Rapport Ménard : « un affaiblissement de la démocratie », dénonce Mgr Simard

Rapport Ménard : « un affaiblissement de la démocratie », dénonce Mgr Simard

Mgr Noël Simard estime que le rapport Ménard marque « un affaiblissement de la démocratie » car il ne tient pas suffisamment compte des rapports qui ont été soumis à la commission et qui s’opposaient majoritairement à l’euthanasie. Il déplore du même souffle la confusion linguistique qui marque souvent le traitement des enjeux liés à l’euthanasie et au suicide assisté.

Le Rapport du comité Ménard sur la mise en œuvre juridique des recommandations de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité a été dévoilé le 15 janvier. Le comité était présidé par Me Jean-Pierre Ménard. Dans un communiqué, Me Ménard a déclaré « que le Québec gagnerait à modifier son cadre législatif afin que les citoyens puissent vivre leur fin de vie conformément à leurs volontés et dans le respect de leur dignité ». Le rapport évoque à quelques reprises l’idée d’un consensus autour de cette question.

« Il n’y a pas de consensus », soutient au contraire Mgr Simard.

Président du conseil d’administration de l’Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF), Mgr Simard est notamment co-fondateur d’une maison pour sidéens en phase terminale à Sudbury.

« Nous faisons face avec ce rapport à un affaiblissement de la démocratie. N’auront droit au chapitre que ceux qui pensent comme les dirigeants. La pensée unique est très présente dans notre société, basée sur le modèle néolibéral », se désole-t-il.

Un langage confus
L’évêque de Valleyfield est particulièrement agacé par la confusion langagière qui entoure cet exercice politique et juridique. Il exhorte les Québécois à ne pas se laisser convaincre trop facilement par une expression comme « aide médicale à mourir ».

Dans un communiqué émis le vendredi 18 janvier, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) s’attardait notamment sur cette expression.

« Reprenant l’expression « d’aide médicale à mourir » – que la Commission avait choisie pour désigner à la fois le suicide assisté et l’euthanasie –, il la définit comme un « soin » et la considère comme un « droit ». […] Il y a tout lieu de s’inquiéter lorsqu’une manière de provoquer intentionnellement la mort est considérée comme un soin et lorsqu’elle est revendiquée comme un droit », suggérait l’AECQ.

En entrevue, Mgr Simard va encore plus loin.

« Ce qui m’attriste, c’est qu’on utilise des mots pour cacher la vérité. Ça demeure de l’euthanasie et du suicide assisté. L’un des moyens pour endormir la population, c’est de créer de nouveaux mots. C’est la confusion du langage. Actuellement, par rapport à l’euthanasie, c’est une stratégie. On change les mots. C’est sûr que les gens disent « oui, je suis pour une aide médicale à mourir ! »», ajoute-t-il.

« On est devant des groupes qui font du lobby. Je ne veux pas nécessairement dire qu’ils veulent berner. Mais certains luttent pour l’euthanasie, car ils ont vécu un traumatisme associé à la souffrance et la mort… Ça part d’une expérience malheureuse, que je comprends. Mais on ne peut pas légiférer et apporter des lois dommageables au bien commun. On parle de mettre fin à la vie de quelqu’un : ce n’est pas banal ! »

Mgr Simard est convaincu que ces enjeux « sont trop sérieux pour qu’on déforme la réalité comme on le fait présentement ». Ainsi, bien que le rapport fasse référence à ces « cas extrêmes » et évoque plusieurs précautions, encadrement, et démarches volontaires, l’évêque de Valleyfield reste ferme.

« Oui, il y a des cas extrêmes, mais on ne légifère pas pour des cas exceptionnels. Car très vite, l’exception deviendra la règle. Le Québec n’est pas exempt de ça. On n’est pas mieux qu’ailleurs ! », précise-t-il.

Priorité aux soins palliatifs
En revanche, Noël Simard se réjouit des recommandations qui touchent les soins palliatifs, afin de les rendre plus accessibles et mieux soutenus financièrement.

« Aujourd’hui, avec les soins palliatifs, il y a très peu de souffrances qui ne sont pas soulagées. C’est devenu raffiné dans le traitement de la douleur. Misons là-dessus, sinon, on va enlever aux personnes la possibilité de vivre les derniers moments de leur vie dans une dignité réelle. »

Pour lui, la dignité se vit en grande partie dans la possibilité d’être accompagné dans l’amour et la sérénité jusqu’à la mort.

Mgr Simard ne se gêne pas pour le dire : il rêve d’une mobilisation accrue de la population autour de l’enjeu des soins appropriés à prodiguer en fin de vie.