Cette grande revue qui n’a pas vu le jour

Cette grande revue qui n’a pas vu le jour

Depuis quelques mois, l’idée de créer une revue commune regroupant certains membres de l’Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) revient régulièrement dans les discussions entre des acteurs du milieu.

La récente fermeture de Présence magazine alimente encore plus cette idée.

Cette idée d’une revue commune n’est pas nouvelle. On a tenté, d’en fonder une dans les années 1970. Pendant longtemps, plusieurs personnes avaient vaguement entendu parler de cette tentative. Encore aujourd’hui, il manque plusieurs éléments pour bien comprendre comment le projet a été conçu et pourquoi il n’a jamais vu le jour.

J’ai eu le plaisir de recevoir en fin de semaine quelques documents de la part de François Gloutnay, à qui j’avais demandé il y a quelques mois s’il réussissait à retrouver des documents faisant état d’une tentative de création de média commun.

Je présente ici, avec sa permission, le contenu de ces documents qui jettent un éclairage important sur une tentative avortée de création de « grand magazine chrétien ».

Le document de 1974
Le premier document est daté du 15 octobre 1974. Il est signé par le père Elphège Brassard, président de l’ACPC entre 1972 et 1976, des années difficiles pour l’association puisque ses activités ont été très limitées au cours de cette période (voir cet article de François pour y voir plus clair).

« A sa réunion du Comité exécutif du 23 octobre 1972, l’ACPC avait décidé de s’attaquer au projet de grand magasine (sic) populaire », écrit-il en 1974, avant de préciser qu’il a décidé de prendre les choses en main.

« J’ai vu le Père Paul-A. Martin, directeur de Fides. Nous avons discuté longuement de la Grande revue : orientation du magazine, périodicité, tirage, mode de diffusion, de financement, personnel, collaboration. Il n’y avait pas de difficulté insurmontable.

Le Père rencontra : Claude Ryan, directeur du Devoir, pour lui demande ce qu’il pensait du projet. La réponse fut qu’il y avait place pour cette revue à l’heure actuelle.

Ensuite, mis au courant, le Père Provincial de la C.S.C. convoqua à son tour les intéressés au projet. Il était prêt à y investir un capital.

Quelque temps après, le Père Martin partait pour l’Europe. Il rencontra le directeur de la Vie Catholique, qui lui témoigna un vif intérêt. Il lui promit sa collaboration, en fournissant des textes, en échangeant des journalistes et en participant financièrement. D’autres directeurs de revues furent aussi contactés, qui se montrèrent également intéressés et promirent leur concours.

A travers tout cela, Mgr Coderre [alors évêque de Saint-Jean-Longueuil] apprit la chose et s’offrit à prendre le projet sous sa tutelle. Il s’offrit pour le présenter à la prochaine réunion des Évêques. Mais il ne put le faire à cause d’un ordre du jour trop chargé.

Voilà, en résumé très succinct, là où nous en sommes. C’est pourquoi, dans l’attente d’une décision définitive, je vous mets aujourd’hui au courant des démarches qui ont été faites, vous faisant grâce des délais imposées par l’impossibilité de rencontre les intéressés et du détail de leurs discussions. Je me dois d’ajouter que depuis un an, le Père Martin a été pris par la solution de problèmes majeurs pour le compte de Fides. Moi-même, depuis l’été, je ne suis plus directeur de la revue l’Église canadienne. »

Le document nous laisse avec plusieurs questions.

Le document de 1976
Mais un autre document offrant un compte-rendu d’une réunion tenue le 25 mai 1976 dans les bureaux de l’Office des communications sociales (aujourd’hui Communications et Société) laisse entendre que d’autres démarches avaient également été menées. La rencontre était consacrée à l’avenir de l’ACPC, mais une partie portait sur un projet de « magazine chrétien ».

« Le Père P. Martin, président des Éditions Fides, possédant un dossier assez complet sur la question et ayant fait lui-même des démarches auprès des revues françaises « La Vie Catholique et « Le Pèlerin », donne quelques informations sur l’étude qui a été faite pour la mise en marche d’un magazine chrétien. Il rappelle les principales étapes de développement du projet :

-       mars 1970 : étude de marché faite par des experts en gestion;

-       oct. 1971 : document préparé par Guy Marchessault sur la question du magazine chrétien;

-       fév. 1973 : diverses rencontres faites : Claude Ryan, les directeurs des deux revues de France déjà citées, Mgr Coderre, évêque de St-Jean;

-       déc. 1973 : document préparé par quelques personnes et porté à l’attention des évêques de l’Inter-Montréal;

-       fév. 1974 : la question revient à l’Inter-Pastorale de Montréal.

A ce moment, l’opinion de l’Inter-Pastorale de Montréal était celle-ci : « on serait d’accord pour une revue du genre mais on ignore le coût de production et les chances de succès d’une telle revue. Une étude plus détaillée devrait se faire. » Le secrétaire, M. Jean-Guy Bissonnette, devait communiquer cet avis à qui de droit, mais on ignore ce qu’il est advenu depuis.

Le Secrétaire de l’A.E.Q. a tenté de vérifier auprès de M. Bissonnette, mais il ne l’a pas encore atteint. »

Le document ne précise rien de plus sur cette question.

Parmi les éléments qui demanderaient une recherche approfondie, il y a notamment la raison profonde motivant la création d’un tel magazine. Aujourd’hui, les difficultés financières de plusieurs revues constituent un incitatif à cette option, puisqu’une publication commune pourrait permettre de réduire certains frais. De plus, il faut se rendre à l’évidence : le marché justifie de moins en moins la présence d’autant de magazines catholiques francophones au Canada.

Toutefois, le contexte était probablement fort différent au début des années 1970 lorsque cette réflexion fut entreprise.

Si vous détenez des renseignements supplémentaires sur cette aventure avortée, n’hésitez pas à les partager en laissant un commentaire. En parlant de commentaire, que pensez-vous de cette idée pour aujourd’hui ?