Noël à l’heure du pluralisme et de la disparition des crèches

Noël à l’heure du pluralisme et de la disparition des crèches

Il y a encore 30 ans, le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière était considéré comme « le plus catholique au monde », et pour cause : 99,8 % de sa population était catholique. Aujourd’hui, à l’instar du reste du Québec, la situation a bien changé. À quelques jours de Noël, Mgr Yvon-Joseph Moreau réfléchit à ce qu’apporte cette fête à une société désormais pluraliste.

Il faut dire que depuis quelques années, Noël apporte son lot de soubresauts dans les débats religieux au Québec. Difficulté de trouver des crèches dans les grands magasins, réticence à utiliser la formule « joyeux Noël », débats successifs sur les crèches et les décorations de Noël dans les lieux publics : les sujets de réflexion – voire de confrontation – ne manquent pas. Même s’il aurait de quoi exprimer une certaine amertume face l’effacement public de certaines traditions religieuses, Mgr Moreau aborde plutôt ces enjeux avec « espérance ».

Un Noël pluraliste
L’homme d’Église ne s’en cache pas : il aurait souhaité que davantage de médias relèvent la récente lettre de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec au sujet du pluralisme au sein de la société québécoise. L’évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière voit dans ce document un apport significatif à l’approche de Noël.

« Il me semble qu’il y a là un dialogue et une ouverture. L’Église du Québec reconnaît qu’on n’est plus dans un monde de chrétienté, souligne-t-il. Mais nous avons encore un apport positif à apporter, pour un vivre ensemble plus harmonieux, plus riche de la diversité des différents groupes qui forment l’identité québécoise. »

Reprenant la prière qu’il a composée pour l’Année de la foi, Mgr Moreau insiste : croire en Dieu « ne m’attribue aucune supériorité sur les autres ». Noël n’est pas un moment de repli, mais un moment de fraternité et d’ouverture à la différence.

« Au Québec, nous avons un grand défi : l’apprentissage de la différence dans le respect, le dépassement de la méfiance devant celui qui est étranger par ses croyances, sa culture, sa langue ou sa religion. Même à l’intérieur de la société québécoise, des cultures religieuses différentes s’expriment : certains Québécois sont de culture chrétienne, d’autres agnostique, et d’autres « religieuse » mais plus vague. Mais la question demeure : comment vivre dans un respect ? »

Noël, l’humain rejoint dans ses limites
Sans pessimisme, il croit que l’Église catholique doit vivre « un temps de purgatoire, un temps de purification », afin de retrouver « sa juste place dans la société québécoise ». Ce temps est également nécessaire à la société pour qu’elle puisse changer « son regard » et « sa perception » de l’Église, croit Mgr Moreau.

Pas étonnant alors que l’évêque perçoive en Noël la présence « d’un Dieu qui nous rejoint dans les situations de nos limites ». « Dieu  s’est fait homme pour nous apprendre à devenir des humains », illustre simplement Mgr Moreau au sujet d’une naissance qui se lit à travers la Résurrection, qui devient alors « la sortie du monde des limites ».

Noël sans crèche
Des croyants s’en plaignent, des médias en parlent : il est devenu de plus en plus ardu de mettre la main sur une crèche dans divers grands magasins qui, il n’y a pas si longtemps, les offraient encore en grande quantité.

Yvon-Joseph Moreau est lui-même un passionné de crèches. Dans sa vie de moine, il n’était pas question de commencer à les collectionner. Mais depuis qu’il est devenu évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 2008, il en profite : cette année seulement, il a ajouté une vingtaine de petites crèches péruviennes à sa collection, des crèches achetées auprès de sa communauté de Val-Notre-Dame.

« J’avais déjà remarqué une certaine difficulté à se procurer des crèches l’an dernier. Mais cette année, je n’ai vu ni carte de Noël religieuse, ni crèche. Ça m’a surpris », concède-t-il.

Il croit que cette tendance est le signe qu’il y a encore un équilibre à atteindre au Québec lorsque arrive Noël. Il évoque un « manque d’ouverture à la dimension religieuse de Noël », qui demeure importante pour bien des croyants et dont les magasins devraient tenir compte.

Pour sa part, il se tourne vers les boutiques spécialisées, dont celles des grands sanctuaires du Québec. Sa collection de crèches a commencé comme bien d’autres personnes, grâce à des cadeaux reçus. Il s’est également inspiré du cardinal Jean-Claude Turcotte, lui-même féru de ces scènes de la Nativité.

« J’en ai d’Europe, du Québec… j’ai même du « made in China ! » », admet-il en riant.

Il les expose dans son bureau et en fait profiter ses visiteurs. Une autre manière pour lui de rendre concret cet « appel à la fraternité » qui retentit dans la nuit de Noël. Une nuit sainte, précise Mgr Moreau, tant et aussi longtemps qu’elle est « source de paix, de joie et d’espoir ».