L’appui des évêques canadiens à la motion 312 décortiqué

L’appui des évêques canadiens à la motion 312 décortiqué

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a apporté il y a quelques jours son appui à la motion 312 qui sera soumise au vote de la Chambre des représentants à Ottawa le 26 septembre. Rappelant leur position selon laquelle l’être humain « existe dès la conception », les évêques invitent les parlementaires à « à bien prendre en compte le caractère sacré de l’enfant à naître et de chaque vie humaine ».

Ce n’est pas la première fois que des évêques canadiens se prononcent publiquement sur cette question. En 2008, le cardinal Jean-Claude Turcotte avait remis sa médaille de l’Ordre du Canada pour protester contre la décision d’accorder cet honneur au docteur Henry Morgentaler, un homme qui a longtemps milité en faveur de l’avortement. Deux ans plus tard, c’était au tour du cardinal Marc Ouellet, alors archevêque de Québec, d’enflammer l’opinion publique avec ses positions en la matière.

Sur le fond, la déclaration de la CECC n’a rien de nouveau. Après tout, cette position de l’Église catholique est connue depuis longtemps. Mais le professeur Guy Jobin voit plutôt une nouveauté du côté de la forme que prend la déclaration.

Nouveauté
« C’est un fait que nous sommes devant quelque chose de différent. Cette prise de position engage tous les évêques canadiens », souligne-t-il, comparativement aux déclarations personnelles des cardinaux Turcotte et Ouellet. De plus, remarque-t-il, ce sont les évêques qui ont pris les devants pour émettre leur opinion, sans nécessairement attendre d’être officiellement sollicités.

Titulaire de la chaire Religion, spiritualité et santé à l’Université Laval, le professeur Jobin s’intéresse notamment à la parole épiscopale dans l’espace public. Il décèle dans le communiqué émis le 18 septembre par les évêques canadiens une tendance récente, celle de faire appel à la conscience.

« Auparavant, on exprimait surtout l’état de la doctrine et on expliquait notre position. Ici, on s’adresse à la conscience des membres du parlement et à chaque individu », relève-t-il.

Joint au téléphone à Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, le vice-président de la CECC, confirme cette approche prise par l’épiscopat.

« Le communiqué ne cherche pas à dicter comment voter. Nous souhaitons toutefois que les politiciens prennent en compte le caractère sacré de l’enfant à naître », note-t-il en rappelant que les évêques ont récemment publié un document dans lequel ils rappelaient aux politiciens catholiques l’importance de ne pas séparer leurs valeurs religieuses de leur travail.

Mais le professeur Jobin ne partage pas cette conception du rôle de l’élu.

« Le parlementaire est-il à Ottawa pour représenter son Église et sa conscience morale ? Non, il est là pour représenter les gens de sa circonscription », corrige-t-il.

Influencer
Selon Guy Jobin, cette déclaration épiscopale cadre dans une posture d’affirmation identitaire de plus en plus forte.

« Les évêques canadiens ont décidé d’agir comme un groupe de conviction. Il y a dans cette approche quelque chose qui s’apparente à un lobby », analyse-t-il, indiquant qu’il y a dans un appui à une motion qui sera de toute manière battue en chambre une logique d’affirmation et de consolidation de l’identité.

Mais l’archevêque de Gatineau réfute l’idée que l’épiscopat se comporte comme un lobby.

« Les convictions de base présentes dans une société, qu’elles soient religieuses ou philosophiques, ont une dimension sociale. Si les groupes religieux refusent de faire entendre leur voix dans des contextes politiques et publics, c’est comme s’ils acceptaient que leurs convictions soient exclusivement personnelles ou privées. »

Mgr Durocher considère qu’un lobby vise à défendre les intérêts particuliers d’un groupe. Or, selon lui, cette lecture ne s’applique pas à l’Église catholique au Canada.

« Notre position sur l’avortement ne favorise pas l’ensemble de l’Église catholique. Elle cherche plutôt à favoriser les droits de l’enfant à naître. La position n’est pas prise en fonction d’un avantage à gagner pour l’Église. Nous agissons plutôt en fonction d’une conviction profonde, qui concerne le bien-être de l’ensemble de la société », soutient-il.

Le vice-président de la CECC évoque à ce titre un récent entretien avec une sénatrice.

« Je lui disais : toute loi est une expression d’une valeur, d’une série de valeurs, ou de compromis entre valeurs. La question est donc de savoir quelles sont ces valeurs qui influencent nos lois. »

Guy Jobin estime que les évêques canadiens ont à cet égard tout à fait le droit de se prononcer.

« Se mêlent-ils de politique pour autant ? Oui et non. Ils prennent le contexte d’un exercice politique pour affirmer une position morale. Ils ne se mêlent pas directement du débat. En revanche, ils le font par procuration, en faisant appel à la conscience des parlementaires. Ils se prononcent en tant que citoyens. »

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Article écrit pour Radio Ville-Marie le 21 septembre.

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