Fermeture du Centre Emmaüs : les pérégrinations du père Coutu

Fermeture du Centre Emmaüs : les pérégrinations du père Coutu

Personne ne pourra reprocher au père Lucien Coutu, fondateur du Centre Emmaüs de spiritualité hésychaste, de ne pas mettre en pratique ce qu’il enseigne depuis des décennies. Car face à la fermeture prévue du centre le 31 août après 41 ans de services, le prêtre catholique reste… zen.

Le père de la Congrégation de Sainte-Croix n’est ni amer, ni pessimiste face à la situation. « Si c’est un deuil ? Écoutez… no money, no candy. Le manque d’argent est la raison première de la fermeture. Il y aussi le fait que j’ai 80 ans, et ma communauté me le rappelle. Mais je ne suis pas encore mort ! », lance-t-il moitié blagueur, moitié sérieux.

Né aux États-Unis, le père Coutu est un véritable globe-trotter. Il a fait des études de missiologie à la Grégorienne, à Rome. Là, il a vécu sur place les années du Concile Vatican II. Son travail auprès des jeunes du Québec et sa propre quête spirituelle l’ont ensuite amené à visiter l’Inde et le Japon, pour se familiariser avec le yoga et le zen.

Mais c’est aux États-Unis qu’une dame s’étonne de ses techniques de méditation qui viennent d’Asie. « Elle a remarqué que je méditais à la manière orientale. Elle m’a alors suggéré de me familiariser avec la méditation chrétienne, que je ne connaissais pas. Elle conseillait le livre Récits d’un pèlerin russe. » Ce livre constitue la base de la méditation hésychaste, dont l’étymologie renvoie à la paix intérieure et à la quiétude. Cette découverte a par la suite un profond impact sur la vie du père Coutu, dont le travail consistera à faire connaître l’hésychasme en Amérique du Nord, surtout au Québec. « On peut dire que la mission de mon ministère m’a été donnée à cette époque par une femme laïque ! »

Les origines du Centre Emmaüs remontent au mois de mai 1971. Au début, au Carré Saint-Louis à Montréal, l’endroit s’apparente davantage à une commune fréquentée par des jeunes marginaux âgés de 18 à 35 ans. Devant les demandes fréquentes d’apprendre à méditer, le père Coutu a pris les choses en main, et la « commune » s’est transformée en centre, afin de répondre à une demande soutenue.

L’hésychasme est parfois présenté comme le « yoga chrétien ». L’objectif du centre était d’apporter « sa contribution à la rencontre œcuménique avec l’Orient chrétien pour comprendre de façon plus intégrale l’expérience chrétienne ».

Malgré la fermeture, le père Coutu estime que le Centre a rendu un bon service à l’Église du Québec. « Cela a permis de sensibiliser beaucoup de gens à l’intériorité. La théologie que l’on retrouve au Québec est très intellectualiste. Avec l’hésychasme, il y a la découverte d’une dimension encore plus profonde de la démarche spirituelle. » Le prêtre ne s’en fait pas trop pour l’avenir de l’hésychasme au Québec : « J’ai formé des gens, et je vais continuer de le faire même sans le Centre. Ça va continuer de cette façon-là ».

Lucien Coutu est le premier à reconnaître qu’il a un parcours original. Questionné à savoir si ce parcours atypique pour un prêtre catholique lui a parfois attiré des critiques, il rétorque qu’il a toujours senti un appui de sa communauté religieuse et des évêques du Québec.

« Un jour, un évêque m’a dit : tu sais Lucien, quand on te voyait dans les années 70 avec ta longue barbe et tes Jeans, on ne savait pas trop ce que ça allait donner. Mais aujourd’hui, on voit que tu as bien fait de persévérer », raconte-t-il.

Le nécessaire contact avec l’Orient
Pour l’homme d’Église, cette mission de familiariser le Québec avec la méditation hésychaste s’insère dans les suites du concile Vatican II. « Le concile nous demandait de nous ouvrir aux spiritualités orientales. Je trouve désastreux qu’après 50 ans de concile œcuménique, nous ne soyons pas plus avancés dans l’ouverture aux Églises d’Orient », se désole-t-il.

Selon lui, les chrétiens occidentaux ont accordé beaucoup d’importance à l’humanité du Christ, alors que l’Orient s’est concentré sur « l’aspect intérieur ». Cela serait peut-être attribuable au fait que plusieurs Églises d’Orient ne pouvaient pas afficher leur foi aussi publiquement que dans certains pays occidentaux. Cette réalité se retrouve aussi dans l’écriture des icônes pour laquelle se fascine également le père Coutu.

Si son ministère des dernières décennies a pu permettre au Québécois de découvrir davantage l’Orient chrétien et ses richesses spirituelles, le père Coutu assure qu’il n’a pas encore terminé. Il continuera de se déplacer lorsque des gens lui feront des demandes de formation. Il rappelle également que la vaste bibliothèque spécialisée du Centre Emmaüs continuera d’être disponible.

Bien qu’il ait voyagé toute sa vie, notamment pour offrir des conférences et des séances de formation, ses pérégrinations le ramenaient constamment vers son propre « chemin intérieur ». Voilà qu’à 80 ans, sans lieu fixe pour offrir ses formations, plus que jamais ce chemin intérieur le mènera sur les chemins du monde.

Pour aller plus loin
Le père Lucien Coutu est l’auteur de quatre livres.

Pèlerinage à l’Est, 1977, Fides.
Pèlerinage aux Église d’Orient, 1990, Fides.
La méditation hésychaste, 1996, Fides.
Meditation and payer of the heart, 2003, Médiaspaul.

On peut le contacter au 514-738-5584, poste 330.