Claude Ryan voulait un hebdomadaire chrétien au Québec

Claude Ryan voulait un hebdomadaire chrétien au Québec

Lorsqu’un projet de grande revue chrétienne était en préparation dans les années 1970, Claude Ryan, alors directeur du Devoir, a surpris tout le monde avec une position radicale : si vous faites une revue chrétienne, aussi bien qu’elle soit hebdomadaire.

« Claude Ryan a déstabilisé tout le monde », se rappelle le professeur Guy Marchessault, qui était l’un des instigateurs d’un projet de grande revue chrétienne. Celle-ci, tel qu’évoqué récemment sur ce site, n’a finalement jamais vu le jour.

L’origine du projet
Avant la naissance de l’Association canadienne des périodiques catholique (ACPC), il existait déjà un regroupement de revues missionnaires appelé Information missionnaire canadienne (IMICA), alors rattaché officiellement à l’Entraide Missionnaire. L’IMICA regroupait toutes les revues d’instituts missionnaires francophones au Canada.

« Quand je suis arrivé à la rédaction du magazine oblat Apostolat en 1969, après avoir travaillé comme journaliste à La Voix de l’Est à Granby, j’ai découvert ce regroupement, un peu pépère à l’époque, pas conservateur mais concentré sur le travail de relations publiques propre à chaque institut. Nous nous sommes vite retrouvés quelques « nouveaux » pour poser des questions et déranger la routine : le rédacteur de la revue Orient (Lucien Coutu, des Père de Sainte-Croix), Regard de foi (Onil Perrier, des Montfortains) et moi-même. On se disait que les tirages baissaient constamment et qu’il fallait penser un peu à l’avenir. Et cet avenir serait sans doute probablement mieux servi si on pensait à un regroupement des revues missionnaires. »

Le projet de revue commune alors envisagé consistait à unir les revues missionnaires afin d’avoir une plus grande influence, tout en conservant un aspect de relations publiques auquel tenaient les revues.

Fides se saisit du dossier
« Les supérieurs provinciaux de nos trois revues et des autres revues nous ont regardé aller, un peu dans le doute, sans être complètement convaincus. Mais ils attendaient, pour voir ce qui arriverait. Après de nombreuses réunions, nous avons rédigé un projet précis », évoque Guy Marchessault, avant de préciser qu’il a ensuite été présenté à l’ensemble des administrateurs provinciaux religieux.

Rien n’a bougé pendant un certain temps. Jusqu’à ce que les Pères de Sainte-Croix se saisissent du dossier. L’appui le plus solide est d’abord venu du père Paul-Aimé Martin, le fondateur de Fides, qui était alors l’une des principales maisons d’édition au Québec.

« Pour concrétiser la démarche de faisabilité, il a invité Claude Ryan, alors encore directeur du Devoir, à donner son opinion à ce sujet. Le père Martin a commandé une réunion avec tous les acteurs impliqués dans le projet. »

Pas un mensuel, mais un hebdomadaire
C’est dans ce contexte que Claude Ryan a surpris tout le monde en se disant en faveur d’un projet encore plus ambitieux.

« En gros, il a dit qu’il croyait en un tel projet. Mais à une condition : que le futur magazine sorte beaucoup plus souvent que ce qui avait été suggéré (mensuel), mais plutôt à chaque semaine. Nous sommes tous restés « déculottés » devant ces propos. Avait-on, en Église, la capacité communicationnelle et financière de se lancer dans une telle aventure? »

Ce doute allait finalement s’installer pour de bon. Quelques calculs sont venus le renforcer.

« On avait calculé que le nombre de tous les tirages de magazines mis ensemble demeurerait plutôt limité, puisque les mêmes personnes étaient abonnées à plusieurs magazines en même temps. Donc, il ne fallait pas trop compter sur un nombre multiplié par dix, mais multiplié par deux tout au plus. Sans compter les pertes de plusieurs abonnés, qui ne se reconnaîtraient plus dans le nouveau format. Sans compter non plus sur le vieillissement de la population chrétienne, qui se manifestait déjà. Finalement, le projet s’est arrêté là. Sans suite de la part de Fides. Et ce fut tout ».

Possible piste en France
Crayon et goupillon a également contacté l’hebdomadaire La Vie, en France, au sujet de ce projet de revue. En effet, le père Martin avait – selon des documents récemment retrouvés – conclu une entente avec l’hebdomadaire français. Rien de plus à dire pour l’instant, puisque chacun continue de chercher une éventuelle trace de ce partenariat.