Démission du primat de l’Église orthodoxe en Amérique

Démission du primat de l’Église orthodoxe en Amérique

Le primat de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) – la plus importante Église orthodoxe au Canada en termes d’adhérents – démissionne. Le métropolite Jonas indique dans sa lettre de démission communiquée le 7 juillet au Saint-Synode de l’OCA qu’il estime n’avoir « ni la personnalité, ni le tempérament, pour occuper la position de primat ». Concrètement, il a été poussé vers la sortie par ses pairs.

Le métropolite Jonas donne ainsi suite à des pressions qui l’invitaient à se retirer de ce poste. « À votre demande unanime, qui m’a été transmise par le chancelier, père John Jillions, je présente ma démission du poste de primat de l’Église orthodoxe en Amérique, et je demande humblement une autre affectation épiscopale », précise-t-il dans sa courte lettre. Il demande seulement que ses besoins financiers soient pris en considération, lui qui est le principal soutien financier de ses parents et de sa sœur.

Dans un communiqué de presse émis le 9 juillet, le Saint-Synode de l’OCA annonce qu’une rencontre aura lieu prochainement afin de discuter du leadership au sein de l’Église. Il remercie le métropolite Jonas d’avoir pris la décision de démissionner.

C’est le doyen des hiérarques de l’Église, Mgr Nathanaël de Detroit, qui est nommé locum tenens en attendant l’élection d’un nouveau métropolite.

En entrevue au site Internet russe « Pravoslavie i mir » (L’orthodoxie et le monde), Léonid Kichkovsky, responsable du département des relations extérieures et inter-ecclésiales de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) et rédacteur du journal « The Orthodox Church », a fait état d’une « certaine déstabilisation » sous le métropolite Jonas. Il évoque une perte de confiance au sein de l’OCA.

Parmi les griefs adressés au métropolite Jonas, il y a notamment ses critiques ouvertes à l’endroit du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée 1er. Puisque l’autocéphalie de l’OCA n’est reconnue que par un tiers des Églises orthodoxes dans le monde, et que le patriarcat de Constantinople a toujours refusé de la reconnaître, ces critiques paraissaient peu habiles. Le métropolite Jonas devait se rendre en Turquie, mais ses propos tenus à Dallas, peu de temps après son élection en 2008, ont provoqué l’annulation d’une rencontre en Turquie.

Jonas, dont le nom séculier est James Paffhausen, est né à Chicago dans une famille épiscopalienne. Il a reçu le baptême orthodoxe alors qu’il était à l’université. Il a par la suite vécu en Russie, où il s’est familiarisé avec la vie monastique à Valaam. Il ramena avec lui aux États-Unis cet idéal monastique, qu’il chercha à implanter.

Au Canada, l’OCA est présente à travers un seul et unique archidiocèse. Celui-ci est actuellement dirigé par Mgr Irénée Rochon, le premier Québécois de l’histoire à devenir évêque orthodoxe. Il n’a pas été possible de contacter Mgr Irénée pour recueillir ses commentaires sur la démission du métropolite Jonas.

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Bien entendu, cette nouvelle concerne une petite frange de la population québécoise. Toutefois, l’Église orthodoxe en Amérique demeure l’une des principales Églises orthodoxes présentes ici. Sa réalité est complexe, en raison de son autocéphalie qui n’est reconnue que par un tiers des autres Églises, dont l’Église de Russie. Cette cuisine interne souligne deux éléments d’intérêt pour le Québec : d’une part, elle rappelle que l’orthodoxie en Amérique du Nord est largement tributaire de l’immigration ; d’autre part, que la division d’une orthodoxie aux multiples visages nuit à sa capacité à s’imposer comme un acteur moral et social majeur dans notre société. Ces éléments de conjoncture ne sont pas nouveaux et sont bien connus par les orthodoxes eux-mêmes.

Car chaque Église a finalement à composer en partie avec son image publique. Dans le cas de l’OCA, disons simplement que son image publique à peu près inexistante actuellement au Québec lui rend service. Mgr Irénée est actuellement à la tête de l’archidiocèse du Canada en raison des problèmes juridiques qui concernent l’ancien archevêque, Mgr Séraphim Storheim, qui fait face à des accusations d’abus sexuels. L’OCA est surtout présente aux États-Unis. Mais avec Mgr Irénée, elle a un francophone sympathique capable de traduire en français des enjeux complexes qui concernent finalement l’ensemble du monde orthodoxe, et pas seulement la succession du primat d’une seule Église. Il sera intéressant de voir si de tels événements qui recèlent un grand potentiel médiatique serviront d’occasions de dialogues et de pédagogie avec les sociétés américaine, canadienne et québécoise.