Un 3e évêque hors province nommé au Québec en quelques mois

Un 3e évêque hors province nommé au Québec en quelques mois

Pour la troisième fois en quelques mois, un évêque en poste à l’extérieur du Québec vient d’être nommé à la tête d’un diocèse québécois. Le nom de Mgr Luc Bouchard, dont la nomination à Trois-Rivières a été annoncée le 2 février par Rome, s’ajoute aux noms de Mgr Paul-André Durocher et de Mgr Noël Simard, nommés respectivement à Gatineau et Valleyfield. Cette tendance constitue-t-elle une critique implicite à l’endroit du clergé québécois ?

Mgr Bouchard était jusqu’ici évêque du diocèse de Saint-Paul, en Alberta. Son parcours ne laisse aucun doute quant à ses compétences. Voilà qu’il succédera à Mgr Martin Veillette à Trois-Rivières. Toutefois, l’observateur ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il fallait aller chercher un évêque albertain au lieu de piger dans le clergé québécois. De plus, un rapide coup d’œil aux biographies des trois évêques mentionnés ci-haut révèle que deux d’entre eux – Mgr Bouchard et Mgr Durocher – sont nés en Ontario, et que bien qu’ils connaissent sans doute fort bien la Belle Province, ils ont été loin du Québec pendant de longues périodes.

Mais pourquoi ne pas choisir des candidats qui sont déjà au Québec et qui, théoriquement, connaissent mieux que quiconque la vie de l’Église catholique sur ce territoire ? Une première réponse tentante serait d’affirmer simplement qu’on veut subtilement faire comprendre à l’Église du Québec qu’elle doit se recentrer sur Rome dans ses positions, et que la meilleure manière de le faire serait de prendre exemple sur les loyaux canadians.

Pas de surprise
Mais, en poussant l’analyse, d’autres facteurs viennent nuancer le portrait et remettre en question cette lecture simpliste des nominations.

Ainsi, Mgr Simard, ordonné prêtre dans le diocèse de Québec, rêvait de revenir au Québec et le disait ouvertement. Valleyfield n’aurait peut-être pas été son premier choix, mais c’est quand même un retour au bercail.

Le cas de Mgr Durocher est intéressant, car il serait abusif de parler d’un « Ontarien parachuté au Québec ». Au contraire, il connait bien le Québec et était très en demande dans à peu près tous les diocèses québécois en attente d’un nouvel évêque, à commencer par Montréal, Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières.

Quant à Mgr Bouchard, il connait bien Montréal puisqu’il a enseigné au Grand Séminaire. Il est très familier avec les sulpiciens, la communauté à laquelle appartient Marc Ouellet… Précisons toutefois qu’il a quitté ce poste d’enseignement avant l’arrivée de Marc Ouellet comme recteur du Grand Séminaire.

Autrement dit, dans ces trois cas, des raisons valables expliquent pourquoi il peut sembler naturel de les nommer au Québec. De plus, il faut tenir compte de ce qu’il y avait de disponible dans l’épiscopat québécois au moment de ces nominations, c’est-à-dire plus grand-chose. Car dans le bassin des « évêques faits », dont des évêques auxiliaires, la plupart des candidats potentiels ont été retenus ou l’ont été peu de temps après. C’est le cas avec deux évêques auxiliaires de Montréal (André Gazaille, Nicolet 2011 ; Lionel Gendron, Saint-Jean-Longueuil 2010) et trois évêques auxiliaires de Québec (Paul Lortie, Mont-Laurier 2012 ; Gérald Lacroix, Québec 2011 ; Gilles Lemay, Amos 2011). Les autres évêques auxiliaires de Montréal et Québec ont été nommés trop récemment pour être considérés pour devenir évêque, et encore moins archevêque.

En bref, tout cela indique deux choses : premièrement, que la situation de renouvellement rapide d’une grande partie de l’épiscopat québécois a pu créer une « pénurie de main d’œuvre qualifiée » et qu’il a fallu puiser dans l’épiscopat francophone ailleurs au Canada et, deuxièmement, qu’il n’y a pas encore eu de surprise dans les nominations d’évêques au Québec, Rome et la Congrégation pour les évêques choisissant des évêques faits, dont les évêques auxiliaires.

Bien sûr, il reste encore LA nomination à faire : Montréal.

Choisir un évêque d’ailleurs pour venir s’installer à Montréal se ferait-il aussi en douceur que les trois cas évoqués ci-haut ? Rien n’est moins sûr, surtout si l’on tient compte des tensions linguistiques qui animent parfois la presse autour du diocèse de Montréal. Sous le couvert de l’anonymat, un employé du diocèse admet que dans les circonstances, une nomination de l’extérieur du Québec semble plus que jamais possible, puisqu’il y a eu plusieurs précédents récemment. Des précédents qui auraient servi à « dresser la table ». Rappelons qu’à cet égard, les noms de Mgr Anthony Mancini (Halifax) de Mgr Terrence Prendergast (Ottawa) continuent toujours de circuler dans les rumeurs. Mgr Mancini était auparavant évêque auxiliaire à Montréal, alors que Mgr Prendergast est originaire de Montréal.

Récemment, le nom de Mgr Serge Poitras circule également. Mgr Poitras a longtemps travaillé à la nonciature à Ottawa, avant de devenir le bras droit de Marc Ouellet à la Congrégation pour les évêques en 2010.

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Le Vatican a également annoncé la nomination d’un autre évêque auxiliaire de Québec à la tête d’un diocèse de la province. Mgr Paul Lortie, qui est devenu évêque auxiliaire à Québec en même temps que Mgr Gérald Lacroix à l’époque où Marc Ouellet était encore en poste, devient le nouvel évêque du diocèse de Mont-Laurier. Il succède à Mgr Vital Massé.

Il n’est pas rare de voir les évêques auxiliaires de Québec devenir évêques titulaires par la suite. Ce fut le cas pour la plupart des derniers évêques auxiliaires : Mgr Paul Lortie (Mont-Laurier, 2012), Mgr Gérald Lacroix (Québec, 2011), Mgr Gilles Lemay (Amos, 2011), Mgr Pierre-André Fournier (Rimouski, 2008), Mgr Jean-Pierre Blais (Baie-Comeau, 2008), Mgr Eugène Tremblay (Amos, 2004).