Entrevue avec le nouveau président de la CRC

Entrevue avec le nouveau président de la CRC

À l’issue de l’assemblée générale annuelle de la Conférence religieuse canadienne (CRC) qui se tenait à Dorval du 24 au 28 mai, le bibliste Michel Proulx est devenu le nouveau président de l’organisation qui représente 200 communautés religieuses du Canada. En selle pour un mandat de deux ans, ce Chanoine Régulier de Prémontré espère insuffler le charisme de sa communauté à ses nouvelles responsabilités : la communion.

« Je me vois comme un artisan de la communion, confie le père Proulx. Ma communauté a un charisme de communion. Il s’agit de travailler en ce sens pour ma mission, pour mon service. Et ce tant entre les religieux et religieuses qu’avec les évêques et les autres conférences religieuses dans le monde. »

L’homme d’une cinquantaine d’années se réjouit de la particularité de la CRC, qu’il estime marquée par la « grâce » d’être mixte et bilingue. En effet, elle rassemble des religieux et des religieuses des deux langues officielles du pays. « C’est une richesse d’avoir ces passerelles : hommes et femmes, anglophones et francophones ne portent nécessairement les choses de la même manière. C’est l’occasion de beaucoup s’écouter », se réjouit-il.

« Temps difficile »
Mais tout n’est pas que réjouissance ces jours-ci dans l’univers des communautés religieuses au Canada. Un « temps difficile » marqué par le vieillissement des membres et le nombre restreint de vocations.

« Le regard porté aujourd’hui sur les religieux et les religieuses n’est pas nécessairement positif », admet Michel Proulx. Il croit qu’une partie de son rôle de président de la CRC consistera à aider les communautés à ne pas se replier sur elles-mêmes et à garder vivante la conscience qu’elles ont une parole et une contribution à apporter à la société. « Elles doivent demeurer sur la place publique, sans s’imposer », propose-t-il.

Revenant sur la question des abus sexuels qui a entaché la crédibilité de quelques communautés religieuses au Canada au cours des dernières années, le bibliste reconnait que le fardeau des fautes de quelques individus est porté par l’ensemble des religieux. « Le regard sur nous est changé. C’est un peu dur à porter. Mais je vois le désir de ne pas se laisser enfermer dans cela. » Selon le père Proulx, le problème des abus sexuels est loin d’être tabou dans les communautés religieuses canadiennes.

Crise sociale : « Retrouver le grand souffle de Vatican II »
Les priorités des prochaines années feront l’objet d’un vote lors d’une rencontre du conseil d’administration en septembre. Il y a de fortes chances qu’elles soient dictées par les discussions tenues lors de l’assemblée générale du mois de mai, au cours de laquelle les défis intergénérationnels et les 50 ans du Concile Vatican II ont été abordés. « Nous sommes préoccupés de retrouver le grand souffle de Vatican II. Son style, son ouverture au monde, sa lecture des signes des temps sont essentiels.

C’est pourquoi l’actuelle crise sociale au Québec fut également au cœur des discussions lors de cette même assemblée générale.

« C’était très présent, même si la CRC est canadienne. Les gens de l’ouest sont plus loin de cette réalité, mais le sujet a tout de même émergé, relate le père Proulx. On a vu et senti que les religieux et religieuses étaient très préoccupés par la crise. Il faut dire que beaucoup de nos membres appartiennent à des communautés qui ont été à la base du système d’éducation au Québec ! »

Bien que la CRC affirme vouloir être à l’écoute « des aspirations de la jeune génération aujourd’hui », le président indique qu’elle a trouvé lors de son assemblée qu’il était encore « prématuré » de prendre position. En revanche, le père Proulx laisse entendre qu’il n’est pas impossible que des sorties publiques au sujet de la crise puisse avoir lieu ultérieurement.

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Article rédigé le 22 juin pour Radio Ville-Marie