Des femmes pour promouvoir le diaconat… et vice versa ?

Des femmes pour promouvoir le diaconat… et vice versa ?

L’Église catholique de Québec s’aventure sur un terrain potentiellement miné avec sa nouvelle campagne publicitaire promouvant le diaconat permanent. Cette dernière fait appel à des femmes pour interpeller d’éventuels candidats masculins, dans un contexte où les femmes n’ont toujours pas accès à l’ordination diaconale.

La publicité, qui sera déployée partout sur le territoire de l’archidiocèse de Québec au cours des prochaines semaines, s’articule autour de trois images reprenant chacune le même concept : un texte associé au visage d’une femme interpelle un homme par son prénom. « Jacques, diacre ? J’en jase avec lui ! », est l’un des trois images concoctées par le diocèse. On peut d’ores et déjà les voir sur le site Internet et sur la page Facebook du diaconat permanent du diocèse de Québec.

Thérèse Duval est elle-même l’épouse d’un diacre. En tant que co-responsable de la formation initiale pour le diaconat permanent pour Québec, elle endosse pleinement la publicité.

« On s’est aperçu que beaucoup de diacres ont d’abord été interpellés par une femme. Et pas seulement leur épouse : leur mère, leur sœur, une amie, etc. C’est une réalité », a-t-elle fait valoir, précisant que le diacre est « quelqu’un qui travaille dans le monde », et pas juste un homme qui remplit certaines fonctions liturgiques.

Le but de la campagne n’est pas d’atteindre un objectif chiffré mais plutôt de « faire connaître le diaconat, de renouveler son image et d’en faire parler ».

Lorsqu’on lui demande si elle est à l’aise avec le fait que les femmes doivent accompagner leur époux tout au long des cinq années de formation qu’il faut suivre pour être diacre sans jamais pouvoir accéder aux mêmes responsabilités que leur mari, elle hésite un moment avant de répondre.

« C’est pas un pouvoir, mais un service. Et moi comme femme, je me demande quel est le service que je peux rendre. Pour moi, c’est de me situer dans le rôle d’une femme de foi. Je ne dirai pas que je ne questionne pas certaines réalités de temps en temps… Mais ultimement, je me demande : qu’est-ce qui me permet de me réaliser pleinement ? »

« C’est sûr que ça touche à l’idée de diaconesse, et qu’on parle de la place de la femme, oui. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent en Église. Ce serait bien que les femmes soient davantage présentes. Mais ça ne m’empêche pas de vivre au présent, dans la réalité actuelle », estime-t-elle.

Mais si l’un des objectifs de la campagne est de faire parler du diaconat, c’est déjà réussi.

Invitée à commenter cette nouvelle campagne, Louise-Andrée Poitras n’a pu retenir une exclamation étouffée en voyant les images : « c’est épouvantable ».

Mme Poitras est membre de l’exécutif du Comité des répondantes à la condition des femmes du diocèse de Québec. Elle est également membre de Femmes et ministères, un organisme qui a déjà appelé l’Église catholique à considérer l’ordination des femmes pour l’avenir.

« Il y a rien dans la tradition de l’Église ou dans la Bible qui empêcherait que les femmes soient diacres. On se demande pourquoi il n’y aurait pas de femmes diacres », opine-t-elle. Elle ressent donc un certain malaise face à cette publicité, car elle considère que « même si on oblige l’épouse à suivre la même formation que l’époux qui veut être diacre, elle n’a aucune reconnaissance en bout de ligne ». Pour elle, ces images ne font que lui rappeler cet état de fait.

Selon Mme Poitras, une telle démarche promotionnelle pour le diaconat misant sur les femmes taperait dans le mille « s’il y avait de l’ouverture par rapport aux femmes ».

À cet égard, Mme Duval estime qu’il y a eu quelques ouvertures au cours des dernières années. Elle rappelle cependant que le diaconat permanent existe depuis à peine quarante ans dans le diocèse de Québec, ce qui en fait encore une idée relativement nouvelle.

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Texte publié le vendredi 14 septembre pour Radio Ville-Marie. Repris le mardi 18 septembre par le site du journal La Croix.