« Je souhaite aussi que les débats entourant toutes ces questions puissent  se développer ouvertement et avec profondeur dans un grand espace de liberté. Cet espace n’est pas une abstraction : il doit se matérialiser… Mais comment ? », a-t-il écrit.

Réactions unanimes
Sur le blogue de l’Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC), les réactions se sont rapidement multipliées suite à cette annonce. La présidente de l’ACPC, Gaëtane Larose, a d’emblée évoqué le « vide » laissé par la fermeture. La journaliste indépendante Jacinthe Lafrance a pour sa part accueilli cette annonce en parlant d’un « deuil très difficile ».

Présence, pour les intimes, se démarquait par la qualité de sa réalisation, de ses rédacteurs, et de son approche. Avec respect, elle abordait de front des sujets dérangeants, ceux qu’une revue « officielle » liée à un diocèse ne peut pas traiter sans se faire taper sur les doigts. Cette approche était nécessaire au maintien d’un sein débat chez les catholiques québécois.

Une telle annonce n’augure rien de bon pour les autres revues religieuses québécoises. Quand même l’excellence ne suffit plus pour survivre, il y a de sérieuses questions qui surgissent…

C’est ainsi que l’animateur de l’émission Questions d’aujourd’hui à Radio Ville-Marie et Radio-Galilée, Mario Bard, a évoqué la réalité du marché pour les magazines religieux au Québec en se demandant carrément s’il ne faut pas réduire l’offre. « À mon avis – et je sais que je serai controversé – il faut se poser des questions sur l’offre et le financement d’une multitude de magazines, au lieu d’en favoriser quelques-uns, comme Présence, qui présentent(aient) un contenu et un contenant d’une qualité indéniable avec des valeurs d’Évangile, dans un langage d’aujourd’hui. »

M. Bard n’est pas le seul à se questionner sur la précarité financière qui guette chaque revue. Le congrès annuel de l’ACPC qui se tenait à Québec l’automne dernier a donné lieu à des échanges sur cette réalité : année après année (quand ce n’est pas mois après mois), une panoplie de magazines religieux québécois se creusent la tête pour trouver de nouveaux moyens de survivre.

Plusieurs questions soulevées
Mais la cause de cette situation n’est pas toujours clairement définie. De dire que les donateurs sont moins généreux qu’avant n’explique pas nécessairement pourquoi il en est ainsi. Le succès déclinant de telle ou telle revue peut aussi être la conséquence d’une difficulté à s’adapter au marché, à assurer une présence sur le web, à trouver de nouveaux abonnements, à renouveler ses idées et à faire affaire avec son personnel selon des critères salariaux respectueux du marché de l’emploi en 2012, etc.

Et c’est probablement un peu pour toutes ces raisons que la fermeture de Présence fait mal, puisque la revue savait s’adapter et évoluer, était présente sur Internet et était respectueuse des personnes avec laquelle elle faisait affaire. Bref, rien n’annonçait qu’elle connaissait des difficultés. Au contraire, elle servait même d’inspiration pour les autres et était souvent récompensée par des prix.

Finalement, il y a peut-être un élément positif à cette fermeture : elle oblige l’ensemble du monde des communications religieuses au Québec à se poser de sérieuses questions sur leur modèle financier, leurs pratiques et leur avenir.

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Lire aussi : Crayon et goupillon dans Présence magazine (8 octobre 2011)