Un Conseil général historique pour l’Église Unie du Canada

Un Conseil général historique pour l’Église Unie du Canada

C’est un Conseil général historique qui prend fin pour l’Église Unie du Canada. Au cours de la dernière semaine, non seulement la plus grande Église protestante au Canada a-t-elle élu à sa tête un chef ouvertement homosexuel, mais en plus, elle a procédé à des changements substantiels à sa doctrine, a modifié son emblème pour mieux intégrer les peuples de Premières Nations, et a fait du boycottage des produits des colonies de peuplement israéliennes l’une de ses nouvelles politiques.

Le Conseil général, la plus importante rencontre de l’Église Unie du Canada se tenait du 11 août au 18 août. Il risque de passer à l’histoire en raison des nombreuses décisions importantes qui ont marqué cette semaine qui a rassemblé des centaines de délégués des quatre coins du Canada sur le campus de l’Université Carleton, à Ottawa.

Un modérateur ouvertement homosexuel
L’événement le plus spectaculaire, celui qui a surtout retenu l’attention dans la presse anglophone canadienne, est l’élection de Gary Paterson au poste de modérateur. Il succède ainsi à Mardi Tindal à la tête de l’Église Unie. Pasteur à Vancouver, Gary Paterson est ouvertement homosexuel : il est marié à un autre pasteur de l’Église Unie, Tim Stevenson, avec qui il partage sa vie depuis une trentaine d’années. Bien qu’il s’agisse ici d’une première « historique » pour l’Église Unie, son homosexualité avouée n’était pas un facteur qui a joué pour ou contre lui. Selon sa propre expression, c’était une « non-histoire ». Mais pour ajouter encore plus au symbole, son partenaire est le premier pasteur ouvertement gai à avoir été ordonné dans l’Église Unie, en 1992.

L’investiture du nouveau modérateur aura lieu le 18 août.

La question israélienne
Les discussions portant sur le rapport du Groupe de travail sur la politique concernant Israël/Palestine ont, comme prévu, demandé beaucoup de temps. L’enjeu ? Que l’initiative « BDS », c’est-à-dire boycottage, désinvestissement et sanctions devienne une politique officielle de l’Église protestante au Canada. Avant même que les discussions aient lieu, des groupes juifs avaient déjà accusé l’Église Unie d’antisémitisme.

Un ajout soulignant qu’Israël aussi souffre de la situation complexe qui prévaut depuis plusieurs décennies, et qu’il a été ciblé par des attaques a permis de rééquilibrer les propositions du rapport aux yeux de plusieurs délégués, ce qui a fait en sorte que le rapport a obtenu un accueil favorable. Le vote final sur « l’article exécutoire », c’est-à-dire celui qui donne le mandat à l’exécutif du Conseil général de promulguer les propositions, a été approuvé vendredi. Les autres propositions du rapport – y compris les plus controversées – avaient déjà été acceptées mercredi.

Ministères en français
En ce qui concerne les ministères en français de l’Église Unie, il n’y avait pas de proposition soumise à un vote. En revanche, une vidéo présentant un compte rendu de la situation de ces ministères au cours des dernières années a été présentée aux délégués. En effet, rappelons que lors de son précédent Conseil général en 2009, l’Église Unie du Canada avait voté avec enthousiasme l’octroi de 3,5 millions $ pour le développement de nouveaux ministères en français au Québec et à l’extérieur du Québec. Mais l’Église n’avait tout simplement pas les moyens de ses ambitions, et a dû revoir nettement à la baisse les montants promis. Les décisions de 2009 demeurent donc toujours actuelles, et il appartiendra au nouvel exécutif de l’Église Unie de les appliquer.

Un nouveau logo
Les délégués ont également doté leur Église d’un nouveau logo dès dimanche dernier. Celui-ci intègre mieux la présence historique des autochtones au sein de l’Église Unie. Dès sa fondation, en 1925, environ 60 paroisses autochtones ont joint les rangs de l’Église. L’emblème a donc été modifié pour intégrer une phrase en mohawk, et des couleurs rappelant l’importance des peuples des Premières Nations au sein de l’institution.

Une doctrine modifiée
Le dimanche 12 août, le Conseil général a également approuvé l’inclusion de la Déclaration de foi (1940), de la Confession de foi de l’Église Unie (1968) et de Notre foi chante (2006) dans la partie doctrinale des Principes de l’Union aux côtés des Vingt articles. Autrement dit, l’Église a choisi de mettre à jour sa doctrine en intégrant des réflexions théologiques récentes.

***

Photo : Gary Paterson

***

Article écrit pour Radio Ville-Marie le 17 août 2012.